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Sécurité alimentaire : Préparer un plan stratégique sur le long terme

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  • 14 janvier 19:45
  • 7 min de lecture
Sécurité alimentaire : Préparer un plan stratégique sur le long terme

Le sujet de la sécurité alimentaiare figure aujourd’hui parmi les préoccupations majeures en Tunisie. Cette centralité s’explique principalement par les conditions climatiques de plus en plus difficiles qu’a connues le monde en général, au cours de la dernière décennie. La Tunisie a ainsi enregistré, sur les dix dernières années, un déficit pluviométrique considérable, avec des précipitations annuelles moyennes ne dépassant pas 700 millimètres, parallèlement à une hausse historique des températures, dont la moyenne a atteint près de 38 degrés.

La Presse — Ces conditions climatiques extrêmes ont affecté la production agricole, dans les régions historiquement productrices du nord du pays, telles que le Kef, Béja et Jendouba. Ces zones ont subi un déficit sévère des précipitations, entraînant une baisse alarmante des réserves des barrages, ce qui a eu un impact direct sur la production agricole et sur l’approvisionnement des marchés en produits essentiels destinés au consommateur tunisien.

Dans ce cadre, Lotfi Khaldi, membre du bureau national de l’Organisation de défense du consommateur (ODC), ex-président de l’ODC et ex-directeur général de la fonction publique à la présidence du gouvernement, a déclaré que, dans ce contexte de stress hydrique, le ministère de l’Agriculture a interdit depuis près de deux ans la culture de certains légumes gourmands en eau, utilisant le réseau public d’irrigation, à l’instar des tomates et des légumes à feuilles, suite à une alerte hydrique lancée depuis trois ans.

Cette décision, bien que dictée par la nécessité de préserver les ressources en eau, a contribué à accentuer les tensions sur l’offre. La conséquence a été une succession de ruptures d’approvisionnement du marché en produits de base, tels que les pommes de terre, les tomates, les piments verts, ainsi que certains fruits, comme la pastèque, qui ont connu une flambée des prix devenue insupportable pour de larges franges de la population.

De son côté, l’Etat n’a pas été en mesure de compenser ces pénuries par l’importation. Le marché international des produits agricoles a connu, ces dernières années, de profondes mutations, caractérisées par une hausse significative des prix, sous l’effet de l’augmentation des coûts de production agricole et du transport international. Dans ces conditions, l’importation de produits agricoles est devenue particulièrement difficile, voire quasi impossible, en raison de la cherté des prix, aggravée par la dépréciation du dinar face aux principales devises.

Vers un programme national multidisciplinaire

Sur ce point, Lotfi Khaldi a souligné que les politiques publiques actuelles en matière de sécurité alimentaire demeurent insuffisantes et ne permettent pas d’atteindre les résultats escomptés. Il estime, en premier lieu, que toute politique fondée essentiellement sur les subventions montre rapidement ses limites.

Le système de subvention suppose, en effet, une disponibilité permanente de ressources financières, alors que la Tunisie souffre, depuis plusieurs années, de la rareté des ressources, aggravée par une crise économique persistante et un recours excessif à l’endettement interne et externe pour combler le déficit budgétaire. D’ailleurs, les lois de finances récentes, notamment celle de 2025, ont enregistré une baisse notable des crédits alloués à la subvention des produits de première nécessité, conséquence directe de la limitation des importations de produits subventionnés tels que le sucre et l’huile végétale, faute de marges budgétaires suffisantes.

D’autre part, Khaldi souligne que les mesures incitatives mises en place par l’Etat en faveur des agriculteurs n’ont pas produit les effets attendus. Selon lui, cette situation s’explique par l’absence de planification rigoureuse de la production, le manque de moyens logistiques pour la mise en œuvre des plans d’action, ainsi que par l’insuffisance des mécanismes de contrôle et de suivi.

Face à ces constats, les problèmes actuels liés à la sécurité alimentaire des Tunisiens appellent, selon l’ancien président de l’ODC, l’élaboration d’un programme multidisciplinaire intégrant les mesures déjà engagées par l’Etat, notamment en matière de rationalisation des ressources hydriques. Ce programme doit être clair, transparent et ouvert au débat public.

Il est impératif, insiste-t-il, d’éviter les stratégies conçues à huis clos, car la sécurité alimentaire concerne l’ensemble des acteurs : agriculteurs, consommateurs, intermédiaires, administrations, mais aussi les Tunisiens résidant à l’étranger, porteurs d’expériences et de pratiques issues d’autres contextes.

Une autre condition essentielle à la réussite d’une politique qui vise l’autosuffisance alimentaire réside, selon lui, dans la clarté de la vision et la continuité de la gestion, indépendamment des changements politiques. Il s’agit d’un enjeu stratégique majeur, que tous les gouvernements devraient placer en tête de leurs priorités, compte tenu de son caractère vital pour le peuple tunisien.

Combiner les ressources internes avec les financements internationaux

Sur le plan financier, Khaldi considère que l’Etat doit privilégier une mise en œuvre progressive de ce type de projets, en combinant les ressources internes avec les financements internationaux disponibles. Face aux défis climatiques et alimentaires, l’Etat tunisien est ainsi contraint d’agir simultanément à court et à long terme, malgré la rareté des ressources financières, la pénurie des produits agricoles sur les marchés internationaux, la flambée des prix et du coût du transport, ainsi que la faiblesse du dinar face au dollar et à l’euro.

Dans cette optique, il plaide pour un plan d’action transversal en accordant une priorité absolue à plusieurs axes stratégiques : la rationalisation des ressources hydriques, notamment à travers l’entretien des barrages existants et la construction de nouveaux ouvrages selon des technologies modernes ; la rénovation du réseau national de distribution des eaux potables et agricoles afin de réduire les pertes, le renforcement des stations de dessalement de l’eau de mer sur l’ensemble du territoire, en s’appuyant sur le potentiel de l’énergie solaire, la mise en place d’un plan national d’encouragement de la production agricole sur une période de dix ans, avec des objectifs mesurables et un suivi rigoureux ainsi que la modernisation de la gestion des ressources hydriques et de la production agricole à travers l’utilisation des technologies de l’Internet des objets et de l’intelligence artificielle.

Toutefois, Khaldi rappelle que ces programmes nécessitent des investissements et des ressources budgétaires importantes, ce qui impose un étalement de leur mise en œuvre sur une période de dix ans, afin de mobiliser les financements adéquats et de renforcer la coopération internationale.

Enfin, pour garantir la réussite de ces plans d’action, il insiste sur la nécessité de rompre avec les modes classiques de gestion administrative des projets, qui ont montré leurs limites. Il appelle à l’adoption de nouvelles méthodes de gouvernance, fondées sur des équipes restreintes d’experts, des outils modernes de pilotage et des indicateurs de performance clairs et mesurables.

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Auteur

Sabrine AHMED

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