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Economie

Billet – Entreprises publiques : Un gouffre financier qui impose la réforme

  • 16 janvier 18:00
  • 4 min de lecture
Billet – Entreprises publiques : Un gouffre financier qui impose la réforme

La Presse La dégradation de la situation de plusieurs entreprises publiques s’est accentuée de manière exponentielle au cours des dernières années. Leur défaillance est devenue un sujet central qui ne cesse de susciter l’intérêt, voire l’inquiétude, de l’ensemble des acteurs politiques, économiques et sociaux.

Cette défaillance résulte d’une combinaison de facteurs multiples et interdépendants, parmi lesquels figurent une gestion inefficace des ressources, une planification financière inadéquate, une faible capacité d’innovation, une exposition prolongée à l’instabilité économique, une concurrence de plus en plus acharnée, un manque de flexibilité organisationnelle, ainsi que des déficits persistants en matière de gouvernance et de management…

La mise en œuvre des plans de sauvetage, de restructuration ou de redressement engagés au profit de certaines entreprises et établissements publics s’est révélée être une mission particulièrement complexe, dont les résultats demeurent, à ce jour, en deçà des objectifs initialement fixés.

Dans son dernier rapport de l’année dernière, la Cour des Comptes a consacré un chapitre détaillé à la situation préoccupante des entreprises et établissements publics. Les travaux de contrôle effectués par la Cour ont mis en évidence de nombreuses irrégularités.

En effet, rien que dans onze établissements publics, les pertes ont été estimées à environ 1.070 millions de dinars. Parmi ces entreprises figurent «Tunisair», dont les pertes dépassent 316 millions de dinars, ainsi que l’Office de la marine marchande et des ports (Ommp), avec des pertes avoisinant 291 millions de dinars. «Ces dépassements, qualifiés de véritables crimes, s’expliquent notamment par le versement de salaires, primes et indemnités sans base légale, conjugué à la faiblesse des mécanismes de contrôle et de suivi».

Recevant récemment Fadhila Gargouri, vice-présidente de la Cour des comptes, le Président de la République, Kaïs Saïed, a appelé à la révision de plusieurs textes législatifs et à l’élimination des causes ayant conduit à cette situation intenable, rappelant que le peuple tunisien est en droit d’exiger la reddition des comptes et la poursuite des responsables, car il s’agit de fonds publics détournés et de droits spoliés.

Par ailleurs, d’autres entreprises et établissements publics continuent aujourd’hui de dépendre fortement des transferts de l’État pour assurer leur fonctionnement, ce qui exerce une pression croissante sur les finances publiques. Les subventions qui leur sont allouées, souvent en l’absence de mécanismes de suivi et d’évaluation suffisamment rigoureux, constituent une charge budgétaire de plus en plus lourde.

Cette dépendance s’explique notamment par des dysfonctionnements récurrents en matière de gouvernance, une rentabilité insuffisante, ainsi que par la lenteur observée dans la mise en œuvre des réformes structurelles. À travers un renforcement de la gouvernance, une réduction progressive des déficits et une amélioration des performances opérationnelles, ces entreprises pourraient évoluer vers un rôle plus dynamique, en devenant de véritables leviers du développement économique, plutôt que de continuer à peser sur les ressources de l’État.

L’important déficit financier de ces entreprises, supporté par le Trésor public, rend nécessaire d’envisager des solutions adéquates. Redonner un second souffle à ces entreprises déstructurées financièrement est primordial pour qu’elles puissent redevenir performantes et compétitives.

De l’avis des experts économiques, l’État est appelé à améliorer la qualité des services publics en révisant les textes législatifs en vigueur et en faisant évoluer le modèle de gouvernance des entreprises et établissements publics. «Il est indispensable de revoir en particulier la loi relative aux marchés publics, considérée comme l’un des maillons faibles de la gestion des entreprises et établissements publics», soulignent-ils.

Il est également nécessaire de recentrer les actions de sauvegarde et de pérennisation des entreprises publiques sur des démarches de restructuration profondes, lesquelles constituent aujourd’hui l’une des principales issues à la crise de gestion que traversent ces entités.

Auteur

Najoua Hizaoui

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