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Sabri Lamouchi retrouve l’équipe nationale comme sélectionneur : Ne jamais insulter l’avenir

  • 19 janvier 21:30
  • 4 min de lecture
Sabri Lamouchi retrouve l’équipe nationale comme sélectionneur : Ne jamais insulter l’avenir

La Presse — On s’est mis d’accord pour brûler la politesse à  notre télévision nationale, en annonçant un des feuilletons « ramadanesques » mis en bobine et qui animera bien des soirées.

L’engagement du Français Sabri Lamouchi en qualité de sélectionneur de l’équipe de Tunisie de football nous interpelle de deux manières.

La première, il ne semble pas que son arrivée représente un projet. Pourtant, la moyenne d’âge de nos différentes sélections évoque le profil parfait pour un beau projet.

La seconde, c’est la poire coupée en deux. Le ministère des Sports a insisté pour que l’entraîneur soit tunisien. On lui en sert un, dont les parents et ancêtres sont  tunisiens d’origine. La FTF, qui semble avoir évité le bras de fer (et c’est tant mieux) et avait son poulain, s’est en fin de compte résignée à accepter cette solution, en engageant un technicien qu’elle savait qu’il serait assis entre deux chaises.

Le hasard, le destin, l’a rejeté tout comme Ulysse, sur le rivage sud de la Méditerranée que nous partageons avec nos amis français. Il aura tout loisir d’étudier, de connaître la civilisation du pays de ses parents, de ses ancêtres. Une civilisation plus que trois fois millénaire, qui a donné de grands hommes et femmes.

Lorsqu’il était un petit Français, on ne lui a certainement pas enseigné que Carthage a enfanté Hannibal (il en aura un dans sa future équipe) et ses 2.500 ans de médecine, Jugurtha, Constantin l’Africain qui a été le premier « harraga » de l’histoire et qui s’est enfui en emportant tous les manuscrits qui traitaient de la médecine et qui, en les faisant traduire, a permis au monde de gagner des siècles de connaissances, Magon, qui a découvert le goutte à goutte et dont les encyclopédies ont traité de l’agriculture et de ses secrets, d’Ibn Khaldoun père de la sociologie moderne, etc, etc…

Il aura l’occasion de meubler son temps libre, en profitant des monuments et vestiges des civilisations qu’ont connus ses ancêtres et des musées pour avoir, le jour où il repartira, des souvenirs de ce pays. Un pays dont les techniciens sont un peu partout dans le monde. Nous en comptons douze millions. Et nous en découvrons tous les jours.

Dans ses écrits et discours, Jean-Pierre Chevènement, l’ex-politique français, a utilisé dans un contexte politique, pour critiquer l’expression « guerre des civilisations », une phrase qui est devenue une citation célèbre:« Il ne faut jamais insulter l’avenir ».

Un incident inoubliable

Ce qui nous a surpris, c’est que Lamouchi, pourtant français, a ignoré cette  fameuse citation. Et cet avenir, il l’avait insulté par des sorties, dont il pouvait se passer, tel que l’ont fait d’autres joueurs de souche tunisienne, comme Ben Arfa par exemple, qui devaient choisir leur «nationalité sportive». Ben Arfa a été courtois, élégant et personne ne lui en a voulu. C’est un homme libre.

Ce que nous craignons, c’est bien le ressentiment de la majorité des Tunisiens qui n’ont pas aimé son style arrogant. Il avait tous les droits de porter le maillot français, mais il fallait tenir compte des sentiments de ceux qui, à l’époque, avaient déjà fait de lui, le meneur, la  vedette, l’exemple.

Mais c’est ainsi. Et il faudrait l’accepter, tout en émettant un vœu: que cet épisode n’altère pas, ne dérange pas le travail, la mission qui est confiée à notre invité Lamouchi. Tout doit être fait pour l’aider dans sa tâche. De toutes les manières, il n’opérera pas en terre étrangère. Le football tunisien possède ses titres de noblesse. S’il a perdu quelque peu de sa prestance, il le doit à ceux qui l’ont dirigé en ne pensant qu’à leur petite personne. Mais tout a une fin.

Un souhait pour finir : qu’il réussisse et qu’il ne soit pas «tunisifié» lors de son séjour parmi nous par ceux qui ont été la cause du choix cornélien qui s’est posé. Nous attendrons fébrilement les résultats.

Ça s’arrête là !

Auteur

Kamel GHATTAS

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