Tribune – 14 janvier 1952 : Et ce fut le commencement de la fin du protectorat en Tunisie
L’Algérie, n’ayant été, entièrement, occupée, qu’entre le 5 juillet 1830 et le 23 décembre 1847, la France décida d’étendre son hégémonie sur toute la région nord-africaine, plus connue sous l’appellation du Maghreb. Et c’est ainsi qu’elle imposa au Bey de Tunis, alors que la situation économique du pays s’était, suite à une mauvaise gouvernance, sérieusement dégradée, l’acceptation du protectorat en 1881. Cependant, le peuple tunisien n’a jamais admis cette nouvelle situation et des troubles avaient lieu, de temps à autre, dans différentes régions du pays, pour rappeler et démontrer à l’occupant son refus absolu de cette injuste colonisation.
Dans les années 1930, des Maghrébins en France, principalement des travailleurs immigrés et des étudiants, ont développé des idées politiques nationalistes fortes, remettant en question le système colonial français et revendiquant l’indépendance de leurs pays respectifs. Ces mouvements étaient principalement organisés autour d’associations et de partis politiques naissants. Ces Maghrébins étaient principalement préoccupés par l’avenir politique de l’Algérie, de la Tunisie et du Maroc, sous domination française.
L’Étoile nord-africaine (ENA), en Algérie, fondée en 1926 par Messali El Hadj, a été le premier mouvement politique majeur à formuler une demande explicite d’indépendance pour l’Algérie, en rupture avec la politique d’assimilation. Dissoute par les autorités françaises en 1929, elle s’est reformée sous d’autres noms, continuant de militer pour l’émancipation, souvent par le biais du Mouvement messaliste.
Bien que l’immigration marocaine et tunisienne fût moins nombreuse que l’algérienne, des élites nationalistes et des étudiants, souvent regroupés au sein de l’Association des étudiants musulmans nord-africains (Aemna), ont également joué un rôle clé dans l’organisation et la diffusion des idées nationalistes. Ils ont contribué à structurer les mouvements nationaux dans leurs pays d’origine (notamment le parti du Néo-Destour tunisien et le Mouvement national marocain).
Les relations entre les nationalistes des différents pays du Maghreb étaient marquées par un objectif commun : la lutte contre le colonialisme français. Des périodes d’unité face à la colonisation ont existé, où Algériens, Marocains et Tunisiens se sont mutuellement soutenus dans leurs revendications.
Le devenir envisagé pour leurs pays respectifs était clair: l’indépendance et la souveraineté nationale. La France était considérée comme le lieu idéal pour organiser la contestation et mobiliser les immigrés, en raison de la liberté relative d’association et de presse par rapport aux colonies, bien que ces mouvements aient fait l’objet d’une surveillance et d’une répression constantes de la part des autorités françaises.
Aussi, après 70 ans de protectorat, et les évènements du 9 Avril 1938 et ceux des 14 et 18 janvier 1952, la Tunisie a obtenu son indépendance qui n’est intervenue, le 20 mars 1956, qu’après trois décennies de mobilisation et manifestations populaires symbolisées par une campagne politique dirigée par le Combattant Suprême, le président Bourguiba, et appuyée durant les dernières années, entre 1952 et 1954, par une guérilla, essentiellement rurale et fort heureusement, peu coûteuse, en vies humaines.
Ce jour-là, le 14 janvier 1952, il y a de cela soixante quatorze ans, jour pour jour, a été pour moi, jeune collégien à Sadiki, une journée exceptionnelle, inoubliable et marquante parce qu’elle devrait faire date dans l’Histoire de notre pays. En effet, quittant le collège vers midi, j’ai été surpris de voir toute la place de La Kasbah et l’avenue menant, de part et d’autre, à Bab El Alouj et à Bab Menara, archicomble de monde qui scandait des slogans anti-colonisation. En m’approchant de la foule, j’ai été surpris de voir déployé un service d’ordre impressionnant, composé d’un grand nombre de policiers et de gendarmes, surveillant de près ces nombreux manifestants qui arboraient des décorations de toutes les couleurs et de toutes les formes et, brutalement, j’ai entendu quelques coups de feu qui m’ont obligé à regagner le collège que je n’ai quitté qu’en fin d’après -midi pour rentrer chez moi, à une demi-heure de marche. En fait, j’ai appris, plus tard, qu’il s’agissait du tir des forces de l’ordre qui répondaient à un tir provenant du côté des manifestants. Ces tirs ont eu pour résultats la mort d’un manifestant et la blessure de quelques personnels du maintien de l’ordre ainsi que parmi les manifestants.
