Aujourd’hui, la Loi de Finances 2026 s’impose comme un texte clé pour comprendre les orientations économiques de l’Etat tunisien. À la croisée des impératifs de redressement des équilibres publics, de soutien à la cohésion sociale et de relance de la confiance économique, ce budget suscite de nombreuses interrogations quant à sa capacité à répondre aux défis actuels.
C’est dans cette perspective que la Chambre de commerce et d’industrie tuniso-française (Ccitf) a organisé une matinée d’échanges réunissant experts et responsables institutionnels afin de décrypter les principales dispositions de la Loi de Finances 2026 et d’en analyser les implications concrètes pour les entreprises et l’économie tunisienne.
La Presse — La Chambre de commerce et d’industrie tuniso-française (Ccitf) a organisé une matinée d’information et d’échanges consacrée aux nouvelles dispositions de la Loi de Finances 2026, qui s’est tenue le jeudi 8 janvier 2026. L’objectif de cette rencontre est d’apporter un éclairage à la fois pédagogique et opérationnel sur les principales mesures introduites par ce texte, tout en analysant leurs impacts sur les entreprises et sur l’économie nationale.
Intégrer le secteur informel
Rencontré lors de cette journée, Maher Ktari, député et membre de la Commission des Finances et du Budget à l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), a insisté sur la nécessité de mieux comprendre les équilibres budgétaires et fiscaux à l’œuvre. À ce titre, il a abordé la question sensible de l’élargissement des cotisations sociales, notamment dans le secteur privé, en soulignant que ce débat comporte deux dimensions indissociables, à savoir la pérennité du système de retraite et le poids des charges supportées par les entreprises.
Selon lui, l’intégration du secteur informel, qui représente près de 40 % de l’économie nationale, constitue une nécessité. En effet, une large partie des travailleurs évoluent encore en dehors de tout cadre légal, sans salaire déclaré, sans couverture sociale et sans cotisation aux caisses de sécurité sociale, ce qui fragilise durablement leur avenir tout en accentuant les déséquilibres financiers des régimes sociaux.
Dans cette perspective, Maher Ktari estime que l’intégration progressive d’une part significative de cette masse salariale informelle permettrait de rétablir l’équilibre des caisses sociales, en particulier celui de la Cnss, rappelant qu’elle était excédentaire en 2009 et 2010 et qu’elle disposait alors de capacités de placement génératrices de revenus.
Au-delà de l’aspect financier, cette intégration constitue également un enjeu de responsabilité individuelle, puisqu’elle permet aux personnes physiques de préparer leur retraite, de bénéficier d’une couverture médicale et de sécuriser leur parcours professionnel sur le long terme. Toutefois, en cas d’échec de cette intégration, le député plaide pour la mise en place d’un mécanisme de cotisation complémentaire, à l’image de ce qui existe dans plusieurs pays, venant s’ajouter aux régimes actuels tels que la Cnss ou la Cnrps.
Ce dispositif permet de compenser la baisse brutale de revenus observée au moment du passage à la retraite, situation qu’il juge socialement inacceptable, notamment pour les salariés ayant terminé leur carrière avec des revenus élevés.
Cette réflexion s’impose d’autant plus que la Tunisie fait face à une inversion de la courbe démographique, sans avoir anticipé la création d’un fonds souverain dédié aux retraites des générations futures, contrairement à certaines expériences internationales. Dans ce contexte, l’intégration du secteur informel apparaît comme la solution la plus immédiate et la plus rationnelle pour restaurer les équilibres, à condition toutefois d’instaurer un climat de confiance entre l’Etat et les acteurs économiques.
À ce niveau, Maher Ktari souligne que la réussite de cette démarche repose sur la capacité des pouvoirs publics à convaincre les travailleurs informels que la cotisation sociale est dans leur intérêt, tout en leur garantissant que cette régularisation ne sera pas automatiquement suivie d’un contrôle fiscal. La séparation claire entre les dispositifs sociaux et fiscaux, la simplification des procédures et une communication pédagogique sont ainsi présentées comme des leviers essentiels pour favoriser l’adhésion.
Un débat enrichissant
Plus largement, le député rappelle que l’économie repose avant tout sur la confiance, élément immatériel mais déterminant, dans la mesure où l’absence de confiance freine l’investissement, bloque l’initiative et paralyse la dynamique économique. À l’inverse, un climat sain, fondé sur la transparence et la prévisibilité des décisions publiques, est susceptible de relancer l’activité et de restaurer l’élan économique.
Sur le plan global, Maher Ktari a estimé que cette matinée d’échanges a permis d’atteindre son objectif principal, à savoir expliquer les grandes lignes de la Loi de Finances 2026. Les discussions ont porté sur l’essentiel des dispositions du texte, parfois article par article, notamment en ce qui concerne les nouvelles mesures de taxation, les dispositifs d’exonération ainsi que l’amnistie fiscale introduite par la loi, tout en laissant la porte ouverte à de futures analyses à la lumière des textes d’application attendus.
Il ressort de cette analyse que la Loi de Finances 2026 s’articule autour de deux axes majeurs, dont le premier est social, à travers l’intégration de travailleurs auparavant en situation précaire dans la fonction publique, une mesure qui, selon lui, n’entraîne pas de charges supplémentaires significatives puisque ces agents percevaient déjà des rémunérations en tant que intérimaires. Le second axe est économique, marqué par plusieurs mesures incitatives, dont l’amnistie fiscale et d’autres dispositions destinées à soutenir le pouvoir d’achat et la confiance des citoyens.
En conclusion, Ktari a appelé à l’optimisme et à l’engagement collectif, estimant que malgré les difficultés, il est essentiel d’aller de l’avant, de travailler et de maintenir la confiance dans l’avenir du pays.