gradient blue
gradient blue
A la une Economie

ESG : Le virage décisif de 2026

Avatar photo
  • 9 janvier 19:00
  • 6 min de lecture
ESG : Le virage décisif de 2026

L’intégration des critères ESG, la maîtrise des enjeux réglementaires, la digitalisation des processus et la valorisation du capital humain deviennent des déterminants majeurs de compétitivité et d’accès aux marchés.

Sarra Gharbi, experte en performance durable et fondatrice d’Ecores Consulting, décrypte les leviers à activer pour transformer ces contraintes en opportunités et bâtir des modèles économiques plus résilients et créateurs de valeur durable.

La Presse — En 2026, continuer à lire les bilans financiers comme de simples obligations comptables ou fiscales constitue désormais un risque stratégique majeur. Le climat aujourd’hui est marqué par une croissance mondiale modérée et des équilibres économiques fragiles, le bilan devient un véritable instrument de pilotage dès lors qu’il intègre les enjeux environnementaux, sociaux, réglementaires et fiscaux dans une logique de création de valeur et de compétitivité.

Changement profond de posture stratégique

Comme le souligne Sarra Gharbi, experte en performance durable, QSE-RSE-ESG et e-consulting stratégique et fondatrice Ecores Consulting, la performance financière ne peut plus être dissociée de la performance extra-financière.

La réduction de l’empreinte carbone, l’amélioration de l’efficacité énergétique, la gestion responsable des ressources ou encore l’anticipation des évolutions fiscales liées à la transition écologique ne relèvent plus de la seule communication institutionnelle. Sarra explique que ces dimensions ont aujourd’hui un impact direct et mesurable sur les coûts, la rentabilité, l’accès aux financements et la capacité des entreprises à rester présentes sur les marchés internationaux.

Cette réalité est d’autant plus critique pour les entreprises tunisiennes, dont près de 70 % des exportations sont destinées à l’Union européenne, où les exigences ESG, climatiques et de transparence extra-financière deviennent progressivement des conditions d’accès aux chaînes de valeur.

Dans ce cadre, les évolutions réglementaires, qu’il s’agisse de la fiscalité verte, des mécanismes incitatifs liés aux émissions et aux déchets, ou encore du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (Macf) pour les secteurs à forte intensité carbone comme le ciment, l’acier, l’aluminium, l’électricité ou les engrais, imposent un changement profond de posture stratégique. Selon l’experte, les entreprises qui abordent encore ces sujets dans une logique de conformité subie s’exposent à un risque réel de décrochage économique.

A l’inverse, celles qui anticipent ces mutations et intègrent les critères ESG dans leur planification stratégique transforment la contrainte réglementaire en avantage compétitif. Les orientations récentes du Conseil du Marché Financier (CMF), confirmées par un communiqué officiel publié en décembre 2025, viennent d’ailleurs renforcer cette dynamique en accordant un poids croissant aux informations ESG dans l’évaluation financière et la relation avec les investisseurs.

Les résultats observés sur le terrain sont, à cet égard, particulièrement révélateurs. Mme Gharbi observe que les entreprises ayant structuré et piloté leurs démarches enregistrent des réductions de 10 à 30 % de leur consommation énergétique, une baisse de 15 à 40 % des déchets, ainsi qu’une amélioration de la productivité comprise entre 10 et 25%.

Lorsque ces leviers sont alignés à la stratégie globale et construits avec les parties prenantes clients, fournisseurs, partenaires et territoires le bilan financier cesse d’être un simple état des lieux. Il devient alors un véritable levier de compétitivité durable et de résilience économique.

La technologie seule ne suffit pas !

L’intégration de la RSE, du digital et du capital humain s’impose désormais comme un facteur clé de création de valeur. La question centrale, analyse Sarra, n’est plus de savoir s’il faut agir, mais comment aligner concrètement ces dimensions dans les décisions stratégiques sans fragiliser l’équilibre économique de l’entreprise. Multiplier les projets sans vision intégrée, avertit-elle, fragilise souvent davantage l’organisation que l’inaction.

L’alignement entre la RSE, le digital et le capital humain repose avant tout sur une vision stratégique claire et cohérente. Il ne s’agit plus de juxtaposer des initiatives, mais de construire un modèle intégré où chaque décision contribue à la performance globale. La digitalisation joue donc un rôle central.

Les tableaux de bord digitaux, la digitalisation des processus et les outils de pilotage permettent de suivre en temps réel les indicateurs financiers, environnementaux et sociaux. Selon l’experte, cette approche améliore la qualité de la prise de décision, réduit les délais de pilotage de 20  à 40 % et renforce la communication interne ainsi que la transparence.

Toutefois, la technologie seule ne suffit pas. La réussite de cette transformation repose avant tout sur le capital humain : formation, leadership, conduite du changement et émergence de nouvelles compétences, notamment liées au digital et à l’intelligence artificielle. La RSE devient alors un véritable mode de gestion, fondé sur une gouvernance responsable, une communication transparente et l’adhésion des équipes. Lorsqu’ils sont correctement alignés, insiste Sarra Gharbi, ces trois piliers RSE, digital et capital humain ne fragilisent pas l’équilibre économique ; ils le consolident.

Face aux incertitudes économiques et aux mutations technologiques et environnementales, les entreprises doivent désormais opérer des choix structurants pour aborder 2026 avec des modèles plus résilients, plus attractifs et capables de soutenir une croissance durable. Comme le rappelle la fondatrice d’Ecores Consulting, la résilience ne s’improvise pas : elle se construit bien avant la crise.

La digitalisation entre aujourd’hui dans une nouvelle phase, celle de la rentabilité. L’intelligence artificielle, l’automatisation des processus et les outils de pilotage offrent des gains de performance significatifs, à condition d’anticiper les risques associés.

La cybersécurité, la protection des données, la continuité d’activité et la gouvernance des systèmes digitaux deviennent ainsi des enjeux stratégiques à part entière, et non plus de simples sujets techniques.

Parallèlement, l’investissement à impact s’impose comme un levier économique majeur.

Investir dans la transition énergétique, le développement local, la formation, l’innovation responsable ou le renforcement des compétences humaines permet de sécuriser les chaînes de valeur, d’attirer les talents et de renforcer la confiance des partenaires et des investisseurs.

En combinant une stratégie claire, une digitalisation maîtrisée, une gouvernance responsable et un engagement des talents, les entreprises peuvent bâtir des modèles économiques plus agiles, plus sécurisés et capables de soutenir une croissance durable malgré un environnement incertain.

Celles qui réussiront en 2026, conclut Sarra Gharbi, seront celles qui auront su transformer un contexte de croissance modérée et d’équilibres fragiles en véritable opportunité stratégique.

La question n’est donc plus de savoir s’il faut changer, mais jusqu’où et avec quel niveau de cohérence stratégique les entreprises sont prêtes à aller.

Avatar photo
Auteur

Sabrine AHMED