Pluies diluviennes en Tunisie : L’armée à la rescousse des régions sinistrées
Les citoyens ont été confrontés au sempiternel scénario d’une gestion réactive, qui ne se manifeste qu’après la catastrophe. Il faut toutefois reconnaître que ces pluies, tombées en seulement deux jours, ont atteint une intensité historique.
La Presse —Généralement bénéfiques pour les ressources hydriques et l’activité agricole, les précipitations peuvent toutefois engendrer d’importantes perturbations lorsque les infrastructures peinent à absorber des volumes exceptionnels. Depuis lundi, la Tunisie connaît un épisode météorologique d’une intensité inédite, marqué par de fortes pluies orageuses qui ont touché le nord du pays avant de s’étendre localement au centre et au sud.
Dans plusieurs régions, ces précipitations ont mis à l’épreuve les réseaux d’assainissement et les dispositifs de prévention, soulignant l’importance des opérations de curage et de maintenance réalisées en amont des périodes de fortes pluies.
Des précipitations jamais observées depuis 1950
Il faut souligner que depuis ce dimanche, l’Institut national de la météorologie (INM) a multiplié les bulletins d’alerte. Les régions du Grand Tunis, du Cap Bon, de Bizerte, de Zaghouan, de Sousse, de Monastir, de Mahdia et de Sfax ont été identifiées comme particulièrement exposées.
Face à l’évolution rapide de la situation, l’INM a actualisé hier la carte de vigilance météorologique. Le Grand Tunis, Nabeul, Monastir ont été placés en vigilance rouge, correspondant à un niveau d’alerte extrême.
Les gouvernorats de Zaghouan Mahdia, Bizerte et Sousse ont été classés en vigilance orange, tandis que plusieurs régions du nord-ouest et du centre ont été placées en vigilance jaune.
Cette vigilance renforcée visait à réduire l’impact sur les activités humaines et à permettre une mobilisation rapide et coordonnée des services de secours et de la Protection civile.
Selon l’INM, les quantités de pluie enregistrées en millimètres durant les dernières 24 heures du 19-01-2026 à 7h00 au 20-01-2026 à 7h00 ont été enregistrées comme suit : El Mida (Nabeul) 205mm, Sidi Bou Said (Tunis) 206mm, Mornag (Ben Arous) 171mm, Hammam-Lif 161mm, Zaghouan 212mm, Lamta Sayada Bouhjar (Monastir) 242mm, Monastir 193mm.
Ces précipitations ont atteint des niveaux inédits depuis 1950, notamment dans le Grand Tunis, le Sahel, Zaghouan et le gouvernorat de Monastir, a précisé Abderrazek Rahal, ingénieur prévisionniste en chef à l’INM, au micro de la Rtci.
Les fortes précipitations ont entraîné la fermeture de plusieurs routes et axes principaux à travers le pays, notamment à Tunis, Ben Arous, Nabeul, Sousse et Bizerte, ainsi que sur d’autres axes. Le trafic ferroviaire a été à son tour perturbé sur l’ensemble du réseau tunisien, la Sncft mettant en place des liaisons provisoires en attendant le rétablissement complet des services.
L’armée nationale à la rescousse
À Nabeul, la Société régionale de transport a suspendu tous ses trajets, entraînant des perturbations sur plusieurs routes de Nabeul et Zaghouan. En raison de ces intempéries et des difficultés dans les transports, les autorités ont décidé de suspendre les cours dans plusieurs gouvernorats, notamment ceux placés en vigilance rouge et orange.
Malheureusement, ces pluies intenses ont causé la mort de quatre personnes à Moknine, victimes de l’ampleur des précipitations, selon l’agence TAP.
Face à la gravité de la situation et à l’ampleur des dégâts, il a été nécessaire de mobiliser les grands moyens. L’armée nationale est ainsi intervenue pour faire face aux effets des inondations et des crues, sécuriser les zones touchées et évacuer les citoyens pris au piège.
Soulignons que depuis le début de cet épisode exceptionnel, le Président de la République suit de près l’évolution de la situation et a donné ses instructions aux forces armées pour intervenir dans les opérations de secours et de sauvetage dans les différentes régions.
Les services publics sur la sellette
Fournir simplement des numéros de téléphone aux citoyens ne suffit pas à assurer une intervention efficace. Des actions concrètes sur le terrain restent indispensables avant le début de la saison des fortes pluies. Certes, cet épisode constitue un record de précipitations sur une courte période, mais même lors de pluies plus modérées et réparties sur plusieurs jours, avec des périodes de répit, les réseaux d’assainissement se retrouvent rapidement saturés, et routes, rues et ruelles se transforment en véritables rivières.
Il faut bien souligner que la situation a été particulièrement préoccupante dans la majorité des régions touchées par les pluies torrentielles, où certaines artères ont été submergées ou coupées, rendant les déplacements quasi impossibles. Cela met en lumière le défi majeur que représente la gestion des infrastructures face aux épisodes extrêmes et l’urgence d’un entretien régulier des réseaux de drainage.
La parlementaire Sonia Ben Mabrouk a dénoncé sur Facebook la paralysie de la banlieue nord de Tunis et l’absence de réaction efficace des autorités malgré les alertes. Sur les réseaux sociaux, de nombreux citoyens ont exprimé leur frustration face à l’inaction de certains responsables et aux limites criantes des infrastructures.
Les images de rues transformées en rivières et de véhicules bloqués se répètent chaque saison de fortes pluies, renforçant un sentiment d’abandon persistant.
Malgré les alertes répétées et les mesures préventives mises en place, les dégâts enregistrés dans plusieurs régions dans les zones touchées par ces pluies diluviennes ont révélé la fragilité des infrastructures. La vétusté des réseaux d’assainissement, l’insuffisance des capacités d’évacuation des eaux pluviales et le manque de moyens matériels ont limité l’efficacité des interventions émanant en particuliers des services de la Protection civile, amplifiant les conséquences de cet épisode pluvieux exceptionnel.
Cet épisode de pluies diluviennes, historique par son intensité et ses impacts, rappelle que notre pays reste vulnérable face aux aléas climatiques extrêmes. Il ne fait que mettre en lumière la fragilité des infrastructures et l’insuffisance des dispositifs de prévention, malgré les alertes répétées. Si la mobilisation des forces armées et des services de secours a été nécessaire, elle ne saurait se substituer à une stratégie durable et proactive de gestion des risques.
Il est urgent de repenser les infrastructures, de renforcer la maintenance des réseaux et d’instaurer une culture de prévention réelle, afin que les catastrophes de demain ne soient plus accueillies avec surprise mais anticipées avec efficacité.
