Système éducatif : Quand l’école révèle les talents et façonne la société
L’utilité des activités culturelles, scientifiques et sportives à l’école n’est plus à démontrer. Le véritable enjeu réside désormais dans leur généralisation, leur continuité et les moyens concrets à mobiliser pour qu’elles ne restent pas l’apanage de quelques établissements ou initiatives isolées, mais deviennent une composante à part entière du système éducatif.
La Presse —Le ministre de l’Éducation, Nourredine Nouri, a souligné la nécessité de renforcer davantage les activités scolaires, en particulier culturelles et scientifiques, lors de l’ouverture de la rencontre nationale de la musique et des chorales des écoles primaires organisée à Sfax.
À cette occasion, il a insisté sur le fait que le développement du secteur éducatif ne saurait se limiter à l’amélioration des programmes scolaires et des méthodes d’enseignement. Il passe également par l’ouverture d’espaces de créativité au sein des établissements scolaires, notamment dans les domaines de la culture et des sciences, afin de favoriser l’épanouissement global des élèves.
Former une génération créative et innovante
Selon le ministre, ces activités constituent un levier essentiel pour former une génération capable d’innover dans les différents champs du savoir et de la connaissance. Il a rappelé que le progrès des nations repose avant tout sur la science et la culture de leurs enfants, deux piliers indissociables du développement durable.
Nourredine Nouri a salué, dans ce cadre, les efforts déployés par l’ensemble des composantes de la famille éducative pour leur engagement dans l’encadrement et l’accompagnement des élèves. Cet encadrement permet aux enfants de révéler leurs talents, notamment dans les domaines de la musique, des arts et des sciences, et de les valoriser dans un cadre structuré.
Un investissement pour une personnalité équilibrée
Le ministre a également mis en avant l’importance d’encourager les élèves à participer aux compétitions culturelles et aux manifestations artistiques, considérant ces initiatives comme un véritable investissement dans la construction d’une personnalité équilibrée et saine.
En marge de la rencontre, il s’est rendu dans les différents espaces de la manifestation, où il a pris connaissance des activités de l’atelier d’éveil musical dirigé par l’encadreur Haythem Chakroun. Il a également visité une exposition consacrée aux instruments de musique, saluant les efforts du comité d’organisation de cette nouvelle édition, pilotée par la direction régionale de l’éducation de Sfax 2. À noter que la rencontre nationale de la musique et des chorales des écoles primaires se poursuit les 16, 17 et 18 janvier 2026 au théâtre municipal de Sfax.
L’école comme premier rempart contre les inégalités culturelles
Au-delà de la détection des talents, l’école demeure le premier espace capable de corriger les inégalités d’accès à la culture et aux sciences. Dans de nombreuses familles, les activités artistiques, scientifiques ou sportives restent conditionnées aux moyens financiers, à l’environnement social ou à la proximité des infrastructures.
En intégrant pleinement ces activités dans le cadre scolaire, l’État garantit une égalité des chances réelle, offrant à chaque enfant tunisien, indépendamment de son milieu, la possibilité de découvrir, d’expérimenter et de se projeter dans des univers qui dépassent le cadre strict de l’enseignement académique.
C’est à l’école, qui porte haut et fort les valeurs de la République, qu’il revient la lourde et honorable mission de dénicher les talents, même lorsqu’ils sont enfouis sous la misère, l’isolement ou l’incompréhension familiale. C’est à elle d’offrir aux jeunes Tunisiens des voies d’épanouissement saines et structurantes, et à des enseignants impliqués, attentifs et engagés de détecter les vocations naissantes, avant qu’elles ne s’éteignent dans l’indifférence ou le renoncement.
Réconcilier savoir, sens critique et citoyenneté
Les activités culturelles, sportives et scientifiques jouent également un rôle fondamental dans la formation du citoyen. Elles développent l’esprit critique, la capacité à travailler en équipe, le respect de la différence, l’ouverture à l’autre et l’esprit sportif, en encourageant le fair-play, la persévérance et le dépassement de soi.
En stimulant la curiosité, l’expérimentation, l’expression personnelle et l’engagement physique, l’école ne transmet pas seulement des connaissances, mais forge des individus capables de penser par eux-mêmes et de s’inscrire activement dans la vie de la cité. Dans un contexte national et régional marqué par de multiples tensions, renforcer ces espaces d’expression et d’activité physique apparaît comme un choix éducatif à forte portée sociale et civique, contribuant à bâtir une société plus résiliente et plus consciente de ses valeurs.
Un levier pour une société équilibrée et inclusive
Les bienfaits des activités scientifiques, culturelles et sportives qui accompagnent les programmes scolaires ne sont plus à démontrer. Elles ne se contentent pas de compléter l’enseignement académique, mais contribuent à façonner les esprits des jeunes Tunisiennes et Tunisiens dans un sens ouvert, critique et créatif.
Dans de nombreux pays, ces activités jouent également un rôle déterminant dans la détection précoce des vocations. Elles permettent d’identifier les talents dès le plus jeune âge et d’orienter les élèves doués vers les filières adaptées, leur faisant gagner un temps précieux dans la construction de leur parcours professionnel et personnel. Cette approche reste encore insuffisamment développée dans notre pays, malgré son potentiel évident.
Au-delà de l’individu, ces activités façonnent une société où le sportif, le scientifique et l’artiste ne sont pas de simples catégories, mais de véritables acteurs du vivre-ensemble. Lorsqu’ils sont isolés, lorsqu’ils sont considérés comme des curiosités avec lesquelles il ne faut pas se mélanger, comme c’est parfois le cas dans certains pays, notamment arabes, leur créativité, leur énergie et leur talent restent confinés, et la société se cloisonne.
Les artistes vivant à l’écart, les sportifs laissés en marge, ou quiconque apporte une idée ou une pratique différente deviennent alors des «étrangers» dans leur propre communauté. Une telle exclusion nourrit l’intolérance, favorise le repli identitaire et crée un terrain fertile à la radicalisation. À l’inverse, intégrer dès l’école cette diversité de talents et de sensibilités transforme la différence en richesse, permet aux mondes de se rencontrer et renforce la capacité de la société à s’ouvrir, à innover et à se soutenir collectivement.
Renforcer les activités culturelles, scientifiques et sportives à l’école n’est donc pas un luxe, mais un choix stratégique. C’est dans ces espaces de découverte, d’effort et d’expression que l’école tunisienne peut révéler des vocations, construire la confiance des jeunes et offrir à chaque enfant la possibilité de trouver sa place, aujourd’hui à l’école et demain au sein de la société.