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Editorial

Rompre avec la culture du blocage

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  • 10 janvier 10:51
  • 3 min de lecture
Rompre avec  la culture du blocage

IL est des moments où le vocabulaire politique cesse d’être décoratif pour devenir performatif. La « révolution législative » évoquée avec insistance lors du dernier Conseil des ministres présidé par la Cheffe du gouvernement à La Kasbah  n’est pas un slogan de plus dans l’arsenal rhétorique de l’État. Elle s’impose désormais comme une nécessité historique, presque une urgence structurelle dans un pays longtemps ligoté par ses propres textes législatifs.

Car la Tunisie ne manque ni de lois ni de décrets. Elle souffre plutôt d’un empilement normatif devenu un labyrinthe administratif, où chaque grand projet se heurte à des délais injustifiables, des décisions dilatoires et, parfois, à un silence administratif érigé en mode de gouvernance. La loi, censée être un outil d’émancipation collective, s’est trop souvent transformée en instrument d’inertie.

Le message de La Kasbah est clair : il faut changer de paradigme. Accélérer le traitement des dossiers, motiver chaque refus, lever les obstacles qui freinent l’investissement public et privé — ce triptyque n’est pas technique, il est politique. Il traduit une volonté du plus haut sommet de l’Etat de remettre la décision publique au service de l’action et non de la procrastination bureaucratique.

La « révolution législative » ne consiste donc pas à produire davantage de textes, mais à en produire de bien meilleurs. Des lois lisibles, applicables, alignées sur les défis économiques, sociaux et générationnels. Des lois qui ne se contentent pas d’exister au Journal officiel, mais qui vivent dans l’administration et produisent des effets tangibles sur le terrain. En somme, des lois qui cessent d’être des alibis pour devenir des leviers d’action.

Mais l’Etat tunisien a eu le mérite de poser le vrai diagnostic : aucune réforme juridique ne peut réussir sans une révolution des mentalités. Le droit, aussi moderne soit-il, reste lettre morte s’il est appliqué par des responsables frileux, indifférents ou prisonniers de réflexes anciens. L’État n’a pas seulement besoin de nouvelles normes, il a besoin de nouveaux comportements : loyauté dans l’exercice de l’autorité, intégrité dans la décision, patriotisme dans l’exécution.

Lever les obstacles devant les grands projets, ce n’est pas céder à l’empressement aveugle, mais rompre avec la culture du blocage. C’est comprendre que chaque retard coûte de l’emploi, de la confiance et de la dignité. C’est admettre que gouverner, aujourd’hui, c’est décider vite, expliquer clairement et agir juste.

À ce prix seulement, la révolution législative cessera d’être un horizon incantatoire pour devenir une transformation réelle. Et la loi retrouvera, enfin, sa vocation première : ouvrir la voie, non la barrer.

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Auteur

Salem Trabelsi