Inondation, blocages, dégâts… Les Tunisiens pris au dépourvu !
L’alerte officielle émise par la première référence nationale en la matière, à savoir l’Institut National de Météorologie (INM) a été lancée depuis deux jours déjà. En effet, c’est durant la matinée du dimanche, que des appels à la vigilance ont été lancés.
Dans son bulletin de suivi publié dimanche 18 janvier, l’INM a évoqué l’avènement de “pluies temporairement orageuses qui se déclenchent la nuit du dimanche sur le nord, le centre et le sud du pays”. L’on a évoqué “des précipitations parfois intenses qui toucheront les gouvernorats de Kairouan, Monastir, Sousse, Nabeul, Zaghouan et Tunis”.
Et l’INM de préciser que “les cumuls varieront entre 30 et 70 mm, qu’une chute de grêle est à prévoir, que des vents forts seraient de la partie au moment des passages orageux et que la mer sera très agitée”.
Un bulletin qui est passé quasi inaperçu tant aucune mention de pluies torrentielles et ininterrompues, de cumul de pluie pouvant dépassant 230 mm, ou d’effet de la tempête européenne Harry qui s’abattrait sur la Tunisie n’ont été proprement dits à l’avance.
Aucune alerte rouge n’a été émise. Et même si l’alerte a été annoncée dimanche, c’était déjà tard pour que les précautions nécessaires soient prises ! Ceci l’est davantage puisque les prévisions météo ne signalaient pas spécifiquement une situation anormale.
Coincée au travail !
Pour un observateur pas assez averti, l’alerte annonçait l’avènement de pluies durant le mois hivernal de janvier, rien de plus ordinaire, quoi ! C’est ce que nous a confié Melle Oueslati. “Je travaille dans un centre d’appel.
Mon shift commence à 13h et se termine à 22h. J’ai juste lu un bulletin de prévision qui annonçait des pluies pour lundi. En sortant vers midi, il ne faisait même pas froid.
Comme je suis motorisée, je n’ai pas jugé bon de prendre un manteau. J’étais au travail quand l’orage a commencé. A la fin de mon service, soit à 22 heures, j’ai consulté les réseaux sociaux et j’ai compris que je ne pourrai pas conduire tant les routes qui mènent vers chez moi étaient toutes inondées…
Je suis restée sur les lieux du travail, j’ai passé la nuit sur une chaise à frissonner de froid, je n’avais pas de manteau pour me réchauffer, j’avais faim, mon téléphone était déchargé et ma mère était morte d’inquiétude…
L’INM aurait dû nous avertir à l’avance de la gravité de la situation pour qu’on prenne nos précautions. Ce n’est que le lendemain matin que j’ai pu rentrer chez moi », a-t-elle confié à Lapresse.tn
Mauvaise surprise
Le matin du lundi, les citoyens “avertis” se sont juste munis de manteaux et de parapluies. La population active s’est dirigée vers son lieu de travail, élèves et étudiants ont pris la direction des écoles et des personnes inactives sont, comme à leur accoutumée, sorties faire leurs courses.
Cependant, tour à tour les écoles se sont mises à annoncer l’arrêt des cours… Tour à tour la police de la circulation et les agents de la circulation routière se sont mis à annoncer le blocage au niveau des rues et la fermeture de certaines routes.
Et l’on appelle les Tunisiens à rester chez eux, à se montrer très vigilants et à ne sortir qu’en cas d’extrême nécessité ! Sauf que ces appels ont eu lieu alors que le mal était déjà fait !
Toute la population active était déjà dehors, dans les rues et au milieu des inondations lorsque le ciel s’est mis à gronder, lorsqu’une pluie quasi apocalyptique s’est mise à tomber de façon continuelle (et non temporaire), que bien des routes se sont transformés en bassins d’eau sale et que les vagues au niveau des côtes se sont mises à se déferler ravageant tout sur ce qui était censé être, avant-hier encore, une plage bien sablée.
Sans vivres !
“Le mur du café de mon frère s’était effondré à Monastir. Son café est tout prêt de la plage”, nous a révélé M. Hasseni, qui habite Sahline, au gouvernorat de Monastir. Et d’ajouter que s’il a la chance d’habiter une maison assez haute, ses voisins, eux, ont vu l’eau pénétrer dans leurs maisons.
“Dieu merci ma maison n’a pas été inondée. Ma maison est construite à un niveau plus haut que le jardin. Cependant, j’ai tenté de sortir pour acheter du pain et de l’eau, je n’ai pas pu ! L’épicier est à plusieurs centaines de mètre et des vagues d’eau de couleur ocre envahissait les routes.
J’ai 62 ans et j’ai une petite santé, je ne pouvais pas m’aventurer dehors. J’étais contraint de faire bouillir l’eau du robinet avant de la boire pour m’hydrater et j’ai dû composer avec ce que j’avais au réfrigérateur, je ne savais pas qu’il y aurait une tempête, l’INM a juste mentionné de la pluie ! Sinon j’aurais pris mes précautions et acheté des provisions. Me voilà coincé chez moi sans eau, sans provisions et sans médications”, a-t-il révélé à Lapresse.tn.
Vaut mieux prévenir que guérir !
Oui, bien des maisons ont été inondées par l’eau pluviale, bien des travailleurs n’ont pas pu rentrer chez eux et se sont retrouvés coincés sur les routes ou contraints de passer la nuit sur les lieux du travail.
Les plus chanceux ont été invités à se mettre à l’abri par des personnes généreuses, les moins chanceux sont restés dehors, confrontant les aléas d’une atmosphère aussi imprévisible.
Hôtels, cafés, commerces et maisons basés près de la côte ont vu les vagues de la mer s’agiter, se répandre, envahir leurs barrières pour briser une partie de leurs constructions.
Pour bien des Tunisiens c’était carrément le chaos. Et nous sommes encore loin de pouvoir compter les dégâts tant les intempéries continuent de sévir.
Malheureusement, ni l’Institut National de Météorologie, ni la Protection Civile ni même le Comité national permanent de prévention et de gestion des catastrophe et d’organisation des secours n’ont alerté bien à l’avance les Tunisiens quant à de pareilles catastrophes où l’on a, en moins de 24 heures, compté déjà quatre morts, multiples blessures et moult disparitions. Pourtant, il vaut toujours mieux prévenir que guérir ! Il vaut toujours mieux de prévoir un danger afin de l’éviter.
Le cas échéant, les dégâts sont bien plus importants ! Le fait d’attendre avant d’agir n’a jamais sauvé personne ! Bien au contraire, cela nous pousse à improviser, à envisager des solutions de rafistolage qui ont la vie très courte.
Dans de pareilles situations, seule la prévention est un garant de salut. Il va vraiment falloir qu’on révise notre culture de gestion. Ceci l’est encore plus si l’on voit ce que ces intempéries ont causé comme énormes dégâts chez notre pays frère, la Libye.
D’ailleurs bien des rumeurs circulent quant à la survenue de véritables complications durant la nuit du mercredi au samedi. La tempête Harry qui a sévi en Italie et semble de passage en Libye pourrait, selon ces rumeurs, nous rendre visite demain soir.
Et si l’on croît cette thèse, le dur serait encore à venir ! Et si les choses risquent vraiment de se corser demain soir, il va falloir agir, et dès à présent. Il va falloir prendre toutes les précautions nécessaires. Et c’est une mesure préventive d’extrême urgence !