Renseignement pris à propos de cette manifestation imposante, il s’agissait de la comparution devant le tribunal du président de la Ligue Tunisienne des Anciens Combattants Tunisiens, Monsieur Abdelaziz Mestouri qui, arrêté et emprisonné trois mois et demi plus tôt pour avoir investi et saccagé, avec plusieurs centaines de ses adhérents, le Secrétariat Général du gouvernement, la Direction des Finances et celle des Travaux Publics, départements dirigés par de hauts fonctionnaires français, dont les locaux se trouvaient à la place de la Kasbah, pour signifier, aux pouvoirs publics français, leur détermination à obtenir les mêmes droits que les anciens combattants français. Cette association défendait, officiellement, les droits des anciens combattants tunisiens ayant servi dans l’armée française mais, sournoisement, avait des objectifs, essentiellement, politiques.
Il y a lieu de rappeler que le peuple tunisien n’a jamais accepté, consenti ou admis le protectorat imposé par la France en 1881 et 1883 et qu’il a manifesté, à plusieurs reprises, son opposition à cet état de faits et les évènements sanglants du 9 Avril 1938 représentent la preuve irréfutable de cette contestation.
En réalité, et connaissant la considération, le respect et l’estime que portent les démocraties occidentales aux anciens combattants, cette association a été créée, en 1950, avec l’appui de feu Farhat Hached, le secrétaire général de l’Ugtt, pour jouer un rôle politique et ce, en vue de faire pression sur la France pour répondre aux aspirations légitimes du peuple tunisien. D’ailleurs, le procès intenté à Monsieur Abdelaziz Mestouri, le 14 janvier 1952, a été interrompu suite à ces manifestations, et renvoyé au 18 du même mois.
Cependant, ce jour là, le 18 janvier 1952, M. Mestouri a été condamné à trois mois de prison qu’il a déjà purgés et à cinquante mille francs d’amende. Il y a lieu de préciser que M. Mestouri, au lieu d’être libéré, a été exilé le jour même à Remada, à l’extrême Sud du pays, alors que le président du parti politique du Néo-Destour, Monsieur Habib Bourguiba, l’a été, le même jour, à Tabarka avant d’être transféré à l’Île de la Galite et puis à Remada et enfin à l’ile de Groix, en France. D’ailleurs, de nombreux cadres de son parti, le Néo-destour, ont, aussi, été arrêtés et emprisonnés.
En fait, et suite aux nombreuses pressions de la Fédération Internationale des Anciens Combattants dont le siège était à Paris et à laquelle était affiliée la Ligue Tunisienne des Anciens Combattants Tunisiens dont M. Mastouri était le président, celui-ci a été libéré en juillet 1952. Aussi, se sentant menacé après l’assassinat du grand Leader syndicaliste, feu Farhat Hached, le 5 décembre 1952 dont il était très proche, non pas par la Main rouge comme on l’a toujours cru, mais par les services secrets français et ce, d’après les déclarations de l’ancien Président de la République française, M. François Hollande , lors de sa première visite, en Tunisie, après la révolution, M. Mastouri a quitté, clandestinement, la Tunisie et s’est réfugié au Caire où il a continué à militer au sein du Bureau du Maghreb Arabe et n’est rentré au pays qu’après la proclamation de l’autonomie interne en 1954.
Ce qui s’est passé ces jours-là, les 14 et 18 janvier 1952 a été, en fait, le prélude au déclenchement, dans tout le pays, de la lutte armée pour l’indépendance et qui durera jusqu’au 31 juillet 1954, date à laquelle M. Pierre Mendes-France, le Président du Conseil français, arriva en Tunisie et annonça, devant le Bey de Tunis, S.A.R. Lamine Pacha Bey, la reconnaissance, par la France, de l’autonomie interne de la Tunisie qui déboucha, vingt mois plus tard, sur l’indépendance totale.
