Success story : «Une ancre dans la tempête…»
La Presse — Dans le grand théâtre des nations, où les acteurs d’hier semblent fatigués, un nouveau protagoniste marque la scène. Il ne crie pas, il ne gesticule pas, il avance. Il creuse son sillon sans faire de vague. Ce protagoniste, c’est la Chine. Au-delà du traitement souvent contrasté des manchettes occidentales, ce géant est devenu, pour de nombreux pays, un repère stratégique davantage qu’un simple facteur de rivalité.
Observons les faits, car la vérité y réside. «L’Occident, notre vieil Occident, est entré dans le temps du doute», constate le géopoliticien François Heisbourg. Selon lui, ce même Occident doute de ses monnaies, de ses institutions, de sa cohésion. «Il est pris dans la valse hésitante des cycles électoraux, où la vision à long terme est sacrifiée sur l’autel de la prochaine échéance. C’est le temps court, le temps fébrile», explique-t-il.
Une discipline de fer
Pendant ce temps, à Pékin, les autorités privilégient une approche inscrite dans le temps long. Celui des plans qui s’étirent sur des décennies. La stabilité relative de l’économie chinoise n’est pas un miracle, elle résulte d’une gouvernance centralisée et d’une forte capacité de planification, qui impose une direction quand d’autres naviguent à vue.
Que cela plaise ou non, cette prévisibilité est aujourd’hui perçue comme un avantage compétitif, dans un contexte international marqué par l’incertitude. Pour de nombreux pays du Sud, longtemps exposés aux revirements et aux engagements fluctuants de leurs partenaires traditionnels, cette constance apparaît comme un facteur de visibilité à moyen et long terne, souvent décrite par leurs responsables comme une «ancre dans la tempête».
Au-delà des chiffres, il y a le mouvement. Des chantiers d’infrastructures, de Shanghai à Djibouti, alimentent un débat récurrent sur le «piège de la dette». Sur le terrain, la réalité observée est celle de projets tangibles : ponts, ports, réseaux énergétiques.
La Chine ne vend pas un rêve, elle propose des réalisations concrètes, devenant pour de nombreux pays un acteur central du développement des infrastructures, dans des régions en quête d’équipements plus que de discours normatifs. Pour ces économies, il s’agit d’une opportunité significative, bien que diversement appréciée.
Un autre récit du monde
Le véritable débat n’est cependant pas uniquement économique, il est aussi conceptuel. La trajectoire chinoise illustre l’existence d’une alternative parmi d’autres. Elle tend au monde, et notamment à un Occident longtemps convaincu de l’universalité de son modèle, un contrepoint. Un récit différent, où le collectif occupe une place centrale, où la planification l’emporte sur l’improvisation, et où la souveraineté économique est revendiquée comme un objectif stratégique.
Nul ne doit être naïf, bien sûr. Le Dragon a son propre appétit et défend ses intérêts avec la rigueur d’une puissance consciente de son poids. Ce constat alimente d’ailleurs de nombreux débats et critiques. Mais dans le contexte international actuel, sa progression méthodique et son pragmatisme contribuent de manière significative à la dynamique de la croissance mondiale, tout en jouant, selon plusieurs analystes, un rôle stabilisateur dans certaines régions.
Ne pas intégrer cette réalité dans l’analyse reviendrait à passer à côté d’un des phénomènes structurants du début du XXIe siècle, au risque de se focaliser sur les turbulences du présent en négligeant les recompositions en cours.