gradient blue
gradient blue
A la une Culture

« In A Whisper » de Leyla Bouzid : La voix des silences à la Berlinale

Avatar photo
  • 22 janvier 18:00
  • 4 min de lecture
« In A Whisper » de Leyla Bouzid : La voix des silences à la Berlinale

Troisième long-métrage de fiction de Leyla Bouzid, «A voix basse» confirme une trajectoire artistique singulière, patiemment construite. Figurer dans la sélection de la compétition officielle à la berlinanle est une consécration en soit… Bon vent.

La Presse — La nouvelle est tombée  comme un murmure devenu retentissement : «In A Whisper» (A voix basse), le nouveau long-métrage de la réalisatrice tunisienne Leyla Bouzid, figure parmi les films retenus en compétition officielle de la 76e Berlinale. Une sélection prestigieuse, dévoilée mardi, qui place une nouvelle fois le cinéma tunisien au cœur de l’un des plus grands rendez-vous mondiaux du septième art, aux côtés de 21 autres films venus de 28 pays, tous en lice pour les Ours d’or et d’argent. La Berlinale se tiendra du 12 au 22 février 2026 à Berlin.

Troisième long-métrage de fiction de Leyla Bouzid, «A voix basse» confirme une trajectoire artistique singulière, patiemment construite, où l’intime dialogue avec le politique, et où les corps, les silences et les désirs deviennent des espaces de résistance. Coproduit par Unité (France) et Cinétéléfilms (Tunisie), le film — d’une durée de 1h53 — s’inscrit dans la continuité d’une œuvre attentive aux fractures invisibles, aux héritages complexes et aux voix contenues.

Le récit s’ouvre sur un retour contraint. Lilia, interprétée par Eya Bouteraa, quitte Paris pour revenir en Tunisie à l’occasion des funérailles de son oncle. Ce retour, loin d’être anodin, agit comme un déclencheur. Dans la maison familiale, où cohabitent trois générations de femmes, les non-dits s’accumulent, les mémoires enfouies affleurent et les silences pèsent plus lourd que les mots. Autour de Lilia, les présences sensibles de Hiam Abbas et Marion Barbeau composent une constellation féminine dense, traversée par le temps, les blessures et la transmission.

Avec «A voix basse», Leyla Bouzid poursuit son exploration des territoires intérieurs, là où les conflits ne s’énoncent pas frontalement mais se devinent dans un regard, un geste retenu, une phrase interrompue. Son cinéma en construction ne cherche ni l’effet ni la démonstration. Il avance à pas feutrés, préférant la nuance à l’éclat, la suggestion à l’explication.

Un style qui commence à faire sa marque et qui trouve ici une résonance particulière dans le cadre berlinois, festival historiquement attentif aux œuvres engagées, humaines et audacieuses dans leur écriture. Révélée en 2015 avec «A peine j’ouvre les yeux», présenté à la Mostra de Venise et largement salué par la critique internationale, Leyla Bouzid avait alors posé les bases d’un cinéma profondément ancré dans le réel tunisien, tout en dialoguant avec l’universel.

A travers le portrait d’une jeune chanteuse à la veille de la révolution, la réalisatrice interrogeait déjà la liberté, la jeunesse et la parole empêchée. En 2021, Une histoire d’amour et de désir confirmait cette sensibilité singulière, en abordant le désir féminin, l’exil intérieur et la construction de soi entre deux rives, avec une délicatesse rare et une intelligence du regard.

«A voix basse» apparaît aujourd’hui comme une œuvre longtemps attendue et certainement murie. Elle semble creuser le sillon d’un cinéma du murmure, où les conflits intimes rejoignent les tensions sociales, où la maison familiale devient le théâtre d’une Tunisie plurielle, traversée par les héritages, les ruptures et les attentes. Leyla Bouzid aime filmer les femmes, elles sont  des archives vivantes, porteuses d’histoires tues mais jamais effacées.

La sélection du film en compétition officielle à la Berlinale n’est pas seulement une reconnaissance artistique. Elle marque aussi une étape importante pour la visibilité du cinéma tunisien contemporain, porté par des voix féminines fortes, exigeantes et profondément ancrées dans leur époque. «In A Whisper» sortira dans les salles tunisiennes à partir du 29 avril 2026, offrant au public local l’occasion de découvrir une œuvre déjà promise à un parcours international remarqué.

A Berlin, Leyla Bouzid ne crie pas. Elle chuchote. Et c’est précisément dans ce chuchotement que réside la puissance de son cinéma.

Avatar photo
Auteur

Asma DRISSI

You cannot copy content of this page