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L’Equipe nationale en attente – le futur sélectionneur tunisien ou étranger ? Le faux débat sûrement…

  • 12 janvier 20:30
  • 8 min de lecture
L’Equipe nationale en attente – le futur sélectionneur tunisien ou étranger ? Le faux débat sûrement…

On a réussi avec des étrangers et avec des Tunisiens comme on a échoué avec les deux écoles. Il y a d’autres facteurs en jeu beaucoup plus déterminants.

La Presse — Une équipe nationale qui souffre sans aucun doute, qui déçoit de plus en plus. La question va plus que la Coupe arabe et la CAN ; nous sommes habitués, en quelque sorte, à ces échecs successifs. A ces déboires, à ces problèmes internes qui frôlent les scandales. Pourtant, des joueurs vont et viennent, des sélectionneurs également, des membres fédéraux, mais rien ne semble changer.

Toujours un socle dur de gens entourant la sélection, de joueurs-cadres qui font la loi avec leurs agents puissants, et une FTF qui tourne comme un Etat dans l’Etat. L’équipe nationale a régressé, nous dit-on, mais justement le terme est-il approprié ? Parce que la régression veut dire reculer après avoir réussi. Pour être plus précis, on va dire que l’équipe nationale fonce vers le bas, s’enlise dans un palier moyen et parfois médiocre.

On n’était pas leader, voire favori depuis un bon moment, on est juste outsider imprévisible qui peut rayonner comme il peut sombrer. C’est déjà un point de départ qu’on estime crucial pour comprendre les choses. Nous ne sommes plus dans le palier des grands de l’Afrique, depuis cette CAN gagnée en 2004. Petit à petit, les échecs ( avec Lemerre lui-même sélectionneur après 2004) se sont succédé si bien qu’ils deviennent une règle.

Une demi-finale devient alors un exploit, le deuxième tour une satisfaction, pas plus. Sami Trabelsi a payé le prix de son obstination et de son copinage en insistant à vouloir tout pour tout perdre à la fin. Il s’en va, mais est-ce la seule raison à cet échec ? Est-il le seul coupable ? Pourquoi ne pas parler des joueurs qui sont les vrais acteurs et qui vivent dans le confort ? Pourquoi sont-ils à chaque fois innocentés, et présentés comme des victimes ? Avant de réunir un ensemble d’entraîneurs et d’ex-joueurs (dont une bonne partie n’a ni la crédibilité ni le niveau pour donner des solutions) comme l’a fait le ministre des Sports, ayons le courage d’admettre que nous n’avons plus de grands joueurs, y compris ces expatriés dont personne ne joue au très haut niveau.

Parlons des clubs mal gérés, de la mauvaise qualité des entraîneurs et des joueurs dans les jeunes sélections, de l’argent gaspillé sur les agents de joueurs et sur les joueurs de basse classe. Parlons des problèmes de fond de ce football chaotique et mal structuré avec une infrastructure désuète et des moyens dérisoires sans réelle volonté d’élever le niveau.

Parlons de cette ridicule loi des structures sportives bloquée par des présidents de fédérations influents et par le Cnot ainsi que des gens impliqués dans l’Etat et qui servent leurs intérêts. Réunir les gens pour demander est-ce qu’on a besoin d’un sélectionneur étranger ou tunisien est une futilité absolue. Une invraisemblable diversion pour cacher les vrais maux et pour simplifier jusqu’à la nullité le débat.

De Kasperczak à Benzarti en passant par Leekens, Giresse, des fortunes diverses en sélection

Regard dans l’histoire

L’équipe nationale a réussi avec des Tunisiens et avec des étrangers, elle a échoué avec des Tunisiens et des étrangers aussi. C’est la compétence qui, doit primer, c’est la personnalité parce que les étrangers, qui ont relativement réussi à l’époque, ont su protéger les vestiaires des gens corrompus de l’époque et de leurs magouilles. C’est leur plus grand mérite.

Un Abdelmajid Chettali a déroulé avec la meilleure sélection de tous les temps, alors qu’il avait des moyens précaires. Avant lui, Ameur Hizem a monté une grande sélection dont plusieurs ont triomphé avec Chettali. Ben Nacef a été inoubliable avec cette finale de la CAN 1965 perdue de justesse devant le Ghana (sans oublier les précurseurs Rachid Turki, Habib Draoua).

