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Société

Le trauma des Capbonnais – Tempête Harry : Quand la pluie réveille les blessures de 2018

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  • 21 janvier 18:15
  • 6 min de lecture
Le trauma des Capbonnais – Tempête Harry : Quand la pluie réveille les blessures de 2018

Quand le traumatisme n’est pas pris en charge, il reste. Et quand les causes d’un traumatisme se répètent et on ne fait aucun effort pour y remédier, les séquelles psychologiques (psychose, anxiété, dépression, trouble de stress post-traumatique (Tspt), perte de repères collectifs, émergence de la vulnérabilité et impacts sur la santé mentale globale) et sociétales plus larges, peuvent refaire surface à tout moment.

C’est le cas dans la région du Cap Bon à chaque intempérie, depuis les inondations meurtrières et dévastatrices du 22 septembre 2018 où l’eau avait atteint des niveaux de 1,70 mètre dans certains quartiers du chef-lieu du gouvernorat de Nabeul, causant des dommages considérables aux infrastructures et laissant la population dans une situation de désolation.

À chaque tempête ou orage engendrant des pluies diluviennes, les habitants de la Cité des Potiers et des autres délégations voisines retiennent leur souffle. Il faut dire qu’après près de sept ans et 4 mois, rien n’a changé. Les Capbonnais attendent toujours la remise à niveau de l’infrastructure de leurs villes pour faire face aux affres du phénomène « medicane » (mot-valise pour l’anglais « Mediterranean hurricane », «ouragan méditerranéen»), dit tempête méditerranéenne de type «TMS» (« tropical-like Mediterranean storm»): un cyclone subtropical méditerranéen dans le jargon scientifique des climatologues.

Il faut dire que ce type d’épisode n’est pas inédit sous nos cieux, mais que sa fréquence et son intensité ont tendance à augmenter ces dernières années, notamment dans les zones côtières. Plusieurs experts relient cette évolution aux effets du changement climatique, qui réchauffe les eaux de la Méditerranée et fournit davantage d’énergie aux systèmes dépressionnaires.

Et la tempête Harry qui s’est abattue sur nos contrées ne déroge pas à cette règle. Cette parenthèse météorologique extrême, caractérisée par une forte instabilité atmosphérique, des rafales de vent et des pluies intenses, voire torrentielles, a semé la panique dans le Cap Bon.

Si elle ne s’apparente pas stricto sensu à un cyclone tropical classique, ses dégâts sur une infrastructure déjà délabrée et un littoral balafré étaient significatifs, notamment dans les quartiers informels aux logements précaires et sur les habitations limitrophes des cours d’eau.

Selon les bulletins météorologiques, en 24 heures — du 19 au 20 janvier 2026 —, il a suffi de 157 mm à Nabeul et 159 mm de pluies non-stop pour revoir les mêmes scènes chaotiques du 22 septembre 2018 : des rues et des maisons inondées, des routes coupées, des voitures écrasées par des troncs d’arbre, arrêt des cours, une activité économique paralysée, des moyens de transport bloqués, des égouts vomissant leurs biles, des citoyens sinistrés, etc.

Et si les autorités ont comme à l’accoutumée subi la loi de la nature et sa force divine, livrés à eux-mêmes, les Nabeuliens et les habitants des autres villes du Cap Bon étaient sur le qui-vive et armés uniquement de leur résilience à toute épreuve.

Perdant foi aux fausses promesses des décideurs locaux et régionaux, les habitants du Gouvernorat de Nabeul — pour ne pas dire ces laissés-pour compte — ont fini par chercher des astuces et des systèmes D dans le but de se prémunir contre les inondations à travers des barrières en aluminium faisant barrage aux torrents d’eaux boueuses et atténuant les dégâts.

Toutefois, si cette astuce semble porter ses fruits dans certains foyers dans la cité de Nabeul, certains quartiers érigés sur d’anciens lits d’oued (ex: quartier El-Rbat) ou sur les berges de cours d’eau n’ont malheureusement pas pu résister au déferlement destructeur de flots puissants, charriant des voitures et des pans entiers de chaussées.

Nul doute, l’infrastructure défaillante de la plupart des villes du gouvernorat de Nabeul est à blâmer. Et l’absence dans ces communes de travaux publics et de plans d’urbanisme ingénieux, prenant en considération cette nouvelle donne climatique et anticipant les problèmes que peuvent causer les cyclones ou les ouragans méditerranéens de type tropical, est une anomalie.

Pourquoi pas des programmes et des aides pour encourager la collecte et la gestion de l’eau de pluie des toitures et des surfaces imperméables pour protéger les bâtiments des dégâts, prévenir l’érosion et respecter les normes environnementales, via des gouttières, descentes pluviales, et systèmes enterrés (puisards, drains) ou par récupération, privilégiant l’infiltration dans le sol pour recharger les nappes phréatiques plutôt que le rejet dans les égouts ?

Certes, le manque d’entretien des systèmes d’évacuation des eaux pluviales et l’absence de politiques locales et régionales est offusquant; mais la dimension environnementale de nos villes et villages, notamment lorsque les réseaux de drainage sont saturés ou obstrués par les déchets et les détritus jetés par nos concitoyens, est un acte irresponsable et condamnable.

Il est à rappeler qu’outre le bilan humain des inondations du 22 septembre 2018 —  la mort de six personnes, incluant deux jeunes femmes, un enfant, un homme âgé, et deux autres personnes emportées par les eaux —, 3.307 familles auraient été touchées par la catastrophe, d’après une enquête définitive menée par la commission consultative chargée d’évaluer les pertes et les dégâts occasionnés par les inondations.

 

Par ailleurs, les secteurs agricoles ont été également impactés : 864 hectares de légumes et 794 hectares d’arbres fruitiers touchés. Et les pluies torrentielles ont causé la mort de 90 mille volailles et 86 têtes d’ovin. De plus, 180 ruches d’abeilles ont été endommagées, en plus de 10 kilomètres de pistes agricoles détruites.

Les dégâts et les pertes provoqués par les inondations de 2018 dépassent les 100 millions de dollars, selon une évaluation conjointe menée par le gouvernement tunisien en collaboration avec la Banque mondiale, l’Organisation des Nations unies (ONU) et l’Union européenne (UE). Voilà des chiffres qui appellent à la réflexion et incitent à l’action.

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Auteur

Abdel Aziz HALI

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