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Sur nos écrans – « Where the Wind Comes From » : Le vent d’une jeunesse en mouvement

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  • 13 janvier 19:45
  • 4 min de lecture
Sur nos écrans – « Where the Wind Comes From » : Le vent d’une jeunesse en mouvement

Elle avance, décide, provoque le mouvement : lui suit, résiste parfois, mais ne peut exister sans cette impulsion qu’elle lui offre. Amel Guellaty signe un premier long métrage vibrant, entre road movie tunisien et chronique d’une amitié à fleur de peau.

La Presse — Après une avant-première mondiale remarquée au Festival de Sundance, un parcours salué dans de nombreux festivals internationaux et un triomphe tout récent aux Journées cinématographiques de Carthage— où il a raflé trois prix majeurs (Prix du public, Prix du scénario et Prix du Syndicat national des journalistes tunisiens) — « Where the Wind Comes From », premier long métrage de fiction d’Amel Guellaty, arrive enfin dans les salles tunisiennes à partir du 14 janvier 2026.

Une sortie attendue, presque nécessaire, tant ce film s’inscrit dans un moment précis du cinéma tunisien : celui où une jeunesse cherche à se raconter autrement, sans héroïsme forcé, mais avec souffle, désir et lucidité.

Alyssa et Mehdi sont amis depuis l’enfance. Ils vivent dans un quartier modeste de Tunis, un de ces espaces où l’horizon semble parfois trop étroit pour contenir les rêves. Alyssa, intrépide, volontaire, toujours en mouvement, refuse l’immobilisme. Mehdi, artiste sensible, plus intérieur, doute, hésite, observe. Deux tempéraments opposés mais profondément complémentaires.

Quand Alyssa découvre l’existence d’un concours d’artistes à Djerba, elle y voit une échappatoire possible — peut-être la seule. Elle entraîne Mehdi dans un voyage à travers la Tunisie qui prend rapidement la forme d’un road movie initiatique, où l’amitié, les rêves et les fragilités sont mis à l’épreuve.

Le récit est simple, parfois prévisible, et bien qu’Amel Guellaty tombe dans certains clichés notamment dans la peinture d’une classe bourgeoise qu’elle réduit en miettes, nous retrouvons  tellement de sincérité et de tendresse  presque désarmantes, que le film trouve sa force et que nous pardonnons certaines de ses faiblesses.

Le casting, juste et attachant, donne au film une énergie singulière. Le duo Alyssa/Mehdi fonctionne pleinement : elle avance, décide, provoque le mouvement ; lui suit, résiste parfois, mais ne peut exister sans cette impulsion qu’elle lui offre.  Alyssa porte son propre rêve, mais aussi celui de Mehdi. Pour elle, tout semble possible, même sans argent, même sans moyens.

Pour lui, rien n’est simple sans elle. Cette dynamique crée une tension constante, jamais artificielle, qui maintient le film en mouvement. On y croit, parce que l’émotion n’est jamais sur lignée, parce que les gestes, les silences, les regards comptent autant que les mots. Écrit et pensé comme un road movie, « Where the Wind Comes From » trouve son rythme dans le déplacement, la route, les pauses, les rencontres.

Le film gagne en vitalité grâce à une bande originale ancrée dans la nouvelle vague de la musique tunisienne, populaire chez les 15–25 ans, qui accompagne les personnages sans les écraser. Le public cible est clairement dans la ligne de mire : une jeunesse en quête d’issue, d’expression, de reconnaissance. Une génération qui rêve encore, malgré tout, et qui porte en elle un don, une sensibilité, parfois naïve, souvent fragile, mais profondément sincère, pour « refaire le monde ».

Avec ce premier long métrage, Amel Guellaty confirme ce que son court métrage Black Mamba laissait déjà entrevoir: un intérêt marqué pour les personnages féminins libres, fougueux, indociles. Alyssa s’inscrit clairement dans cette lignée. La réalisatrice maîtrise son sujet, ose quelques fantaisies narratives, assume ses choix, quitte à flirter avec le convenu. Un parti pris qui, loin de la desservir, lui a valu le Prix du public aux JCC, signe d’une rencontre réussie avec les spectateurs. « Where the Wind Comes From » n’est pas un film révolutionnaire, ni un manifeste.

Il est parfois attendu, parfois trop sage dans ce qu’il raconte. Mais il est habité, généreux, traversé par une vraie fraîcheur et un sens du détail qui font la différence. Un film qui regarde sa jeunesse sans condescendance, avec tendresse mais sans illusion. Un premier long métrage qui trouve sa place dans le paysage du cinéma tunisien contemporain — et qui mérite, à ce titre, d’être vu, discuté, partagé.

A découvrir en salles en Tunisie dès le 14 janvier 2026.

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Auteur

Asma DRISSI

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