Cependant, faut-il mentionner que le 18 Janvier 1952 est la date de la dernière arrestation par la France du leader Bourguiba et son exil en Tunisie, au nord et au sud du pays avant son transfert en France. Considérée comme étant l’anniversaire de la Révolution, durant la présidence du leader Bourguiba, elle était fêtée comme telle durant ses mandats jusqu’à ce que l’ancien président Ben Ali, la remplace par celle du 7 novembre quand le président Bourguiba, suite au Changement effectué par le premier ministre Ben Ali, a été obligé de quitter le pouvoir. Et depuis 1988, cette date du 18 janvier qui appartient à l’Histoire, mériterait, pourtant, d’être rétablie.
Aussi faut-il préciser que du temps où le président Bourguiba était au pouvoir, on célébrait le 18 janvier comme étant l’anniversaire du déclenchement de la révolution contre l’occupant alors que cela a débuté quatre jours plus tôt. En fait, que cet anniversaire soit le 14 ou 18 janvier, et les historiens le préciseront, un jour ou l’autre, on devrait accorder à cette date historique l’importance qu’elle mérite car il y a un devoir de mémoire dont nous devons nous acquitter, jeunes et vieux, d’autant plus que le sentiment national s’atténue aujourd’hui au point d’être frappé d’oubli ou de ridicule. Bourguiba était et demeure un très grand leader mais il ne fut pas le seul à incarner la lutte pour l’indépendance. En effet, le 18 janvier 1952, l’arrestation des dirigeants destouriens et en premier lieu Bourguiba et l’émergence de la lutte armée qui durera près de 3 ans ont sonné le glas de la France coloniale non seulement en Tunisie, mais aussi dans tout le Maghreb. Car moins d’un an plus tard, les Marocains vont nous emboîter le pas avec les émeutes des Carrières de Casablanca dont l’élément déclencheur a été l’assassinat du grand leader syndicaliste Farhat Hached le 5 décembre 1952. Le 1er novembre 1954, ce sera au tour de l’Algérie de déclencher sa glorieuse révolution et la boucle était bouclée.
Et aussitôt, Bourguiba s’est mis à l’œuvre pour la mise sur pied d’un Etat moderne, bien organisé et bien administré en vue d’être bien gouverné. Aussi et compte tenu de sa riche expérience politique, il a réussi, avec beaucoup de subtilité, d’intelligence et de savoir-faire, à convaincre le peuple tunisien pour le soutenir et l’appuyer dans ses choix. D’ailleurs, il a toujours eu le courage de revenir sur certaines décisions qu’il a prises et qui se sont avérées inefficaces telle que celle relative au système coopératif.
Au lendemain de l’indépendance, il a fallu faire preuve de compétence et d’ingéniosité pour créer les composantes d’un Etat moderne (une Administration nationale et régionale, une diplomatie, une justice et une armée). Pour le traitement de ces quatre domaines, par ailleurs fort importants, le plus compliqué était celui de la Défense nationale qui nécessitait un encadrement important qui ne pouvait être formé, en ce moment là, en Tunisie.
Aussi, fort d’un appui populaire, et outrepassant les évènements du passé survenus avec le colonisateur (arrestations, emprisonnements, brimades, exils et déportations subis par de nombreux nationalistes tunisiens durant la lutte pour l’indépendance), Bourguiba n’a pas hésité à demander à la France de nous transférer, d’une part, les 1500 militaires tunisiens servant dans l’armée française et volontaires pour rejoindre l’armée nationale naissante et, d’autre part, de nous former, quelques promotions de jeunes tunisiens, comme officiers, dans la prestigieuse Ecole Spéciale Militaire Interarmes de St Cyr Coëtquidan.