Le passage de Taoufik Ben Othmane en 1978 et le bon parcours vers les JO de 1988. Et puis après, d’autres Tunisiens n’ont pas réussi pour diverses raisons ( Les Hmid Dhib, Youssef Zouaoui, Mrad Mahjoub et Mokhtar Tlili). On est resté otage de cette méga performance de 1978 jusqu’à l’arrivée de Kasperczak en 1994 et la suite vous la connaissez. Pendant des années, on n’était pas qualifié à la CAN (1982-1994), au mondial aussi.

Kasperczak, Lemerre ont réussi oui, mais ils n’ont pas, non plus, fait que cela. Kasperczak a fini par craquer au mondial 98 sous l’impulsion de ses rivaux qui ont tout fait pour le chasser et pour spolier l’ambiance en sélection. Lemerre aussi n’a rien fait d’exceptionnel après 2004 avec un catastrophique mondial 2006 où il n’a pas su gérer un groupe abordable avec ce miraculé nul 2-2 contre l’Arabie Saoudite et cette défaite 1-0 contre l’Ukraine qui jouait à 10.

Des sélectionneurs tunisiens ont raté leur passage en sélection même si les moyens mis à l’époque, et la difficulté d’atteindre la phase finale d’une CAN ou d’une coupe du monde, étaient si contraignants. Les Mahjoub, Zouaoui, Tlili, Benzarti, Souayah, n’ont pas eu des succès flamboyants, et jusqu’à aujourd’hui, on leur impute tout.

Parce qu’en même temps, de grands entraîneurs étrangers n’ont pas fait de grands exploits en dépit de leurs compétences. L’immense Piechniczek n’a pas réussi, par exemple, à surclasser un foudroyant Cameroun avant le mondial 1990 et n’a rien fait aux JO de Séoul, tout comme Henri Michel qui a tout raté lors de son court passage.

Scoglio aura réussi à faire une bonne CAN 2000, mais c’était un entraîneur égoïste en choisissant de partir à Genoa, lui qui a ouvert la sélection aux dirigeants sportifs de l’époque qui le maniaient. Kulecza, Krautzen, Coelho, Marchand, Kroll, Leekens, le même Kasperczak de retour en 2015, n’ont pas fait mieux. Ces faits historiques montrent une chose : c’est le cadre, la qualité des joueurs, l’ambiance, les moyens mis et surtout la personnalité du sélectionneur et non sa nationalité qui ont prévalu.

Un vrai sélectionneur à poigne

Cette idée que l’équipe nationale ne réussit qu’avec les étrangers ne nous semble pas très fondée. Elle est émotionnelle, nourrie surtout par les agissements et l’attitude de nos entraîneurs locaux. La majorité de ces entraîneurs tunisiens passent leur temps à chercher leurs intérêts, à rentrer dans les petits calculs, à choyer surtout les joueurs loyaux et amis.

L’entraîneur tunisien est, dans la plupart des cas, «ingrat» envers ceux qui l’ont aidé et soutenu ; il change vite de loyauté et, pour la plupart des cas, il n’a pas de personnalité. Malheureusement, c’est une impression qui reste fondée par les épisodes, par les expériences passées. En même temps, on a vu des entraîneurs étrangers rentrer dans ce jeu macabre et obéir aux ordres ou aux vœux de l’entourage (Scoglio ou Leekens).

Qu’il soit Tunisien, ou étranger, c’est sa personnalité qui compte, sa façon de diriger les internationaux et de décider de l’effectif et du plan du jeu. Un grand sélectionneur, c’est celui qui force le changement, qui réussit l’intenable dosage entre résultats et manière. C’est celui qui comprend son entourage et véhicule une bonne image. En peu de temps, un sélectionneur ne va pas tout faire, il va sélectionner les meilleurs, et travailler certains aspects en comptant sur le niveau des siens et sur sa lecture des matches.

Et puis, ce sont les joueurs font l’entraîneur, il doit donc amener la meilleure qualité possible, car sans joueurs de très haut niveau, on ne peut rien faire. Le bureau fédéral actuel est-il capable de donner ce cadre idéal pour un entraîneur compétent et coriace ? On en doute. Faible, tiraillé et versé dans les habituels conflits et polémiques, ce bureau fédéral, qui se soumet volontiers aux instructions du ministre des Sports, ne semble pas apte à bien reprendre en main l’équipe nationale. En urgence, il faut un nouveau staff pour la Coupe du monde.

L’idée est un entraîneur (ou deux) tunisien, qui connaît les joueurs et qui a un vécu. Pas beaucoup d’alternatives, mais quel que soit le nom, il y a tout un système e la sélection qu’on devra oser revoir et changer. A-t-on le courage de le faire ? Telle est la question centrale. Le reste, ce sont des histoires qui se répètent après chaque revers à la CAN.

Auteur

Rafik EL HERGUEM

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