La transformation numérique en Afrique a eu un impact tout aussi transformateur sur les femmes entrepreneures. La croissance exponentielle du commerce électronique dans le continent ouvre davantage de marchés aux entreprises appartenant à des femmes.
La Banque africaine de développement (BAD) a lancé récemment un manuel pratique de commerce électronique destiné aux femmes entrepreneures africaines, en partenariat avec le Comesa, la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao).
La Presse — Investir dans les femmes entrepreneures est au cœur des actions prioritaires de la Banque africaine de développement, conformément à sa stratégie décennale (2024-2033) et à sa stratégie en matière de genre (2021-2025), dont le premier pilier est l’autonomisation des femmes par l’accès au financement et aux marchés. Le deuxième pilier est focalisé sur l’accélération de l’employabilité et de la création d’emplois pour les femmes grâce à l’amélioration des compétences.
Un taux d’entrepreneuriat féminin estimé à 25,6 %
Intitulé «Manuel de commerce électronique pour les femmes entrepreneures africaines », le document couvre les principaux aspects du e-commerce, notamment le marketing digital, la gestion des réseaux sociaux, la création de boutiques en ligne, la logistique, la cybersécurité et la réglementation, tout en présentant les principales plateformes africaines de vente en ligne.
S’appuyant sur des études de cas de femmes entrepreneures issues de plusieurs pays africains, le manuel illustre le potentiel du numérique, certaines réalisant l’essentiel de leurs ventes via les canaux digitaux. Sur tout le continent, les femmes sont des opératrices économiques actives, dont les contributions sont essentielles à la transformation sociale et économique de l’Afrique.
Avec le taux d’entrepreneuriat féminin le plus élevé au monde, estimé à 25,6 %, «il devient impératif de favoriser un environnement dans lequel les entreprises dirigées par des femmes peuvent prospérer pour parvenir à une croissance inclusive et à un développement durable en Afrique».
Renforcement des capacités et d’accompagnement
Cette publication est le résultat d’un programme de renforcement des capacités initié par le département Genre, Femmes et Société civile de la banque pour 1000 femmes entrepreneures africaines de 34 pays membres du Comesa, de la CAE et de la Cedeao.
Grâce à un programme de formation intensif, à des sessions de réseautage et au mentorat d’experts en entrepreneuriat, les participantes ont acquis des connaissances et des compétences essentielles pour naviguer sur le marché numérique.
Le programme a présenté des parcours inspirants d’entrepreneures africaines et a souligné la demande croissante de renforcement des capacités et d’accompagnement des femmes entrepreneuses à un stade précoce.
La publication de ce manuel vise à démystifier les complexités du commerce en ligne et à exploiter les technologies pour atteindre de nouveaux marchés et briser les barrières.
Grâce à ce manuel, «les femmes entrepreneures africaines seront guidées dans le processus d’établissement d’une présence numérique pour leurs entreprises, d’amélioration de la visibilité en ligne et d’augmentation des ventes de produits et de services en accédant à un marché plus large ». Les outils clés qu’il contient aideront les entrepreneures africaines à optimiser leurs ventes et à exploiter efficacement les plateformes de médias sociaux pour le développement de leur entreprise.
L’objectif assigné par les partenaires, en faveur de l’émancipation économique des femmes africaines, est de « tirer parti de la puissance du commerce électronique pour créer un paysage entrepreneurial dynamique et favoriser la croissance inclusive du continent africain».
Nouvelle ère d’opportunités
Le commerce électronique ouvre une nouvelle ère d’opportunités pour les femmes entrepreneures africaines, en leur offrant une plateforme numérique « qui transcende les limites traditionnelles. Cette transformation permet aux femmes de redéfinir leurs modèles d’entreprise, de stimuler la croissance économique et de susciter des changements positifs sur le continent».
Historiquement, les femmes africaines ont été confrontées à d’importants obstacles entravant leur participation à la vie économique. En 2022, les jeunes femmes n’ont contribué qu’à hauteur de 11% au PIB de l’Afrique, ce qui représente une baisse inquiétante par rapport aux 18% enregistrés en 2000.
«Cette diminution reflète des défis systémiques plus larges, notamment des taux de chômage plus élevés chez les femmes et les effets aggravants de la pandémie de Covid-19». Le commerce électronique offre un moyen essentiel de contrer les tendances inquiétantes. En abaissant les barrières à l’entrée, il permet aux femmes de lancer et de développer des entreprises avec une charge financière nettement inférieure à celle des modèles traditionnels.
Selon la même source, «cette démocratisation de l’esprit d’entreprise est vitale pour les femmes qui sont confrontées à des contraintes financières et à des attentes sociétales qui limitent souvent leurs opportunités économiques». En outre, le commerce électronique offre la flexibilité dont de nombreuses femmes africaines ont besoin pour concilier leurs aspirations professionnelles et leurs engagements personnels.
Pour promouvoir l’adoption du commerce électronique par les femmes entrepreneures africaines et son impact positif sur le PIB de l’Afrique, la Banque africaine de développement a lancé des initiatives telles que l’Initiative pour le financement en faveur des femmes en Afrique (Afawa), la Facilité pour l’inclusion financière numérique en Afrique (Adfi), le Bootcamp pour les femmes entrepreneures africaines et les programmes d’incubateur et d’accélérateur de Fashionomics Africa.
Ces initiatives offrent un soutien financier crucial, un mentorat et une formation qui permettent aux femmes entrepreneures de surmonter les difficultés, de développer leurs activités et de contribuer de manière plus substantielle à la croissance économique du continent.