Mais pourquoi Bourguiba a-t-il choisi de former ses cadres officiers en France, l’ex-pays colonisateur? La réponse est simple :
1- d’abord, sûr de la qualité et du niveau de la formation dans cette prestigieuse Ecole fort renommée et appréciée qu’est St Cyr, Bourguiba a choisi la France et non l’une des Ecoles du Moyen–Orient qui, compte tenu des situations particulières dans chacun de ces pays qui changeaient, souvent, de régime suite aux nombreux coups d’Etat qui survenaient, à cette époque, dans cette région, l’enseignement militaire que nos jeunes pourraient y recevoir ainsi que l’ambiance, étaient loin de le satisfaire. Et c’est ainsi qu’une première promotion d’une centaine de jeunes tunisiens suivie de cinq autres, dont l’effectif était, à la demande de la France, beaucoup moins important que la première, ont été formées en France et constituèrent l’ossature de l’encadrement de la jeune armée tunisienne. D’ailleurs, suivant la tradition de l’Ecole qui veut que chaque promotion choisisse un nom, cette première promotion tunisienne a choisi le nom de ° Promotion Bourguiba°, eu égard et en hommage au président Bourguiba pour les services rendus à la patrie et pour les sacrifices consentis. Comme certains de nos concitoyens croyaient que c’était le président Bourguiba qui a imposé son nom à la promotion, et ayant, moi-même, fait partie de cette promotion, je tiens à affirmer que ce ne fut pas le cas et le choix du nom de la promotion est, absolument, l’émanation de la volonté des 105 élèves officiers tunisiens qui nous a pris plusieurs soirées de discussions, à l’Ecole, dont certaines étaient assez houleuses et animées, et nous avons chargé deux camarades qui rentraient en Tunisie, lors des vacances, pour demander l’audience du premier ministre Bourguiba , en vue de lui demander la permission de permettre à notre promotion de porter son nom. Et c’est ce qui s’est passé. D’ailleurs, nos camarades marocains qui suivaient la même formation que nous, avaient choisi l’appellation de °Promotion Mohamed V °, le Grand roi du Maroc à ce moment-là.
2- ensuite, l’Ecole de St Cyr est reconnue dans le monde entier, avec Westpoint aux USA et Sandhurst en Grande-Bretagne, comme étant parmi les meilleures Académies de formation des jeunes cadres officiers dans le monde,
3- puis, c’est dans pareille Ecole que les élèves officiers reçoivent la formation technique, morale, et psychologique adéquate qui leur permet d’assumer des fonctions de commandement et de devenir des chefs,
4- et enfin, c’est dans ce genre d’Ecole, aux traditions séculaires, que sont enseignées les règles du républicanisme (séparation des pouvoirs, subordination du militaire au politique, la place du militaire au sein de la société, etc.)
Père de l’Indépendance et de la Nation, Bourguiba savait parler aux populations le langage qu’elles comprenaient. C’était un leader qui avait, terriblement, le sens de la communication. C’est dire que nos politiciens, d’aujourd’hui, auraient intérêt à étudier les différentes adresses du «Zaïm» pour améliorer leurs capacités de locution dans ce domaine où ils font preuve de savoir-faire bien insuffisant.
Bourguiba hérita du colonialisme un pays sous-développé dans tous les domaines: très peu d’établissements scolaires du primaire et du secondaire (seulement une dizaine de lycées et collèges dans tout le pays), aucun établissement d’enseignement supérieur, très peu d’hôpitaux, infrastructure routière minimale, éclairage public très insuffisant, et le pays avait besoin de chantiers dans tous les domaines.
Bien qu’il n’existe pas de définition internationalement reconnue de ce qu’on appelle la bonne gouvernance, Bourguiba essaya de couvrir, un tant soit peu, certains de ses nombreux thèmes dont, entre autres : la participation effective ; l’efficience et l’efficacité du secteur public ; la légitimité ; l’accès à la connaissance, à l’information et à l’éducation ; des attitudes et des valeurs qui favorisent la responsabilité; la solidarité et la tolérance. Cependant, bien qu’il ait réussi dans certains de ces domaines, il ne l’a pas été dans certains autres.
En résumé, la bonne gouvernance est liée aux processus et résultats aussi politiques qu’institutionnels nécessaires pour atteindre les objectifs de développement. La véritable bonne gouvernance est celle du responsable politique, le gouvernant qui tient ses promesses en matière de droits de l’homme : droits civils, culturels, économiques, politiques et sociaux.
