Gabès : L’épreuve de la vérité environnementale
Après des années d’inaction et de promesses, le dossier environnemental de Gabès franchit un cap décisif. Sous le suivi direct du Président de la République, les constats se transforment en recommandations concrètes et bientôt en mesures opérationnelles, ouvrant la voie à une réponse effective face à la pollution industrielle.
La Presse — Longtemps, la crise environnementale de Gabès a été reléguée aux calendes grecques, abondamment commentée mais rarement traitée à la hauteur de ses enjeux et des doléances des habitants. À l’automne 2025, le dossier sort pourtant de l’ombre et s’impose comme l’un des chantiers suivis personnellement par le Président de la République, Kaïs Saïed. Ce tournant marque le passage d’une gestion hésitante à une implication directe, qui s’est traduite par des réunions successives, des décisions ciblées et des instructions présidentielles bien précises.
L’urgence d’agir face à une situation critique
Face à la gravité de la pollution industrielle qui pèse sur la région, le Chef de l’État a engagé, depuis le mois d’octobre, une série de réunions urgentes. Les ministres de l’Industrie et de l’Environnement sont réunis et une équipe conjointe est dépêchée sans délai à l’usine d’acide phosphorique du Groupe chimique de Gabès. Il ne s’agit plus de diagnostics répétés, mais de réparations immédiates afin de mettre fin à une situation jugée dangereuse pour l’environnement et la santé publique.
Le Président de la République a dénoncé les graves défaillances constatées dans la gestion environnementale à Gabès, notamment les manquements en matière de maintenance, les fuites de gaz et le non-respect des normes de sécurité, affirmant qu’aucune tolérance ne sera accordée aux responsables. Il a parallèlement appelé à l’adoption d’un plan stratégique global, inspiré des propositions élaborées dès 2013 par les jeunes et les universitaires de la région, tout en mettant en garde contre toute récupération politique du dossier.
Lors de sa rencontre avec la Cheffe du gouvernement, Kaïs Saïed a réaffirmé suivre de très près la situation à Gabès, saluant le sens de la responsabilité des habitants et inscrivant leur mobilisation dans une lutte plus large contre les réseaux de corruption.
Il a également rappelé l’abandon volontaire d’équipements acquis en 2017 pour le traitement environnemental, évoquant des tentatives passées de cession du complexe industriel, tout en assurant que les responsabilités seront établies conformément à la loi.
En novembre, l’action s’est structurée avec la réunion d’une commission d’experts chargée de proposer des solutions urgentes. Après examen d’un rapport préliminaire, le Chef de l’État a appelé à accélérer les travaux, tout en soulignant la nécessité de concilier réponses immédiates et vision stratégique globale, en associant notamment les jeunes et en s’appuyant sur l’expertise tunisienne reconnue à l’international
Le temps de l’expertise et de l’action
Dans cette même dynamique, le Président reçoit Ali Ben Hammoud, ingénieur tunisien en pétrochimie diplômé de l’Université des industries chimiques de Shanghai. Il lui confie une mission centrale, celle de piloter le redressement environnemental et économique de la région.
Spécialiste de la valorisation des ressources naturelles et de l’optimisation des procédés industriels, Ali Ben Hammoud est chargé de constituer une équipe pluridisciplinaire, de proposer des solutions concrètes pour restaurer l’équilibre écologique et de transformer en profondeur le modèle industriel de Gabès. Un choix qui traduit la volonté présidentielle de miser sur la science et le savoir-faire tunisien pour sortir durablement de la crise.
Début décembre, alors que la région reste sous tension en raison des ajournements judiciaires répétés et des appels à la mobilisation, le Président réunit de nouveau l’équipe chargée du dossier. Il exige la finalisation rapide du rapport final et affirme suivre la situation au quotidien. Tout en saluant la patience et la dignité des habitants, Kaïs Saïed dénonce la corruption, l’opacité et les recrutements arbitraires qui ont aggravé la situation au sein du Groupe chimique tunisien. Il rappelle avec fermeté que le droit à un environnement sain constitue un droit fondamental et que les pratiques ayant conduit à cette impasse ne bénéficieront d’aucune complaisance.
Ce mardi, 13 janvier 2026, l’engagement présidentiel se concrétise. Le rapport final du groupe de travail est remis au Chef de l’État, qui en prend connaissance et réaffirme sa détermination à engager les mesures nécessaires sur les plans technique, financier et structurel afin de mettre un terme aux sources de pollution à Gabès, dans l’attente d’une stratégie nationale globale. « Les attentes du peuple ne seront pas déçues », assure-t-il, rappelant que le droit de vivre dans un environnement sain, sûr et exempt de pollution n’est pas négociable.
Ainsi, du traitement de l’urgence à l’élaboration d’une action planifiée, le dossier de Gabès révèle une méthode fondée sur un suivi présidentiel étroit et des décisions concrètes. À Gabès, après des années d’inaction, le temps des discours semble céder la place à celui des actes.