Magna Mater entre Zama et Rome bientôt au Bardo : Elle arrive enfin !
Après son étape romaine controversée, l’exposition «Magna Mater entre Zama et Rome» arrive enfin à Tunis. Accueillie au Musée national du Bardo du 21 janvier au 21 juillet 2026, elle remet au centre le site de Zama Regia et relance le débat sur la circulation, la lecture et la souveraineté du patrimoine antique entre l’Afrique du Nord et Rome.
La Presse — Après des mois d’attente, de débats feutrés et de réactions parfois vives dans les milieux patrimoniaux et culturels, l’exposition « Magna Mater entre Zama et Rome » trouve enfin son écrin tunisien. Du 21 janvier au 21 juillet 2026, le Musée national du Bardo accueillera cette manifestation archéologique d’envergure, consacrée à l’une des figures historiques les plus complexes et les plus voyageuses de l’Antiquité méditerranéenne.
Annoncée par l’Institut national du patrimoine (INP), l’exposition est placée sous le patronage du ministère des Affaires culturelles tunisien et du ministère italien de la Culture. Elle est organisée par l’INP en partenariat avec le Département pour la valorisation des biens culturels du ministère italien de la Culture. L’inauguration officielle est prévue le 21 janvier à 18h30, avant une ouverture au public à compter du 22 janvier.
Présentée dans la salle de Sousse du Bardo, l’exposition met en lumière une sélection d’artefacts issus du site archéologique de Zama Regia, dans le gouvernorat de Siliana. Sculptures, fragments architecturaux et objets liés aux pratiques cultuelles témoignent de la richesse spirituelle et symbolique de cette cité antique, à la croisée des héritages locaux nord-africains et des grandes circulations religieuses de la Méditerranée. La Magna Mater, divinité polymorphe et transfrontalière, y apparaît comme une figure révélatrice des échanges, mais aussi des tensions entre l’Afrique antique et Rome.
Cette étape tunisienne ne peut toutefois être dissociée de la polémique qui a accompagné la présentation de l’exposition à Rome, sous le titre «La Magna Mater de Zama», au Parc archéologique du Colisée, du 5 juin au 5 novembre 2025. Si l’événement s’inscrivait dans un cadre scientifique et diplomatique assumé, il a suscité en Tunisie de nombreuses interrogations : sur le choix de Rome comme première scène d’exposition, sur la narration proposée et sur la place accordée au contexte africain de Zama Regia dans un lieu aussi fortement chargé de symboles.
Des voix se sont élevées pour dénoncer une lecture jugée trop romanocentrée, craignant que le récit muséal ne dilue l’ancrage numide et africain du site au profit d’une histoire dominée par Rome. D’autres ont questionné le sens politique et culturel d’un patrimoine tunisien d’abord « consacré » à l’étranger, avant de revenir sur son territoire d’origine.
C’est précisément à cette lumière que l’arrivée de l’exposition au Bardo prend tout son sens. Plus qu’une simple itinérance, cette présentation tunisienne se veut une réappropriation. Selon l’INP, elle ambitionne de proposer une lecture plus équilibrée, attentive aux contextes locaux, aux apports des chercheurs tunisiens et à la profondeur africaine du culte de la Magna Mater, sans occulter pour autant les dynamiques méditerranéennes et romaines.
L’exposition s’inscrit enfin dans le cadre plus large de la coopération archéologique tuniso-italienne, engagée de longue date et renforcée par un accord bilatéral signé en 2024 pour la préservation et la valorisation du site de Zama Regia. Une coopération qui, à l’épreuve du débat public, rappelle une évidence souvent oubliée : le patrimoine n’est jamais neutre. Il circule, se raconte, se discute et se dispute parfois avant de retrouver, enfin, le lieu où il prend tout son sens.