En plus clair, les institutions de gouvernance garantissent-elles de manière efficace le droit à une éducation de qualité, à une alimentation suffisante, à un logement convenable, à la santé, à une justice équitable et à la sécurité de la personne ? Dans la plupart de ces domaines, on peut dire que la Tunisie a fait, sous Bourguiba, des pas de géant, malgré le manque de moyens.
Cependant, Bourguiba, héritant du colonialisme un pays à l’état presque primaire dont près de 70% de la population étaient analphabètes, était obligé d’utiliser des méthodes de gouvernance assez autoritaires pour faire appliquer certaines lois, décisions et règles.
En tout état de cause, et hormis une certaine minorité parmi la classe politique et certains jeunes qui ne l’ont connu ni de près ni de loin, une bonne majorité de Tunisiennes et de Tunisiens apprécient à leur juste valeur les prouesses et autres performances du Combattant suprême qui connaît une réhabilitation méritée à grande échelle. Tant mieux car nous devons être reconnaissants envers tous ceux qui ont rendu d’éminents services à la patrie.
On ne peut oublier qu’alors qu’il était emprisonné, en 1942, à Marseille, par la France, pour ses activités politiques, Bourguiba a donné, de sa prison, ses ordres à ses camarades du Bureau politique du Parti pour que les Tunisiens qui avaient pris faits et causes, durant la Seconde Guerre mondiale, pour les forces de l’axe (Allemagne- Italie et Japon), changent son fusil d’épaule et soutiennent les forces alliées (France-Grande-Bretagne – USA) pour que nous soyons du côté des vainqueurs, à la fin de la guerre.
La lettre qu’il adressa, en ce sens, de sa prison de Marseille au Dr Habib Thameur, membre du bureau politique du Parti du Néo-Destour est demeurée historique. Pareille prise de position n’a jamais été oubliée par les Américains. Et cela explique l’accueil historique qui lui a été réservé par la population new-yorkaise lors de sa première visite, aux USA, en 1961 durant le mandat du président John Kennedy, et la considération qu’elle lui a toujours portée.
En effet, après la remise de la statue du Leader à Monastir, il en a été de même à Tunis qui a repris son standing en dépit de quelques récalcitrants, avant que la ville de Sousse ne retrouve, elle aussi, son «Zaïm» qui trône, désormais, au cœur de la Perle du Sahel.
Ceci prouve, si besoin est, que les Tunisiennes et les Tunisiens sont fiers de revivre avec le symbole de la libération du pays, le fondateur de la Tunisie moderne, le protecteur de la femme et l’instigateur du Code du Statut Personnel, ayant coupé avec le sous-développement, plus précisément au niveau de l’état d’esprit et des mentalités.
Le libérateur de la Nation s’est illustré par ses prises de position et ses approches en matière de politique internationale. On se rappelle les positions courageuses qu’il avait prises sur la question palestinienne ainsi que celles en faveur de la Mauritanie, fraîchement indépendante en 1960. Il en avait fait de même en reconnaissant le Koweït indépendant en 1961 malgré les prétentions territoriales de l’Irak d’Abdelkerim Kacem à l’époque.
On se rappellera, jusqu’à aujourd’hui, le célèbre discours de Bourguiba en 1965 à Ariha où il avait appelé les Palestiniens à accepter la décision de partage de la Palestine. Il avait été, alors, fustigé et traité de traître à la cause arabe commune et lui a valu une rupture violente avec l’Egypte du président Nasser.
Mais l’histoire et les événements de 1993 avec les accords d’Oslo, dits «Gaza et Ariha d’abord», signés par le défunt Arafat ont mis en relief la justesse de la vision de Bourguiba qui avait réussi à faire condamner Israël, pour la première fois de son histoire, par le Conseil de sécurité de l’ONU, après les frappes aériennes contre Hammam Chott.
Autant de faits d’histoire à l’échelle nationale, arabe et internationale prouvent, indéniablement, l’extraordinaire «vista» du Leader et qui fait de lui, la grande idole des jeunes et moins jeunes qui s’inspirent de son œuvre et de ses visions politiques plus d’actualité que jamais.
