La Tunisie a terminé l’année 2025 avec un taux d’inflation de 5,3 %, largement supérieur à celui de ses partenaires commerciaux tels que la Chine (1 %), l’Europe (2,4 %), l’Algérie (1,8 %), la Libye (2,6 %) et le Maroc (1 %).
L’économiste Larbi Benbouhali, dans un post publié sur sa page Facebook officielle, s’interroge sur l’efficacité des instruments actuels de la Banque centrale de Tunisie (BCT) pour contenir cette inflation et souligne les conséquences directes sur le pouvoir d’achat des familles tunisiennes.
Selon Benbouhali, un taux d’inflation de 5,3 % est particulièrement préoccupant dans un pays où le salaire minimum (SMIG°) est de 500 dinars par mois, le taux de pauvreté atteint 18 % et le chômage des jeunes s’élève à 40 %. Les ménages ont perdu 21 % de leur pouvoir d’achat au cours des trois dernières années en raison de taux d’inflation successifs de 9,3 % en 2023, 7 % en 2024 et 5,3 % en 2025.
Les causes de l’inflation et les défis structurels
L’analyse de Benbouhali met en évidence plusieurs facteurs structurels qui alimentent l’inflation. L’inflation monétaire résulte notamment d’un emprunt de 14 milliards de dinars auprès de la Banque centrale, combiné à un déficit budgétaire chronique, ce qui a maintenu une masse monétaire élevée et contribué à la hausse des prix des produits alimentaires et des services. Les augmentations d’impôts de 8 % en 2024 et 12,5 % en 2025 ont également pesé sur les prix et accentué l’inflation alimentaire.
Par ailleurs, les fermetures d’entrepôts dans le cadre de la lutte contre la corruption et les cartels alimentaires ont provoqué d’importantes pénuries de fruits et légumes, entraînant une inflation alimentaire de 15 % et des prix records pour certains produits, comme la banane atteignant 18 dinars le kilo. Le pouvoir des grandes entreprises, représentant 77 % de la consommation des ménages, leur permet de maintenir des marges élevées et de fixer les prix, aggravant l’inflation. Enfin, l’économie parallèle, estimée à 35 % du PIB et bénéficiant d’une importante circulation de liquidités de 26 500 millions de dinars, contribue également à maintenir les prix à un niveau élevé.
Vers de nouvelles stratégies pour 2026
Larbi Benbouhali estime que l’utilisation du taux d’intérêt à 7,5 % comme principal instrument monétaire est inefficace. Il propose que la Banque centrale s’inspire du modèle de Singapour en utilisant l’indice des taux de change pondérés par les échanges pour stabiliser l’inflation anticipée et soutenir le produit national brut.
Il suggère aussi de racheter la dette de l’Office de Céréales auprès de la Banque Nationale Agricole et d’accorder des prêts à taux réduits aux agriculteurs pour accroître la production alimentaire.
Des accords de change avec l’Algérie et la Chine pourraient réduire le déficit commercial et l’inflation importée, tandis qu’une appréciation du dinar de 5 % face au dinar algérien aiderait à diminuer le déficit énergétique.
Benbouhali insiste aussi sur la nécessité de réformer le système fiscal pour réduire les impôts des entreprises et stimuler l’investissement, ainsi que d’autoriser les grossistes agréés à stocker les fruits et légumes afin de réduire les pénuries et l’inflation alimentaire en 2026.
Selon Benboulahi, pour stabiliser l’économie et protéger le pouvoir d’achat, il est essentiel que la Banque centrale et le gouvernement adoptent une stratégie coordonnée combinant des mesures monétaires innovantes, des réformes fiscales et un soutien accru à la production alimentaire.