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Agriculture : Les crédits accrochés en débat à l’ARP

  • 13 janvier 17:30
  • 6 min de lecture
Agriculture : Les crédits accrochés en débat à l’ARP

L’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a organisé, hier, une journée d’étude sur les crédits accrochés dans le secteur agricole, en présence de représentants des ministères de l’Agriculture et des Finances et de la Banque centrale de Tunisie.

Le thème avait fait l’objet d’une proposition de loi, à l’initiative d’un certain nombre de députés, visant à alléger et à rééchelonner la dette des «petits agriculteurs», à même de leur permettre de se relever et de réintégrer les chaînes de production.

Cette proposition de loi a été débattue en commission depuis le mois de juillet dernier et adoptée par la Commission des finances et du budget le 2 octobre 2025.

Ainsi le but de la journée d’étude est d’évaluer l’impact de la proposition de loi avant son adoption prochaine en plénière.

Les difficultés du secteur agricole ne sont pas propres à la Tunisie. Dans le monde entier, l’agriculture est confrontée à de nombreux défis, dont le changement climatique, la volatilité des cours des intrants et des pesticides ainsi que l’instabilité des marchés. En Tunisie, s’ajoutent encore des défis structurels tels que les problèmes fonciers, le morcellement des terres agricoles, l’exiguïté du marché local et la taille relativement réduite de la plupart des exploitations agricoles.

Après plusieurs années consécutives de sécheresse, nombreux étaient les agriculteurs qui ne sont pas parvenus à honorer leurs dettes, subissant des pénalités de retard, outre leur incapacité à payer leurs dettes conformément à l’échéancier convenu avec les bailleurs.

Ces agriculteurs, exposés à la rigueur des banques, ont été blacklistés et ne peuvent, donc, ni obtenir de nouveaux financement, ni reprendre leurs activités. D’où cette proposition de loi.

Selon la documentation fournie par la commission parlementaire à l’occasion de la journée d’étude, le projet de loi propose dans son premier article de rééchelonner le principal de la dette des agriculteurs, classée type 4 par la BCT, sur une période de 7 ans avec une année de grâce, tout en abandonnant les pénalités de retard et 50% des intérêts contractuels appliqués. Le projet de loi propose aussi que cette mesure soit appliquée aussi bien par les banques publiques que privées.

Selon toujours la même source, la classe 4 comprend les agriculteurs dont les crédits ont dépassé une année d’impayés, nécessitant un traitement exceptionnel. «Celui qui n’a pas pu rembourser 30 mille dinars ne pourrait pas non plus payer des dettes cumulées et pénalisées s’élevant à 100 mille dinars», a fait remarquer un député lors des discussions.

Théoriquement, la régularisation de la situation de cette catégorie d’agriculteurs leur permettrait de sortir de la liste noire des financements et surtout de réintégrer les chaînes de production. Pour le secteur bancaire, ce genre d’arrangements permettrait de réduire les créances accrochées et d’améliorer, dans une certaine mesure, la solidité financière du secteur bancaire.

Au niveau national, la reprise d’activité de ces agriculteurs, bien qu’ils soient «petits», contribuerait à l’augmentation de la production et, donc, conforterait les démarches visant la consécration de la souveraineté alimentaire, selon le principe du compter-sur-soi…

Des chiffres révélateurs

Selon les données officielles, communiquées à l’occasion de la journée d’étude, la dette du secteur agricole s’élève à 4,6 milliards de dinars et ne représente que 5% des crédits professionnels (données jusqu’au 31 octobre 2025). Parmi cette somme, plus de 2,8 milliards de dinars sont accordés sous forme de crédits à court terme. L’évolution de la dette agricole progresse plus vite que les autres secteurs, soit +7,8% jusqu’à fin novembre, par rapport à l’année dernière, contre 3,1% pour les autres secteurs professionnels.

«57% des opérateurs dans les secteurs agricole et de la pêche ont contracté des dettes bancaires n’excédant pas 10.000 dinars. Cette catégorie représente 3,5 % des engagements totaux du secteur et 10% de l’encours total des dettes», a expliqué Soufiène Bennour, directeur général à la BCT. Or qu’est-ce que 10 mille dinars pour un investisseur agricole ? «Cette somme ne permet même pas d’acquérir une vache laitière», a fait remarquer un député.

Le représentant de la Banque centrale a, par ailleurs, noté que les sommes dues dans le secteur agricole s’élèvent à 1057 millions de dinars jusqu’à fin novembre, ce qui représente 23% des crédits accordés au secteur, contre 19,5% pour les autres secteurs d’activité.

Il s’est montré, toutefois, favorable à la régularisation des situations financières des agriculteurs, à condition que cela «n’ouvre pas la voie à la mentalité d’une insolvabilité délibérée…»

Dans ce contexte, de nombreux députés ont évoqué l’existence d’intrus (opérant initialement dans d’autres secteurs) dans l’agriculture et dont le comportement insolvable rend les banques plus méfiantes à l’égard des agriculteurs de métier qui, eux, recourent moins à l’endettement bancaire.

D’autres intervenants ont souligné l’importance du secteur agricole dans le PIB et l’exportation, ainsi que sa contribution dans la création d’emplois. Le secteur compte pas moins de 700 mille employés. La régularisation des dettes, permettrait de passer éventuellement à 1 million d’employés, sans compter l’effet d’entraînement sur la stabilisation des populations en milieu rural, a-t-on laissé entendre.

Cela étant dit, si la régularisation de la dette s’avère aussi cruciale à plus d’un titre, le secteur agricole n’a pas uniquement besoin de mesures conjoncturelles, mais «d’un traitement dans le cadre d’une approche globale», comme l’a bien souligné Sonia Zoghlami, directrice générale des financements au ministère des Finances.

Les débats devraient se poursuivre en plénière très prochainement, en présence des ministres concernés.

Auteur

Lassâad BEN AHMED

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