Face aux limites du financement bancaire, les fonds d’investissement s’imposent progressivement comme de potentiels leviers pour accompagner l’internationalisation des PME tunisiennes, notamment vers les marchés africains.
La Presse — Les fonds d’investissement peuvent effectivement jouer un rôle croissant dans l’expansion des PME tunisiennes en Afrique. À condition que les entreprises puissent sortir des sentiers battus et saisir les opportunités existantes, ces instruments constituent aujourd’hui une alternative crédible et de plus en plus incontournable, dans un contexte marqué par une certaine réticence du financement bancaire à accompagner les opérations d’internationalisation sur le continent africain.
Encore peu connus des PME tunisiennes, ces leviers de financement sont pourtant susceptibles d’ouvrir de réelles perspectives d’investissement, en particulier pour les entreprises qui ambitionnent de se positionner sur les marchés étrangers, notamment africains.
La question a été récemment débattue lors d’une conférence-débat organisée par le Tunisia Africa Business Council (Tabc), en partenariat avec l’Association tunisienne des investisseurs en capital (Atic).
Un mécanisme de partage du risque
« Nous disposons aujourd’hui d’un écosystème financier riche, mais encore méconnu des entreprises. Outre le financement bancaire, il existe des véhicules variés de capital-investissement, des fonds d’investissement spécialisés, ainsi que des mécanismes dédiés au financement des opérations d’export, des assurances-crédit et des garanties. Ce sont des outils puissants, complémentaires, mais souvent mal identifiés ou mal compris», a déclaré Selma Zouaoui, présidente de l’Atic, à l’ouverture du débat.
L’enjeu consiste donc à clarifier aux entreprises l’offre disponible et à démontrer de manière concrète comment ces instruments peuvent être mobilisés afin de soutenir leur internationalisation.
Prenant l’exemple du fonds des fonds «Anava», mis en place par l’État pour répondre aux besoins spécifiques de financement des start-up, Mohamed Salah Frad, vice-président de l’Atic, s’est interrogé sur la possibilité de dupliquer cette expérience réussie au profit des PME désireuses de se développer à l’international.
La mise en place d’un tel mécanisme permettrait, selon lui, de mobiliser des fonds d’investissement spécialisés et de réduire le risque. «C’est ce que l’on appelle un mécanisme de dérisquage. Les fonds seraient alloués à des gestionnaires spécialisés, avec un partage des risques », a-t-il expliqué.
Cinq fonds d’investissement spécialisés en Tunisie
Il a également souligné que l’événement « Fita », organisé chaque année par le « Tabc » pourrait constituer une véritable vitrine, en permettant de tirer parti de la présence d’investisseurs étrangers et institutionnels pour promouvoir une initiative visant le lancement d’un fonds des fonds dédié au financement de l’expansion et du développement des entreprises tunisiennes à l’étranger, notamment en Afrique.
Selon Mohamed Salah Frad, la Tunisie compte actuellement cinq fonds d’investissement spécialisés. Il s’agit d’Opcvm (organismes de placement collectif en valeurs mobilières), soumis à l’approbation du Conseil du marché financier et gérés par des sociétés de gestion agréées. Ces fonds se distinguent par deux caractéristiques majeures.
D’une part, ils ne bénéficient pas de régime de défiscalisation, ce qui leur confère une plus grande liberté dans la définition de leurs stratégies d’investissement. D’autre part, ils peuvent être structurés avec des compartiments en devises, leur permettant d’investir à l’étranger sans autorisation préalable de la Banque centrale.
« Nous voulons investir et conquérir de nouveaux marchés. Il devient aujourd’hui nécessaire d’identifier de nouvelles entreprises, d’autant plus qu’il est possible de tirer parti de ce mix entre investissements en dinars et en devises », a-t-il ajouté. Un avantage qui facilite, selon lui, un accompagnement plus fluide et plus rapide des entreprises tunisiennes dans leur processus d’internationalisation.