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Modèle de croissance : Pourquoi la relance passe d’abord par l’initiative privée

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  • 15 janvier 17:30
  • 7 min de lecture
Modèle de croissance : Pourquoi la relance passe d’abord par l’initiative privée

Face à un climat des affaires encore fragile, la première édition du One Business Forum met le secteur privé au centre du débat économique.

PME, startups et investisseurs sont invités à échanger, nouer des partenariats et identifier des solutions concrètes pour stimuler la création de richesse et l’emploi.

La Presse —À l’approche de la première édition du One Business Forum, le président de l’Organisation nationale des entrepreneurs (ONE), Yassine Gouiâa, a insisté sur le rôle central du secteur privé dans la création de richesse et le développement des petites et moyennes entreprises (PME).

Lors d’une conférence de presse tenue mardi 13 janvier à Tunis, il a souligné que le climat d’investissement dans le pays reste fragile, freiné par des difficultés de financement, des lourdeurs administratives et une accumulation de défis pour les PME et les startups. Dans ce contexte, Gouiâa a plaidé pour des initiatives nationales concrètes et opérationnelles, capables d’apporter des solutions tangibles, loin des approches purement théoriques.

Selon le président de l’ONE, l’ambition est de faire de ce forum un rendez-vous annuel, réunissant l’ensemble des acteurs publics et privés, afin de présenter des recommandations, d’évaluer les objectifs fixés et de mesurer les résultats obtenus, notamment en termes d’accords de partenariat conclus et d’opérations de réseautage réalisées.

Le forum offrira également aux chefs de PME une plateforme d’échange d’expériences, de développement de partenariats et d’exploration de nouvelles opportunités d’affaires. À cet effet, un pavillon spécifique sera dédié à la signature d’accords et de conventions de partenariat.

Une mobilisation institutionnelle élargie

Plusieurs partenaires institutionnels prendront part à cette première édition, parmi lesquels l’Organisation patronale, le Centre de promotion des exportations (Cepex), l’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation (Apii), le Registre national des entreprises (RNE), l’Organisation des femmes entrepreneures, l’Instance tunisienne de l’investissement (TIA) et l’Agence de promotion des investissements agricoles (Apia).

Les ministères de la Femme, de l’Économie et de la Planification, du Commerce et du Développement des exportations, ainsi que de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, seront également présents, témoignant d’une volonté de coordination entre les différentes sphères de décision.

Restaurer la confiance pour libérer l’investissement

Au-delà de l’événement lui-même, les organisateurs misent sur un objectif central du rétablissement de la confiance dans le climat des affaires. Ils plaident pour un rapprochement réel entre les centres de décision et les acteurs économiques, et pour l’identification de solutions opérationnelles susceptibles de relancer l’investissement et l’initiative privée.

Fondée en 2020, en pleine crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, l’Organisation nationale des entrepreneurs œuvre pour l’émergence d’une économie nationale solide, fondée sur l’initiative privée, la justice régionale et le partenariat entre les secteurs public et privé, tout en soutenant l’économie numérique et la contribution à l’élaboration des politiques économiques.

Ce que les entrepreneurs attendent au-delà des financements

Au-delà des questions de financement et de simplification administrative, plusieurs observateurs estiment que le véritable défi en Tunisie réside dans la prévisibilité des règles du jeu économique. Pour les entrepreneurs, la stabilité juridique, fiscale et réglementaire constitue un facteur déterminant dans la prise de décision.

L’absence de visibilité à moyen et long termes, les changements fréquents de textes ou leur application inégale freinent l’investissement productif, même lorsque les opportunités existent. Dans ce sens, la mise en place d’un cadre clair, lisible et durable apparaît comme un préalable indispensable à toute relance crédible du secteur privé.

Par ailleurs, le renforcement du rôle du secteur privé ne peut se limiter aux grandes entreprises ou aux investisseurs étrangers. Il suppose également une intégration plus forte des PME dans les chaînes de valeur nationales et internationales, notamment à travers la sous-traitance, les clusters sectoriels et les partenariats public-privé ciblés.

En favorisant l’ancrage local de l’investissement et la montée en compétence des entreprises, cette approche permettrait de réduire les déséquilibres régionaux, d’élargir la base productive et de transformer la création de richesse en un levier de développement plus inclusif et plus résilient.

Le secteur privé, seul levier durable de création de richesse

Il faudra ajouter, en outre, qu’encourager le secteur privé ne relève pas d’un choix idéologique, mais d’une logique économique élémentaire. Lorsqu’une entreprise privée investit et recrute, ce sont des chômeurs en moins, une production supplémentaire, des recettes fiscales futures et une dynamique de croissance enclenchée.

À l’inverse, lorsque l’État tunisien devient le principal pourvoyeur d’emplois, il alourdit mécaniquement une masse salariale déjà élevée, souvent financée par l’endettement, sans création de richesse équivalente. Dans un pays comme le nôtre, où les marges budgétaires sont étroites, cette trajectoire n’est plus soutenable à long terme.

Plus préoccupant encore, le retard pris dans la promotion d’un secteur privé fort et confiant risque d’élargir l’écart avec des pays comparables de la région, qui ont fait le choix d’attirer l’investissement, de simplifier leurs procédures et de libérer l’initiative économique. Aujourd’hui, ces économies commencent à récolter les fruits de décisions pragmatiques, tandis que la Tunisie reste confrontée aux risques d’un décrochage progressif si elle ne réoriente pas clairement son modèle de croissance.

Un moteur de croissance à rassurer, non à stigmatiser

Dans un contexte budgétaire contraint, le secteur privé tunisien doit être considéré comme un véritable moteur de croissance, et non comme un simple acteur secondaire. Sa confiance, son dynamisme et sa capacité d’investissement sont essentiels pour créer des emplois et stimuler l’économie, plutôt que d’alourdir la masse salariale publique sans générer de richesse réelle.

Derrière les chiffres et les politiques publiques, ce sont des entrepreneurs, des PME et des porteurs de projets qui attendent des signaux clairs, des règles stables et un environnement favorable pour investir sur le long terme.

Le One Business Forum s’inscrit ainsi comme un espace de dialogue et de confrontation d’idées, mais surtout comme un test de la capacité collective à transformer les constats en actions concrètes. Restaurer la confiance ne se décrète pas, elle se construit par des décisions cohérentes, une administration facilitatrice et une vision économique assumée.

Au-delà de cette première édition, l’enjeu est désormais de savoir si ce type d’initiatives pourra s’inscrire dans la durée et influencer réellement les orientations économiques. C’est à ce prix que le secteur privé jouera pleinement son rôle, non en substitution à l’État, mais en complément d’un développement plus équilibré, inclusif et durable.

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Auteur

Hella Lahbib

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