Au lendemain de la dépression atmosphérique, les Tunisiens comptent les dégâts…
Les deux derniers jours vécus par les Tunisiens étaient des jours… sinistres ! Car les images quasi surréalistes rapportées par les journaux télévisés ainsi que les séquences quasi apocalyptiques filmées et massivement partagées sur les réseaux sociaux ne relatent pas le vécu d’une singulière victime isolée…
Le drame s’est, et s’inscrit encore, dans un vécu collectif de différentes régions tunisiennes inondées. Et c’est cet aspect commun qui lui confère une valeur plus intense.
En l’espace de deux jours, les habitants des différents gouvernorats de la capitale Tunis (spécifiquement ceux qui habitent la banlieue Nord et la banlieue Sud), ceux habitant les différentes délégations situées sur la côte (Nabeul, Monastir, Bizerte, Sousse, etc.) ont été témoins de faits tout aussi terrifiants qu’inédits…
En l’espace de quelques heures, le maître-mot fut “terreur”. Cela a commencé le soir du lundi pour se poursuivre pendant 24 heures d’affilée. 24 heures de pluies diluviennes où des zones urbaines censées être imperméabilisées ont été fortement affectées, où des barrages et autres bassins de rétention ont été saturés jusqu’au débordement, où les vagues des mers ont semblé comme “ensorcelées” pour cracher leur rage à tout ce qui est à proximité, où plus une seule parcelle de sol n’était visible dans moult rues et ruelles, où les routes étaient submergées, les maisons inondées et les véhicules engloutis sous une eau trouble, sablée et ocrée…
Un paysage chaotique où le ciel a semblé être, d’un coup, tellement horripilé qu’il s’est mis à déverser une pluie torrentielle qui ne semblait pas finir. En l’espace de 24 heures, on a compté des dégâts, des disparitions, des pertes et de multiples destructions… Cependant, depuis le soir du mardi 20 janvier, une presque accalmie a été de la partie.
La pluie n’a certes pas totalement disparu du tableau, mais un certain calme est de nouveau de mise. Depuis l’aube du mercredi 21, les uns avaient les yeux rivés sur la “vue” depuis leurs balcons et fenêtres avant de s’aventurer à l’extérieur, les autres ont jeté leur dévolu sur l’écran, guettant les dernières nouvelles avant de décider s’ils vont s’aventurer dehors.
Mais entre les uns et les autres, nombre de Tunisiens ont mis des vêtements chauds et claqué la porte derrière eux. C’est le cas de M. Fayache, banquier dont la responsabilité ne lui permet pas le luxe de chômer.
Un constat triste
Après s’être assurés que les enfants restent en sécurité à la maison, son épouse et lui ont pris le chemin du centre-ville pour aller bosser. “Nous habitons à Ezzahra.
Et je dois dire que lundi soir, on ne voyait que ciel et eau à perte de vue ! La situation des routes était tellement chaotique qu’on croyait assister à un vrai déluge.
J’ai dû emprunter de multiples voies supplémentaires pour éviter les rues submergées et cela a duré hier aussi. Ce matin, par contre, les choses étaient différentes.
Le niveau de l’eau a nettement baissé. Cependant, j’ai vu bien des arbres brisés, des restes de pare-chocs jonchant le sol. Même un observateur non averti aurait tout bonnement deviné qu’une tempête est passée par là”, a-t-il confié à Lapresse.tn.
Contrairement à notre premier interlocuteur, ceux qui habitent la banlieue Nord ont eu bien moins de chance et bien plus de mauvaises surprises au lendemain de la tempête.
C’est le cas de Mme C.Y. qui a été contrainte de rebrousser chemin. J’habite à la cité Les Palmeraies. Notre interlocutrice devait se rendre au siège de la STEG au Kram pour régler une facture.
Mais elle a dû renoncer. “Si juste devant ma résidence, les choses semblaient plutôt rentrées dans l’ordre, à seulement quelques centaines de mètres de chez moi, on pouvait déjà envisager l’ampleur des dégâts.
J’ai vu des façades de commerces totalement amochées, les chiens errants qui circulent, déjà en meute en temps normal, se comptaient par plusieurs dizaines à chaque rue !
On dirait qu’ils ont fui des quartiers voisins pour élire domicile à la cité des Palmeraies ! Ils aboyaient à tue-tête sur tout ce qui bougeait ! L’état des routes, qui étaient déjà dans un état précaire, a été quadruplé, il y avait des trous énormes partout…
Les véhicules peinaient à rouler dans des routes aussi délabrées… Bref, je devais prendre mon mal en patience et continuer ma route. Sauf que j’ai à peine fait quelques mètres que mon voisin m’a arrêtée.
Il m’a mise en garde quant au chemin que je comptais emprunter, m’annonçant que plusieurs routes sont encore inondées d’eau et que l’accès à El Kram me serait presque impossible.
J’ai alors rebroussé chemin et je suis rentrée chez moi. Dehors, l’atmosphère était grisonnante, triste et étrange. On dirait que le quartier est en deuil… L’état des routes était catastrophique…
Et le hic, c’est que l’Aouina, qui est connue pour son importante concentration d’habitations, n’a même pas de municipalité qui lui est propre… Nous devons nous référer à la municipalité de La Goulette, qui semble avoir d’autres chats à fouetter…
Nous souffrons déjà de mille et un problèmes et personne ne semble au courant que nous existons. Nous sommes les oubliés de la banlieue Nord !
Les dégâts risquent alors juste de s’ajouter à la longue liste de nos doléances interminables et cela va rendre notre quotidien davantage plus difficile”, confie-t-elle d’un ton amer.
Mal préparés
Les habitants de La Soukra et de La Marsa n’ont rien à envier aux habitants des zones sinistrées. C’est ce que nous a d’emblée dit M. Koussay, qui utilise une seule main pour répondre à notre appel et l’autre main pour tenir une raclette.
“L’eau pluviale a envahi le jardin de ma maison et a pénétré dans les chambres de mes filles. Cela fait des heures que j’essaie de pomper l’eau. Dieu merci, j’ai l’appareil qu’il faut.
Et je ne suis pas le seul à être dans cette situation ! Mes voisins ont également été submergés par l’eau pluviale et ont fait appel à la protection civile. C’est le cas aussi dans certains quartiers de La Marsa.
Un ami vient de m’appeler et m’a informé que le sol s’est fissuré et qu’un trou de trois mètres s’est ouvert à côté de chez lui. Certes, nous ne voyons pas les mêmes images dangereuses du lundi soir, mais aujourd’hui, nous commençons à en compter les dégâts…”, nous a-t-il confié.
Hélas, le plan urbain de multiples quartiers est inadéquat au nombre réel de citoyens. De multiples quartiers sont surpeuplés, surchargés et sursollicités. À la moindre catastrophe, ce sont ces quartiers-là qui en pâtissent.
Et encore, le danger n’est pas encore derrière nous ! Les intempéries semblent toujours avoir la Tunisie au viseur et les jours à venir ne seraient pas de tout repos non plus…