Ils ont dit
Mustapha Mezgheni, ancien P.-d.-g de « Tunisie TradeNet »
« La facturation électronique est un outil essentiel pour réformer le système fiscal tunisien et renforcer la transparence, mais le problème ne réside pas dans son principe. Il se situe dans le rythme rapide de sa généralisation, le manque de clarté des textes et l’absence d’accompagnement officiel des entreprises.
Aujourd’hui, la loi s’applique aux opérations de prestation de services et non uniquement aux entreprises de services, ce qui concerne aussi les entreprises industrielles et commerciales lorsqu’elles fournissent un service, sans que cela n’ait été clairement expliqué.
Cette ambiguïté provoque des interprétations divergentes et expose les entreprises à des sanctions sévères, avec des amendes pouvant atteindre 10.000 dinars, voire concerner les clients eux-mêmes. L’économie tunisienne a besoin d’une phase transitoire d’au moins deux ans, avec des notes explicatives officielles, une application progressive selon la taille des entreprises et la possibilité d’une facturation papier suivie d’une régularisation électronique, afin de réussir ce virage numérique de manière équilibrée ».
Anis Wahabi, Expert-comptable
« La loi de finances 2026 comprend 110 articles et se caractérise par une dimension sociale claire, en cohérence avec les orientations générales de l’État. Mais elle souffre de plusieurs manquements : l’absence du document explicatif des motifs et de la note de présentation ne sert pas le principe de transparence financière, plusieurs articles sont inapplicables, comme celui relatif à « une voiture pour chaque famille » ou l’ouverture de comptes en devises… Ils ne respectent pas les normes juridiques. Concernant la contribution sociale de solidarité, son annulation pour les personnes physiques a été reportée, tandis que la déduction des dons a été élargie aux entreprises communautaires et à l’Union tunisienne de solidarité. L’exonération de l’impôt sur le revenu pour le transport pris en charge par l’employeur est désormais généralisée à tout le pays, et un allègement progressif des pensions est prévu, mais reporté à l’année prochaine.
L’impôt sur la fortune, bien qu’instauré pour renforcer la justice fiscale, risque d’avoir un rendement faible s’il n’est pas accompagné de mécanismes de contrôle clairs et pourrait porter atteinte au capital productif. Enfin, la facturation électronique a été généralisée à tous les prestataires de services, mais le flou sur cette notion et l’absence de clarification progressive créent inquiétude et difficultés pratiques pour près de 380.000 entreprises. Le gouvernement doit clarifier cette mesure et proposer des solutions pratiques pour garantir sa bonne application sans pénaliser les prestataires ».
Mouez Soussi, professeur en sciences économiques
« L’inflation en Tunisie est mesurée sur la base de l’indice général de la consommation des ménages, un indicateur qui reflète les grandes tendances économiques mais ne correspond pas nécessairement au ressenti quotidien du citoyen face à la hausse des prix. Même si un ralentissement progressif de l’inflation a été observé depuis son pic de 9,3 % en 2023 pour se stabiliser autour de 5,3 % en 2025, cela ne signifie pas que les prix ont baissé : ils continuent d’augmenter, simplement à un rythme plus lent.
Cette situation explique l’écart entre les chiffres officiels et la perception des ménages, dont le pouvoir d’achat reste limité malgré un taux de croissance réel de 2,4 à 2,5 % fin 2025. Le sentiment de cherté est particulièrement lié à l’évolution des produits alimentaires comme les viandes rouges, les légumes, les fruits et le poisson, tandis que certains produits comme les huiles ont connu une baisse relative et les prix réglementés restent stables.
La Tunisie progresse vers une maîtrise de l’inflation, mais l’amélioration tangible du niveau de vie demeure un défi : la prochaine phase nécessite de trouver un équilibre entre stabilité économique et pouvoir d’achat, ce qui ne peut se faire sans des réformes globales prenant en compte simultanément prix et revenus ».