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Culture

« Where the Wind Comes From » d’Amal Guellaty : Un bon rythme, des clichés et deux talents à retenir

  • 22 janvier 17:30
  • 6 min de lecture
« Where the Wind Comes From » d’Amal Guellaty : Un bon rythme, des clichés et deux talents à retenir

Le film reconduit ainsi un schéma narratif malheureusement récurrent dans une partie des cinématographies du Sud, se conformant à une vision occidentalisée de notre monde. Les mêmes tableaux y sont dressés, nourris des mêmes clichés : une jeunesse dont l’horizon se résumerait au départ vers l’Europe, perçue comme unique salut ; une religion et une communauté présentées comme les principaux freins à l’émancipation, entendue selon des standards largement importés.

La Presse — À l’affiche dans nos salles depuis le 14 janvier, «Where the Wind Comes From» ( traduit en arabe «Win yekhedhna errih» et en français «D’où vient le vent» ), premier long métrage de la cinéaste tunisienne Amal Guellaty, a rencontré un vif succès lors des dernières Journées cinématographiques de Carthage.

Le film y a remporté le Prix du publlic, le Prix du scénario ainsi que le Prix du Syndicat national des journalistes tunisiens. Pour son entrée dans le long métrage, la réalisatrice livre une œuvre aux allures de teen/road movie fraîche et énergique, mais qui peine à se détacher d’une forme largement standardisée. Le récit, souvent prévisible, enchaîne des situations parfois maladroitement articulées et mal greffées.

Difficile de ne pas penser à la longue série de films américains du même genre qui ont façonné l’imaginaire adolescent, tant le scénario semble en épouser les codes et les mécaniques, avec, par moments, des répliques toutes faites, simplement transposées en dialecte tunisien.

Le film suit le périple d’Alyssa ( prénom arabe de la reine Didon, fondatrice légendaire de Carthage. La symbolique est claire ) et de son meilleur ami Mehdi. Elle est rebelle, téméraire et habitée par de grands rêves ; lui, plus réservé, hésitant et prudent. Orpheline de père et livrée à une mère désorientée, Alyssa (campée Eya Bellagha) tente de terminer sa dernière année de lycée tout en assumant les responsabilités domestiques et la charge de sa jeune sœur.

Mehdi (joué par Slim Baccar), jeune dessinateur autodidacte, diplômé en informatique, peine, quant à lui, à trouver un emploi. Les ambitions d’Alyssa restent limitées, si ce n’est celle de partir, de prendre le large et de fuir une réalité en rêvant d’Europe.

En attendant, elle s’évade par l’imagination, à travers des séquences de rêveries surréalistes mises en scène par des animations 3D, dont certaines ( surtout celle avec les têtes de cochons ) manquent de finesse sur le plan esthétique.

Le film reproduit ainsi un schéma narratif, malheureusement récurrent dans certaines cinématographies du Sud, qui, pour se vendre, répondre aux attentes des bailleurs de fonds étrangers ou carrément par complexe du colonisé, se conforme à une vision occidentalisée du monde.

Les mêmes tableaux y sont dressés, nourris des mêmes clichés : une jeunesse dont l’horizon se résumerait au départ vers l’Europe, perçue comme unique salut ; une religion et une communauté présentées comme les principaux freins à l’émancipation, entendue selon des standards largement importés.

Un prisme réducteur qui, en dépit de l’énergie et de la sincérité du projet, limite la portée et la singularité du film.

Chevelure au vent, crop top et jean baggy (un look très Gen Z), Alyssa entraîne son ami dans une aventure aussi effrénée qu’improbable. Avec à peine 120 dinars en poche, le duo met le cap sur Djerba afin de participer à un concours de dessin, dont le premier prix promet un voyage en Allemagne.

Pour démarrer ce périple, Alyssa «confisque» la voiture d’un caïd du quartier et alterne la conduite, sans permis, avec Mehdi…

Sur la route, le film enchaîne les passages obligés du genre, dont l’inévitable scène de vol à l’étalage dans une station-service suivie d’une fuite précipitée. Le duo est ensuite hébergé, pour la nuit, par la famille de l’ancien patron du père de Mehdi, chauffeur de profession, offrant au récit une pause censée ouvrir sur une lecture sociale.

 

À travers cette halte, la réalisatrice esquisse une critique d’une frange de la bourgeoisie tunisienne se revendiquant libérale, mais prompte à reproduire des discours condescendants à l’égard de Mehdi et, plus largement, des « Arabes », volontiers réduits à des êtres « coincés » à l’opposé de l’image d’ouverture d’esprit que ces personnages s’attribuent eux-mêmes.

Une charge qui, si elle pointe des contradictions réelles, reste cependant souvent esquissée plus que véritablement creusée, au service d’un récit qui privilégie l’élan narratif à la complexité du regard social.

Le même soir, les deux jeunes amis s’offrent une virée en boîte de nuit, indirectement inspirée par le fils de la famille bourgeoise ( ce passage obligé, très démodé, que l’on convoque souvent dès qu’il est question de gosses de riche).

C’est là que l’on a eu droit à ce qui nous semble être le premier échange de baisers entre femmes de l’histoire du cinéma tunisien. En effet, emportée par l’euphorie du moment, Alyssa embrasse une jeune femme (Fatma Sfar).

On ne dévoilera évidemment pas la fin du film. Ce que l’on retient, c’est que, même en invoquant les codes d’un genre cinématographique très consommé, la réalisatrice parvient, tout de même, à rapprocher les deux personnages de nous et à nous emporter grâce à un rythme bien dosé et, surtout, à la présence et à l’interprétation très justes des deux jeunes comédiens, Eya Bellagha et Slim Baccar. Un duo qui fonctionne bien, auquel on s’attache presque immédiatement. Deux noms à retenir, tant leur talent s’annonce prometteur.

Auteur

Meysem MARROUKI

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