gradient blue
gradient blue
Société

Tapis tunisien : Comment fidéliser ses clients ?

Avatar photo
  • 9 janvier 18:30
  • 4 min de lecture
Tapis tunisien : Comment fidéliser ses clients ?

La Foire du tapis, des tissages et des fibres végétales, tenue dans sa 14e édition, du 19 au 28 du mois écoulé, au parc des expositions du Kram, demeure, bel et bien, un rendez-vous annuel majeur, faisant écho à une activité ancestrale qui évolue au fil du temps.

La Presse — Certes, cette manifestation, ayant souvent lieu, peu avant la fin de l’année, avait fait connaître le secteur et contribué à sa promotion sur les marchés local et international. D’autant plus que le tapis tunisien, notoirement connu pour ses qualités intrinsèques, s’est prévalu d’un potentiel patrimonial riche d’arts et de savoir. L’expérience professionnelle, déjà acquise, de fil en aiguille, lui a valu une image si prestigieuse. Et encore une part de marché qui n’est pas aussi insignifiante.

Hors de portée !

Fort apprécié, ce produit fait main a toujours inspiré les nouvelles tendances et créé la différence. Tapis de sol, de selle, de prière ou de décoration, ce tissage traditionnel, aux modèles et designs recherchés et innovants, a dû allier authenticité et modernité. Et pourtant, son bilan semble, hélas, peu reluisant. Et bien que l’offre de foire soit intéressante, l’envolée des prix a pesé sur l’achat du produit. Et même que la qualité ne peut être contestée, elle n’a pas suscité trop de demandes. Bon nombre de consommateurs n’y trouvent pas leur compte.

En tout cas, le tapis tunisien n’a jamais été réellement perçu comme un produit artisanal bon marché. Voire un luxe hors de portée, en quelque sorte. Et bien qu’on le dote, à chaque fois, d’un plan promotionnel actualisé, il n’a pas pu, jusque-là, franchir le cap pour se réinventer. Faute de matière première et de circuits de commercialisation, nos artisans ont du mal à vendre facilement leurs produits, et encore moins de fidéliser leurs clients.

Somme toute, ce secteur ne semble plus faire recette. En une décennie, sa production a remarquablement baissé, passant de 426 mille m2 en 2001 à moins de 70 mille m2 en 2013, selon les chiffres de la Fédération nationale de l’artisanat (Fena). Cet état des lieux continue encore à préoccuper petits artisans et professionnels du métier.

Autant dire, l’industrie du tapis a buté sur les mêmes difficultés. A cela s’ajoutent « la baisse de production, le manque des matières premières, la réticence de la main- d’œuvre, en l’absence de mécanismes de formation et d’encadrement qui s’adaptent aux spécificités de l’artisanat », selon Zied Zaoui, directeur du Centre Technique du Tapis et de Tissage (Cttt).

Une mise à niveau est nécessaire

Faire la promotion d’un tel secteur n’est guère une mince affaire. Cela exige une restructuration de fond en comble. Un vrai projet de développement qui implique tous les acteurs intervenants. D’ailleurs, il y a quelques mois, un accord tripartite vient d’être signé entre ledit Centre et le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle et celui du Tourisme. L’objectif étant la mise en place d’un programme de mise à niveau des artisans.

Cela puise également dans l’intention de fournir une formation professionnelle sur le tas au profit des jeunes, notamment en matière de tapisserie. En guise d’incitations financières, des primes mensuelles sont également octroyées aux formateurs, ainsi qu’aux apprenants bénéficiaires.

Il y a, là, la bonne raison de repenser la politique de développement et de promotion de notre artisanat. Surtout qu’il emploie, tout secteur confondu, environ 300 mille artisans au total, dont la moitié (presque 150 mille) travaille dans la fabrication du tapis et du tissage, relevant notamment de Kairouan, Médenine et Gabès.

Qualifié d’activité à haute valeur ajoutée, ce secteur nécessite qu’on lui garantisse les conditions de sa relance et de son développement. Idem, tout marketing visuel et promotionnel semble de mise. Consommer local ne devrait pas rester un simple slogan creux. Tout comme l’achat du tapis tunisien à bon prix ne doit pas relever du vœu pieux.

Avatar photo
Auteur

Kamel FERCHICHI