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Inflation, déficit, dépendance énergétique : triptyque inquiétant du budget 2026

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  • 9 janvier 07:17
  • 4 min de lecture
Inflation, déficit, dépendance énergétique : triptyque inquiétant du budget 2026

Avec 110 articles au compteur, dont la moitié issue de l’initiative parlementaire, la loi de finances pour 2026 entre dans une catégorie à part. Rarement une loi de finances aura autant bousculé les pratiques établies en matière de gouvernance budgétaire. Mohamed Louzir, secrétaire général de la Chambre de commerce et d’industrie tuniso-française, a décortiqué ce document exceptionnel devant un auditoire attentif lors d’une journée d’information dédiée aux dispositions de la loi de finances 2026, qui s’est tenue le 8 janvier 2026, exposant une série de mesures sans précédent dans un climat économique déjà tendu.

L’aspect le plus saisissant du texte concerne le rôle assigné à la Banque centrale. Celle-ci va injecter 11 milliards de dinars dans les caisses de l’État, étalés sur quinze années, sans demander le moindre intérêt et en accordant un différé de trois ans. Cette avance couvre la totalité du trou budgétaire et soulève naturellement des craintes quant à une possible résurgence de l’inflation.

Parallèlement, le texte ouvre la possibilité aux citoyens de détenir des comptes en devises étrangères, une libéralisation qui contraste avec le maintien d’un encadrement rigoureux du change. Les Tunisiens établis à l’étranger pourront importer des véhicules en bénéficiant d’exonérations douanières, moyennant certains critères de revenus. La prohibition des paiements en liquide disparaît du paysage réglementaire, tandis qu’un nouvel impôt visant les patrimoines importants fait son apparition.

Point de friction notable : des hausses de rémunérations ont été directement gravées dans la loi, court-circuant les mécanismes habituels de dialogue entre l’UGTT, l’UTICA et les acteurs économiques. Les échanges houleux au Parlement sur les pourcentages d’augmentation n’ont finalement pas abouti à leur inscription précise dans le dispositif adopté.

Une dynamique de croissance qui patine

Les indicateurs de performance sont décevants. L’année 2024 s’est soldée par une progression de seulement 0,5%, bien loin de la cible initiale de 1,2%. Pour 2025, les projections tablent désormais sur 2,4% au lieu des 3,2% anticipés, avec un troisième trimestre totalement plat. L’exercice 2026 vise 3,3%, un seuil que Louzir estime accessible uniquement si des transformations structurelles voient le jour.

Le panorama régional accentue le contraste. La Chine maintient sa cadence à 5%, la Libye navigue entre 12,3% et 16,1%, l’Algérie affiche entre 4% et 8% en misant sur une diversification audacieuse au-delà du pétrole et du gaz. Le Maroc devrait boucler l’année entre 4% et 4,5% après ajustement. La Tunisie se retrouve ainsi au niveau des économies européennes atones.

Si la hausse des prix s’essouffle, le phénomène reste prégnant. Après un sommet à 9% en 2023, le taux est redescendu à 7% en 2024 et devrait atteindre 5,6% en 2025. Ces niveaux surpassent largement ceux des voisins : 1% en Chine, 2,4% en Europe, 1,8% en Algérie, 2% en Libye comme au Maroc. L’apport financier massif de la Banque centrale risque-t-il de contrarier cette décrue ? La question reste ouverte, selon Louzir.

L’équation énergétique se complexifie

La fragilité du pays sur le front de l’énergie s’accentue de manière alarmante. Le degré de dépendance externe a bondi de 8,4% en 2010 à 41,8% en 2015, pour culminer à 64,3% en 2025. Cette vulnérabilité expose la Tunisie aux soubresauts des marchés internationaux, dans un contexte où les compensations budgétaires grèvent lourdement les finances publiques.

La détente sur le prix du pétrole a toutefois permis d’épargner près d’un milliard de dinars, expliquant en bonne partie la contraction du déficit en 2025. Pour 2026, l’hypothèse retenue table sur un baril à 63,3 dollars, un scénario que Louzir qualifie d’optimiste au regard des turbulences géopolitiques. La Tunisie pratique aujourd’hui l’un des tarifs à la pompe les plus modestes au monde, ce qui pose la question d’un réalignement progressif.

L’examen historique depuis 2010 met en lumière un décalage inquiétant : le déficit a explosé de 743% quand l’investissement n’a crû que de 21%. Dans le même temps, les rentrées d’argent ont augmenté de 247%. Louzir y voit un problème structurel durable appelant des réformes en profondeur, loin d’un simple accident de parcours.

Pour 2026, le trou budgétaire dépassera 11 milliards de dinars, soit plus du quart du budget global de 79 milliards. Les échéances de remboursement de la dette absorberont 23,2 milliards, la rémunération des fonctionnaires 25 milliards. Ces deux masses monopolisent l’essentiel des moyens disponibles. Louzir synthétise : « Les dépenses sont engagées dès le départ, les recettes restent à aller chercher. »

La ponction fiscale tunisienne rivalise désormais avec celle des nations de l’OCDE et surpasse de seize points celle des pays du continent africain. Les rentrées fiscales couvrent 75% des dépenses totales, finançant avant tout

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La Presse