« EBonus Market » Faire de chaque dépense un revenu supplémentaire
Aujourd’hui, face à la pression sur le pouvoir d’achat, à la hausse des coûts pour les entreprises et à la nécessité pour l’Etat de préserver ses équilibres financiers, les tensions entre les acteurs économiques deviennent de plus en plus visibles. À l’ère de la digitalisation des échanges, de nouveaux modèles émergent et interrogent la capacité de l’innovation économique à transformer ces conflits structurels en mécanismes de coopération et de création de valeur partagée.
La Presse — Au cœur de toute activité économique, la création de richesse repose sur un équilibre instable entre des acteurs aux intérêts souvent contradictoires. Consommateurs, entreprises, Etat, banques : chacun cherche à maximiser ses gains, parfois au détriment des autres. Cette tension permanente façonne les prix, les salaires, la fiscalité et, plus largement, la dynamique économique. Pourtant, à l’heure de la digitalisation des échanges et de l’innovation financière, de nouveaux modèles tentent de transformer ces conflits structurels en leviers de coopération.
Dans ce contexte, Ahmed Kemali, fondateur et gérant de la plateforme «eBonus Market», nous a expliqué que les ménages occupent une position paradoxale. En tant que consommateurs, ils aspirent à des prix bas, une qualité élevée et une offre diversifiée. Mais en tant qu’employés, ils revendiquent des salaires plus élevés, une sécurité de l’emploi et de meilleures conditions de travail. Ce double statut les place en tension directe avec les entreprises, soucieuses de préserver leurs marges et de contenir leurs coûts salariaux, mais aussi avec l’Etat, dont le financement repose largement sur l’impôt.
De leur côté, les entreprises évoluent dans un environnement concurrentiel exigeant. Productrices et employeuses, elles cherchent à vendre davantage, à moindre coût, tout en fidélisant leur clientèle. Leurs intérêts entrent fréquemment en conflit avec ceux des fournisseurs, qui souhaitent vendre plus cher, avec les concurrents, dans la lutte pour les parts de marché, et avec les pouvoirs publics, garants de la régulation, de la fiscalité et du respect des normes sociales et environnementales.
L’Etat, quant à lui, joue un rôle d’arbitre mais aussi d’acteur économique à part entière. Il doit concilier des objectifs parfois contradictoires : assurer la stabilité macroéconomique, financer les services publics, soutenir l’investissement, tout en maintenant une pression fiscale acceptable pour les ménages et les entreprises.
Une lecture alternative des flux économiques
Selon l’interlocuteur, les institutions financières, indispensables au financement de l’économie, cherchent à maximiser leurs rendements tout en maîtrisant les risques. Là encore, les intérêts divergent : les emprunteurs réclament des taux bas, tandis que les prêteurs privilégient des marges plus élevées.
En résultat, on observe une économie marquée par une compétition permanente autour de la répartition de la valeur, où chaque décision de dépense ou d’investissement est le fruit d’arbitrages complexes.
«C’est précisément dans cette zone de friction que s’inscrit la plateforme «eBonus Market», qui propose une lecture alternative des flux économiques. Son principe repose sur une idée simple : dans l’économie réelle, chaque acteur est simultanément acheteur et vendeur, et la dépense de l’un constitue toujours la recette de l’autre.
Elle cherche à valoriser chaque transaction, qu’il s’agisse de l’achat d’un bien de consommation, du paiement d’une facture ou d’une dépense professionnelle. Le mécanisme repose sur un système de bonus attribués à chaque opération effectuée via la plateforme, transformant l’acte de payer en opportunité de gain».
«Nous sommes partis du constat que la dépense est trop souvent perçue uniquement comme une charge, alors qu’elle est au cœur même de la circulation de la richesse», a déclaré Kemali. Selon lui, l’enjeu n’est pas d’effacer les conflits d’intérêts inhérents à l’économie, mais de mettre en place des incitations positives capables de les atténuer.
Cette plateforme permet aux particuliers, aux entreprises et aux professionnels indépendants de percevoir des bonus sur leurs transactions, dans une fourchette allant de 40 à 4.000 dinars, selon les volumes et les usages. Ces bonus peuvent être directs, liés aux dépenses propres de l’utilisateur, ou indirects, générés par les transactions d’un réseau économique élargi.
Pour les ménages, le modèle promet un renforcement du pouvoir d’achat. En réglant leurs dépenses courantes alimentation, carburant, télécommunications ou loyer via la plateforme, ils accumulent des bonus susceptibles de constituer un revenu complémentaire. Une logique qui transforme la fidélité commerciale en avantage financier concret.
«Le consommateur n’est plus seulement un acheteur contraint par les prix, il devient un acteur économique qui tire un bénéfice mesurable de ses propres dépenses», souligne Kemali, mettant en avant une approche fondée sur l’incitation plutôt que sur la confrontation.
Les entreprises, elles aussi, y trouvent un double intérêt. En tant que vendeurs, elles attirent une clientèle sensible à la logique de bonus. En tant qu’acheteurs, elles perçoivent des bonus sur leurs charges opérationnelles énergie, fournitures, services ou marketing contribuant ainsi à alléger leurs coûts et à améliorer leur rentabilité globale.
Vers une logique de convergence des intérêts
Pour les fournisseurs et les acteurs du B2B, le dispositif favorise la fidélisation et la récurrence des échanges. Le paiement via la plateforme génère des bonus pour les deux parties, renforçant la stabilité des relations commerciales.
Quant aux professionnels indépendants médecins, avocats ou artisans, ils bénéficient à la fois d’une meilleure attractivité auprès de leurs clients et d’une optimisation de leur trésorerie, en percevant des bonus aussi bien sur leurs encaissements que sur leurs dépenses.
Au-delà du mécanisme technique, cette dernière revendique une philosophie économique fondée sur la cocréation de valeur. « L’objectif est de passer d’une logique de confrontation permanente à une logique de convergence des intérêts, où chacun bénéficie, même indirectement, de l’activité des autres », insiste le fondateur de la plateforme.
Dans ce modèle, la croissance de l’un génère un bénéfice, même marginal, pour l’ensemble de l’écosystème. Les consommateurs gagnent en pouvoir d’achat, les entreprises fidélisent et optimisent leurs coûts, tandis que les fournisseurs sécurisent leurs débouchés. Sans modifier les prix de base, la plateforme ajoute une couche de valeur redistribuée à partir des flux existants.
À l’heure où les économies font face à des tensions inflationnistes, à une pression accrue sur les marges et à une fragilisation du pouvoir d’achat, ce type d’initiative illustre une tendance plus large : celle d’une économie numérique cherchant à réconcilier performance économique et inclusion. En transformant chaque dépense en opportunité de gain, nous proposons une lecture renouvelée des échanges économiques, où les intérêts cessent d’être strictement antagonistes pour devenir, au moins en partie, convergents.
«Ce cumul de bonus n’est en réalité qu’une tentative de résoudre une énigme qui date de 1976 : celle du revenu complémentaire universel, un système où chacun pourrait bénéficier d’un revenu sans effort pour assurer sa subsistance, tout en unifiant l’effort social autour de cette redistribution.
Au final, nous proposons, via cette plateforme, un écosystème circulaire, solidaire et ascendant, dans lequel chacun contribue au développement des autres tout en créant son propre revenu complémentaire», a-t-il conclu.