« Nhebek Bahria » s’envole au Caire : Une version égyptienne du livre de Faten Touhami
Ce n’est toutefois pas la langue qui a changé, mais plutôt le dialecte. Le livre est passé du parler tunisien à l’égyptien, dans une adaptation signée Montasser Hegazy.
La Presse — De nombreux écrivains tunisiens ont vu leurs œuvres traduites dans des langues étrangères et certaines traductions ont même reçu des prix littéraires. Pour « Nhebek Bahria » (Je t’aime Bahria) de Faten Touhami, ce n’est toutefois pas la langue qui a changé, mais plutôt le dialecte. Le livre est, en effet, passé du parler tunisien à l’égyptien, dans une adaptation signée Montasser Hegazy.
« Nehebk Bahria » est le premier livre de Faten Touhami, sorti il y a environ un an et demi. C’est une autobiographie fictive écrite sous forme de chroniques racontées à sa confidente « Bahria », qui écoute sans intervenir. Les différents chapitres retracent les aventures de la narratrice, ses pensées, ses réflexions et ses émotions, le tout dans un style oral fluide.
C’est une œuvre autour de déceptions sentimentales, la quête de la raison d’être, l’aspiration à la liberté et les petits plaisirs qui donnent sens à la vie. L’humour naturel de la narratrice, son énergie vive et sa spontanéité se manifestent même dans les situations les plus tragiques.
Comment est né le projet d’une version égyptienne du livre ? « Cette idée me trottait dans la tête depuis un certain temps », nous a répondu Faten Touhami. « Chaque chapitre est entamé par un extrait des paroles d’une chanson d’Oum Kalthoum qui m’ont inspirée. J’aime beaucoup le tarab, les films en noir et blanc… J’ai tellement souhaité avoir une suite dans le même dialecte de ces chansons et qui prolongerait l’univers poétique de mon récit.
De plus, les retours des lecteurs ont été encourageants, comme beaucoup de personnes m’ont dit qu’elles se sont reconnues pleinement dans plusieurs passages et que cette lecture leur a fait du bien, notamment durant des moments difficiles. Je rêvais donc que le livre atteigne un public encore plus nombreux et dépasse même les frontières, sans avoir de plan précis pour y parvenir ».
Pourquoi ne pas opter pour l’arabe littéraire ? « C’est une écriture de l’intime. Ce qui la rend naturellement plus touchante, car elle utilise le langage de notre vie quotidienne », souligne Faten Touhami. Comment cette idée s’est-elle alors concrétisée ? Tout a commencé par une rencontre avec la célèbre chanteuse tunisienne Ghalia Benali.
C’était l’année dernière, lors de la présentation de « Nhebek Bahria » au stand de l’édition Wachma à la Foire internationale du livre. « J’étais émue de la voir feuilleter le livre et fredonner les chansons d’Oum Kalthoum qui y figurent. Comme je sais qu’elle a des connaissances en Egypte, je l’ai contactée dans les jours qui ont suivi et je lui ai fait part de mon souhait.
Elle a promis de m’aider à trouver un auteur qui saura rester fidèle à l’esprit du texte, majoritairement en prose poétique et riche en émotions», nous a raconté Faten Touhami. Au final, cette adaptation a été confiée à Montasser Hegazy. Ce poète égyptien a déjà publié de nombreux textes et recueils et il a collaboré en parolier avec Hany Adel, Cairokee, Hamza Namira et bien d’autres.
Selon l’auteure, il a compris le texte par son effort personnel. Il n’a eu besoin de la consulter que pour quelques rectifications afin qu’elle lui explique des tournures un peu particulières de notre dialecte. « Mon émotion est indescriptible quand j’ai commencé à recevoir progressivement les textes qu’il a écrits, comme si je redécouvrais mon propre livre. Je tiens surtout à remercier Ghalia Benali qui a continué à veiller sur ce projet et nous a accompagnés tout au long du process ».
Il restait ensuite à trouver une maison d’édition. Au final, la nouvelle version est parue chez « Mokhtalef editions ». Suite à une petite modification, le titre est désormais « Rassayel Bahria » (Lettres de Bahria). À la lecture des extraits disponibles, on constate que le poète y a insufflé son âme, rendant le récit encore plus lyrique.
« Ce qu’il y a de plus beau dans ces histoires, c’est qu’elles nous font voyager dans des lieux et des époques que nous n’avons jamais connus et nous font découvrir des personnes dont nous n’aurions jamais entendu parler autrement. Elles nous permettent de nous découvrir nous-mêmes, de mieux comprendre notre culture, nos origines et même nos différences», a écrit Montasser Hegazy dans la préface.
Le poète n’a jamais été en Tunisie comme il l’a précisé au début du livre, mais confie son impatience d’y être. Il a eu l’impression de l’avoir parcourue au fil des pages, depuis ses déserts jusqu’aux ruelles de sa médina. En effet, le livre ne se limite pas à transmettre les états d’âme et les aventures de la protagoniste, mais décrit aussi des lieux, des villes et des paysages tunisiens sublimés par le style de l’auteure. Il permettra aussi à nos amis égyptiens de découvrir notre mentalité, notre mode de vie et un pan de notre culture.
Faten Touhami s’apprête actuellement à partir en Egypte pour présenter « Rassayel Bahria » à la Foire internationale du livre du Caire, l’un des plus grands salons du livre du monde arabe. Ce rendez-vous incontournable pour les éditeurs, auteurs et lecteurs se tiendra cette année du 23 janvier au 5 février. La nouvelle version du livre lui permettra certainement de se faire connaître auprès du public égyptien, mais aussi à l’échelle arabe, puisque ce dialecte est facilement lu et compris par un large lectorat.