Hier soir la page officielle d’El Jazeera Tunisie a publié une information selon laquelle le directeur régional de la santé à Kasserine a confirmé l’enregistrement de 30 cas de leishmaniose dans plusieurs délégations de la région. En à peine quelques heures, l’information a circulé telle une traînée de poudre sur les réseaux sociaux ! Les commentaires alarmistes se sont mis à fuser de partout clamant « ô danger ! » Et la panique s’est emparée des Tunisiens catastrophés…
La situation est-elle aussi dangereuse qu’elle semble être ? Qu’est-ce que la leishmaniose et où en est-on en Tunisie ? Lapresse.tn a fait le tour.
Interrogé à ce propos, une interne exerçant à l’hôpital La Rabta, nous a d’emblée révélé que la leishmaniose viscérale sévit surtout dans le Nord et le Centre du pays. Et ce, depuis plus d’une décennie déjà. « On recense près de 100 cas annuel », a-t-elle dit précisant que si, en général, la maladie est gérable, elle est invalidante et peut toutefois être mortelle dans environ 5 à 10% des cas, notamment si le sujet est immunodéprimé ou en l’absence d’une prise en charge rapide ».
La leishmaniose : qu’est-ce que c’est ?
La leishmaniose est une maladie vectorielle causée par un parasite de l’espèce « Leishmania infantum ». Elle peut être viscérale ou cutanée. Ce sont les chiens qui sont le réservoirde ce parasite. Et ce parasite est transmis à l’homme par le biais d’une piqure infectante des insectes phlébotomes. « Les phlébotomes sont une sorte de moustique qui transmet la maladie du chien à l’homme. Et la forme de leishmaniose qui sévit en Tunisie est la leishmaniose touche principalement les enfants en bas âge (moins de cinq ans) et les sujets immunodéprimés (cancéreux, personnes souffrantes de maladies chroniques sévères, etc). Ceci dit, même si l’infection par Leishmania infantum est plutôt fréquente, le développement de la maladie en elle-même ne s’avère pas automatique. Une personne peut être piquée sans développer les symptômes de la maladie. Cependant, si le sujet contaminésouffre d’une fièvre irrégulière et prolongée, d’une altération de l’état général de sa santé avec une perte de poids assez importante, d’une splénomégalie (grande augmentation de la taille de la rate) et d’une anémie, alors on parle de maladie bien prononcée », explique notre interlocutrice. Et d’ajouter que ce qui rend le contrôle de cette maladie difficile est d’abord parce qu’il n’existe pas de vaccin jusqu’à aujourd’hui, mais aussi le manque de contrôle émane des difficultés de contrôler les phlébotomes vecteurs et du réservoir canin. Elle a toutefois laissé entendre que si les municipalités jouaient pleinement leur rôle, la situation serait bien meilleure aujourd’hui.
Chiens errants et moustiques…
« La maladie vient de la moustique phlébotomes ! Celle-ci se propage dans les milieux de stagnation d’eau et dans les milieux où les ordures humides pullulent. Et le traitement des moustiques, des réservoirs où ils se reproduisent et se propagent, notamment les eaux stagnantes et les déchets sont du ressort des municipalités ! Si nous sommes infestés par des moustiques, c’est qu’il y a eu un hic au niveau des traitements ! Il en est de même pour le réservoir naturel du parasite en lui-même et qui sont les chiens ! La Tunisie est menacée d’un problème de santé publique à cause de la multiplication vertigineuse et rapide des chiens errants ! Le hic, c’est que les chiens errants se reproduisent aussi bien dans les milieux ruraux qu’urbains et citadins là où il y a une concentration d’habitants ! Outre le dangereux risque de la rage canine, les chiens errants peuvent faire parvenir nombre de maladies à l’homme comme c’est le cas de la leishmaniose. Car ce parasite transmis par l’insecte touche d’abord le chien et la transmission à l’homme est faite par les insectes femelles qui piquent ce chien auparavant piqué tant il est un réservoir naturel important », indique-t-elle. Et de conclure : « comme il n’existe pas, à ce jour, de vaccin contre cette maladie, notre unique moyen de salut est la prévention. Dès lors, il est indispensable que les autorités compétentes trouvent des solutions urgentes pour traiter les moustiques, vecteurs de moult infections. Il est tout aussi important d’envisager des refuges pour regrouper les chiens errants loin des habitations car sans être traités et suivis, ils représentent une véritable menace sur la santé des humains. Toutefois, pour amoindrir les risques, l’on doit toujours veiller à aérer les maisons, à se débarrasser des ordures, à ne jamais laisser l’eau stagner aux alentours de la maison, veiller à porter des vêtements qui couvrent les membres et à aller consulter rapidement au moindre doute après une piqûre de moustique ou une morsure de chien ».
Etat des lieux
Il est à noter que durant le mois d’octobre dernier, la Direction régionale de la santé de Béja a organisé à l’école de santé de Béja une journée de formation sur le diagnostic et la prise en charge de la Leishmaniose viscérale et leishmaniose cutanée en Tunisie. De plus, et dans le cadre du renforcement et de l’amélioration de la prise en charge de la leishmaniose, un comité composé de spécialistes en parasitologie clinique, en maladies infectieuses et en pédiatrie a été formé au sein du ministère de la santé pour revoir et actualiser cette prise en charge. Cependant si l’on parle de nouvelles contaminations durant la première quinzaine de ce mois de janvier 2026, c’est que le sujet est vraiment actuel et que des efforts supplémentaires doivent être déployés aussi bien par le ministère de la Santé que par les autorités municipales pour protéger les Tunisiens et préserver leur droit le plus élémentaire qu’est le droit à la santé et à une vie sécurise !