Adoption de l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur : Opportunités et polémiques
Après plus de 25 ans de négociations, le Conseil européen a adopté l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay).
Bien qu’un accord commercial intérimaire est entré déjà en vigueur, offrant de nouvelles opportunités économiques pour les deux parties, l’initiative suscite des inquiétudes, notamment dans le secteur agricole européen, face à la concurrence latino-américaine et aux normes différentes.
La Presse — L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur : Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay (la Bolivie devenue membre en 2023 n’est pas concernée) a été enfin adopté, vendredi 9 janvier, par le Conseil européen, malgré l’opposition de certains pays comme la France.
L’accord, qui ne peut entrer totalement en vigueur qu’après l’approbation du Parlement européen et chacun des pays de l’Union européenne, établit la plus grande zone de libre-échange au monde, avec plus de 700 millions d’habitants.
Libéralisation des échanges et des investissements
Un accord commercial intérimaire (ACI) entre, cependant, en vigueur immédiatement, « permettant la libéralisation des échanges et des investissements », en attendant la ratification complète du texte. «Son objectif est de concrétiser au plus tôt les avantages économiques des engagements commerciaux négociés », selon un communiqué officiel du Conseil européen.
L’accord est ainsi présenté comme une importante opportunité d’accès aux marchés, aussi bien pour les produits et services européens que pour ceux des pays latino-américains concernés. Il permet, en effet, de lever progressivement les obstacles douaniers sur les marchandises, les services et de lutter, entre autres, contre la contrefaçon et les changements climatiques.
Ce nouveau partenariat d’envergure, qui ne se limite pas à l’aspect économique et commercial, instaure également un cadre de « dialogue politique, de coopération et d’engagement sectoriel global ».
Et si, pour certains, les nouveaux engagements « créeront de nouvelles opportunités pour les entreprises des deux côtés, tout en garantissant des protections solides pour les secteurs les plus sensibles et un cadre commercial équitable et durable », le libre-échange avec les pays du Mercosur constituerait une vraie menace pour des secteurs névralgiques comme l’agriculture.
Un refus total
En effet, les agriculteurs de plusieurs pays européens, comme la France, la Belgique et l’Espagne — et alors que le processus de négociation et de ratification prenait son cours—, manifestaient leur refus total de ce libre-échange, déplorant une concurrence déloyale et des effets néfastes sur la santé. Certaines voix se sont même élevées pour appeler à quitter l’Union européenne, tellement la question est devenue vitale. Le « Frexit » en est une belle illustration défendue par de nombreuses formations politiques et professionnelles.
Les facteurs de production n’ont pas le même coût en Europe par rapport à ceux en Amérique latine, d’autant plus que les producteurs européens sont soumis à des normes que les producteurs latino-américains n’appliquent pas. Un exemple fréquemment évoqué : celui des pesticides dans les produits agricoles.
Il y a lieu de rappeler enfin que les échanges commerciaux entre l’Union européenne et les pays du Mercosur s’élevaient, en 2024, à 111 milliards d’euros avec un léger avantage en faveur des exportations latino-américaines (56 milliards contre 55,2), selon les chiffres officiels du Conseil européen, marquant une évolution de 36 % par rapport à 2014. Pour les services, les échanges s’élèvent à 42 milliards d’euros selon les chiffres de 2023.
Une fois les obstacles tarifaires levés, ce volume devrait augmenter davantage, permettant d’offrir une bouffée d’oxygène aux deux marchés, alors que d’autres, comme celui des Etats-Unis, optaient pour la fermeture et le protectionnisme…