Le film démarre avec la légèreté d’une comédie sentimentale pour, à la fin du parcours, basculer dans le drame.
La Presse — Après «Les graines du diable» (Zariât Ibliss), Khalil Bahri propose, cette fois-ci, dans son nouvel opus «Donya», un sujet pertinent d’actualité, le thème du féminicide à travers le personnage d’un pervers narcissique.
Produit par Majdi Housseini et Saïd Saïdi sans subvention de l’Etat, le film explore les violences conjugales qui peuvent conduire jusqu’à la mort. Un thème très peu abordé dans le cinéma tunisien. «Donya» a été projeté en avant-première au Colisée et sort en salles à partir du 21 du mois courant.
Le film démarre avec la légèreté d’une comédie sentimentale pour, à la fin du parcours, basculer dans le drame. Dans une maison cossue située à la campagne dans une nature verdoyante loin des regards et des bruits de la ville, Donya (Najla Ben Abdallah), mariée en secondes noces avec Saïd (Mohamed Mahran), homme d’affaires égyptien installé en Tunisie, viennent passer avec leurs trois enfants (deux filles que Donya a eus du premier mariage et un garçon avec Saïd) quelques jours de vacances.
Des journées de sorties dans la forêt et de pique-nique, le soir jeu d’échecs autour de la cheminée, une vie cosy qui sent la sérénité. Tout sourit à Donya qui baigne dans le bonheur conjugal. Mais les vacances ne se passent pas comme prévu.
Parfois, la machine conjugale grince lorsque Saïd lance des prises de bec à l’endroit de sa femme dont il n’aime pas la mère, refusant catégoriquement qu’elle leur rende visite.
Ces rixes interviennent dans la majorité des couples, mais après une brève tempête tout revient dans l’ordre. Or, Saïd, continue insidieusement, en pervers narcissique, à alterner la figure du mari amoureux et attentionné et celle du monstre qui cherche à nuire à sa femme.
La question du divorce est soulevée mais vite abandonnée. Prévoyant et aimable, il va jusqu’à lui offrir ce qu’il a de plus cher : le collier de sa mère.
Lors d’une sortie en forêt, Saïd s’absente, retourne à la maison fouiller dans les affaires de sa femme et tombe sur son journal intime.
Il décide alors de renvoyer les enfants chez leur grand-mère prétextant de vouloir passer en tête à tête des moments intimes avec sa chère épouse. Et c’est là que tout bascule.
Le récit passe de la joie à l’angoisse, de la lumière à l’obscurité. La lenteur des plans est à l’image de l’inertie qui s’empare de Donya. La descente aux enfers commence.
Victime de ses doutes, de ses émotions et du désir de possession de l’autre au point de le faire disparaître, Saïd transforme le court bonheur conjugal en drame.
Le réalisateur déconstruit un à un les mécanismes qui conduisent à la violence et à l’emprise conjugale.
Un piège qui se construit peu à peu et dans lequel le partenaire se laisse avoir. Malgré le rythme lent et quelques lacunes (Saïd part en chasse, mais on ne le voit à aucun moment au moins faire semblant de chasser), le film se laisse voir et montre la destruction à petit feu et les ravages causés par les relations de couple qui deviennent toxiques et peuvent mener à la catastrophe.
Najla Ben Abdallah campe avec subtilité le rôle d’une femme fragile amoureuse de son mari, tantôt heureuse, tantôt angoissée, impuissante face à son partenaire séduisant et manipulateur qui veut toujours avoir le dernier mot et lui impose une vie émotionnellement instable.
De son côté, Mohamed Mahran, obsédé par le contrôle de sa femme, se montre parfois affable et parfois irascible. Ses sentiments vont détruire son couple et sa famille. Il joue à la fois au tendre et au monstrueux.
Il est victime de ses émotions et bourreau de la violence psychologique qui va détruire sa vie et celle de sa famille.

