L’économie tunisienne en 2025 se trouve à la croisée des chemins, comme le révèle le dernier rapport de l’IACE intitulé « CEO 50 : Les priorités des dirigeants tunisiens face à l’instabilité ». L’enquête, menée auprès d’une cinquantaine de chefs d’entreprise issus de secteurs stratégiques, brosse le portrait d’un secteur privé qui, bien que financièrement solide, reste profondément sur la défensive en raison d’un environnement institutionnel jugé imprévisible.
Le constat majeur du rapport est une résilience manifeste : 62 % des entreprises interrogées ont atteint leurs objectifs de rentabilité en 2024. Cependant, cette réussite immédiate cache une réalité plus nuancée où la confiance stratégique est mise à rude épreuve. Le principal frein identifié par les dirigeants n’est pas tant le risque économique pur que l’incertitude réglementaire et fiscale.
Cette opacité institutionnelle, couplée à une lourdeur administrative persistante et une concurrence informelle élevée, qui touche 44 % des entreprises, crée un climat d’aversion au risque.
Cette situation se traduit par une « croissance prudente » où l’allocation du capital privilégie la survie et la consolidation plutôt que la transformation. Les chiffres sont éloquents : 46 % des investissements sont consacrés au simple remplacement d’équipements amortis et 33 % à l’extension d’activités existantes, alors que l’innovation et la diversification ne captent respectivement que 12 % et 9 % des ressources.
Cette posture défensive contraste fortement avec d’autres économies émergentes comme le Brésil ou le Maroc, où les entreprises adoptent des stratégies plus offensives malgré des contraintes similaires.
Les recommandations pour une transformation durable
Pour sortir de cet immobilisme structurel, le rapport préconise une série de mesures urgentes visant à restaurer la confiance des investisseurs. La priorité absolue demeure la stabilisation institutionnelle par la clarification des règles du jeu et la publication de trajectoires de réformes prévisibles. Cette stabilité doit impérativement s’accompagner d’une simplification administrative radicale, passant par la numérisation et la mise en place de guichets uniques pour réduire les coûts de conformité et les délais opérationnels.
Sur le plan financier, l’IACE recommande le développement de mécanismes de financement productif ciblant spécifiquement l’innovation et les projets à forte valeur ajoutée, afin de pallier l’aversion au risque du système bancaire actuel.
Parallèlement, un soutien accru à la modernisation technologique est jugé nécessaire pour favoriser la montée en gamme de l’industrie tunisienne et son intégration dans les chaînes de valeur internationales. Enfin, l’instauration d’un baromètre régulier de perception des dirigeants permettra d’ajuster les politiques publiques en temps réel pour transformer la résilience actuelle en un véritable tremplin vers une croissance durable.