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400 projets publics à l’arrêt : l’alerte d’un rapport qui met à nu les failles de la gouvernance

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  • 15 janvier 16:18
  • 4 min de lecture
400 projets publics à l’arrêt : l’alerte d’un rapport qui met à nu les failles de la gouvernance

Près de 400 projets publics sont aujourd’hui à l’arrêt, un chiffre jugé alarmant qui révèle des dysfonctionnements profonds dans la gestion des investissements publics. Contrairement aux idées reçues, le problème ne réside pas dans l’insuffisance du cadre juridique, mais dans l’absence d’un véritable pilotage des projets. C’est le principal constat dressé par Mustapha Boubaya, expert et conseiller en projets publics, à la lecture du rapport 2024 du Comité général du contrôle des dépenses publiques, présenté ce mardi 14 janvier 2026.

Intervenant sur les ondes d’Express Fm, Mustapha Boubaya a qualifié ce rapport de “l’un des plus importants documents de contrôle réalisés à ce jour”, soulignant la qualité de son diagnostic et la profondeur de son analyse. Selon lui, ce travail constitue une référence en matière de transparence, en exposant sans détour à l’opinion publique la réalité de la gestion des dépenses et des projets publics.

L’expert a aussi rappelé le rôle central du Comité général du contrôle des dépenses publiques, dont la mission diffère fondamentalement de celle de la Cour des comptes. Le Comité exerce en effet un contrôle préalable sur les dépenses, à travers l’octroi du visa, condition indispensable à l’exécution des marchés et des achats publics. Son champ d’intervention couvre environ 3 200 structures et établissements publics, ce qui en fait un acteur clé du système de gouvernance financière de l’État.

Mais au-delà des mécanismes de contrôle, le rapport met en lumière une situation préoccupante : l’arrêt ou le blocage de 400 projets publics, un indicateur que Mustapha Boubaya juge “extrêmement grave”. Selon lui, l’ampleur de ce chiffre justifie une intervention urgente de l’État afin de sauver les projets en difficulté et de revoir en profondeur les mécanismes de suivi, de gouvernance et de prise de décision.

Le rapport identifie plus de 15 causes directes à l’origine de ces blocages. En tête de liste figure la faiblesse de la préparation en amont et l’absence d’études sérieuses lors de la phase de programmation. Environ 34 % des projets publics, soit près d’un tiers, ont été interrompus en raison de lacunes dans les études techniques et économiques, révélant un dysfonctionnement structurel dans la programmation budgétaire des investissements.

Mustapha Boubaya a en outre pointé du doigt certains grands projets, dont les coûts se chiffrent en dizaines de milliards, lancés sans études d’exécution ou sur la base d’analyses superficielles. Résultat : des estimations financières irréalistes, des révisions successives des marchés et, dans de nombreux cas, l’arrêt pur et simple des travaux. Le rapport cite des projets pour lesquels les appels d’offres ont été relancés plus de onze fois, alors même qu’ils ont été initiés dès 2012 et demeurent toujours inachevés.

À ces défaillances s’ajoutent la complexité des procédures administratives, la faiblesse de la planification stratégique et l’absence d’un système intégré de pilotage des projets. Ces facteurs ont conduit, selon l’expert, à l’abandon de chantiers par certaines entreprises, au désengagement des entrepreneurs vis-à-vis des marchés publics, à une faible rentabilité économique de plusieurs projets et à une coordination défaillante entre les différents intervenants.

Face à ce constat alarmant, Mustapha Boubaya insiste sur le fait que la crise actuelle ne s’explique ni par le manque de lois ni par la multiplication des structures administratives. Le problème fondamental réside dans l’absence d’un leadership clair des projets publics.

A cet égard, il plaide ainsi pour la désignation d’un chef de projet unique, doté de pleins pouvoirs, responsable du projet de sa conception à son achèvement, libre de constituer son équipe et directement comptable des résultats, afin de rompre avec les chevauchements de compétences et la lourdeur bureaucratique.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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