C’est pourquoi notre pays bénéficiait d’une grande renommée grâce au prestige du Président Bourguiba, à sa réputation et à son charisme.
Devant cette manifestation à laquelle participaient plusieurs milliers d’anciens combattants, le procès a été reporté au 18 janvier 1952 et ce jour-là, le tribunal a condamné Mr Mastouri à trois mois de prison qu’il a déjà purgés et 50 mille francs d’amende. Au lieu d’être libéré, il a été exilé à Remada, le jour même alors que le Leader Bourguiba l’a été à Tabarka puis transféré à l’île de la Galite, puis à Remada dans l’extrême sud tunisien et enfin à l’ile de Groix en France.Le 18 janvier a été retenu comme fête de la révolution durant les mandats du président Bourguiba mais supprimée par le président Ben Ali et remplacée par le 7 novembre 1987. Dommage qu’on ait abrogé, de la sorte, ce jour d’un évènement national historique qui avait une justification certaine compte tenu de faits réels. Et les patriotes sincères se posent toujours la question : pourquoi l’a-t-il supprimé puisque cet évènement qui a effectivement existé, a auréolé et renforcé davantage le combat politique des Tunisiens et enrichi leur Histoire ?
Aussi nous devons être fiers de ce que les différentes générations nous ont légué comme actes de bravoure, comme sacrifices, comme évènements enrichissants de notre histoire pour permettre à nos petits-fils et à nos arrières petits-fils de les commémorer d’une manière régulière pour booster l’amour de la patrie et la fierté que nous devons avoir de nos ancêtres et de notre Histoire nationale en général. Nous devons auréoler notre patrimoine de pareils actions et exploits enrichissants et nous ne devons pas oublier de matérialiser ces actes et ces évènements sur le terrain.
Notre pays a, avec courage et détermination, permis aux combattants de l’Armée de Libération Nationale d’Algérie d’utiliser le territoire tunisien comme base arrière lors de la lutte pour l’indépendance et les Katibas de l’ALN étaient implantées tout au long des frontières des gouvernorats de Jendouba, du Kef et de Kasserine et leurs effectifs ont dépassé, à un certain moment, les 20.000 moujaheds.
Les générations futures, tunisiennes et algériennes ne doivent jamais oublier cette remarquable solidarité qui a existé, malgré les menaces du colonisateur, entre les deux peuples et la question qui se pose est la suivante: pourquoi on n’a pas, jusqu’à présent, érigé dans ces trois gouvernorats des stèles commémoratives relatives à l’implantation et au séjour de ces Katibas algériennes en Tunisie ?
C’est de la sorte que les prochaines générations se rappelleront de cette grande solidarité qui a lié les populations tunisiennes et algériennes durant cette période héroïque et c’est grâce à ces monuments qui matérialiseront cette présence des moujahidines algériens sur notre sol de 1956 à 1962 qui rappelleront aux uns et aux autres que les relations entre nos deux pays représentent notre présent stimulant et notre avenir prometteur.
Les peuples ont besoin de ces épopées. Les célébrer, c’est raviver le sentiment national, c’est renforcer le sentiment d’appartenance. C’est le cas des 14 et 18 janvier 1952 qui sont des dates-phares de notre histoire, un tournant dans la lutte contre l’occupant colonial. D’autres dates, non moins célèbres, ne sont pas à négliger telles que le 9 avril, le 20 mars, le 25 juillet et le 15 octobre qui sont, régulièrement, commémorées. Et d’ailleurs, pourquoi pas le 1° juin, anciennement fête de la victoire, commémorant le retour du Combattant suprême en Tunisie après son dernier exil par la France ?
Que nos «Zou3amas» immortels reposent en paix et que Dieu les accueille dans son Eternel Paradis et veille et protège la Tunisie Eternelle, l’héritière de Carthage et de Kairouan.
B.B.
*Ancien sous-chef d’état-major de l’Armée de Terre, ancien gouverneur
N.B. : L’opinion émise dans cette tribune n’engage que son auteur. Elle est l’expression d’un point de vue personnel.