gradient blue
gradient blue
A la une Culture

Le Centre National de Braille Musical à l’ISM de Sousse : Une expérience réussie à généraliser

Avatar photo
  • 24 janvier 19:00
  • 7 min de lecture
Le Centre National de Braille Musical à l’ISM de Sousse : Une expérience réussie à généraliser

L’Institut supérieur de musique de Sousse a inauguré le 26 septembre 2023 un centre dédié aux mal et non-voyants. Deux ans après, on peut évaluer l’avancement de cette initiative qui a démarré à Sousse, mais dont l’impact s’étend sur tous les autres gouvernorats.

La Presse — « Tout a commencé par le projet Erasmus+ adopté par l’Université de Sousse et qui vise, entre autres, un programme d’enseignement inclusif dans les 17 établissements qui lui sont rattachés  », nous a expliqué M. Fakher Hkima, directeur de l’ISM de Sousse. « Nous recevons chaque année des non et des malvoyants et nous avons tenu à leur assurer les mêmes chances que leurs camarades ».

Pour cela, il fallait que le centre soit doté d’outils informatiques adaptés, particulièrement coûteux. Et, pour financer les projets, l’ISM n’a pas attendu le soutien étatique. Le directeur, les enseignants et le personnel administratif ont agi par eux-mêmes afin de récolter les fonds nécessaires.

« Nous avons sollicité nos amis chanteurs pour des concerts caritatifs dont les revenus sont destinés à aménager le centre avec l’équipement nécessaire », nous a raconté M. Fakher Hkima. « Abderrahman Ayadi, Adnen Chawachi, Chedly Hajji, Karim Chouaieb et Mounir Troudi ont répondu à l’appel.

D’autres artistes nous ont contactés de leur propre initiative pour proposer des gestes de solidarité. Nous avons été agréablement surpris de constater qu’avec les revenus des concerts et les dons, nous avons largement dépassé les estimations, ce qui nous a permis d’acquérir peu à peu encore plus de matériel ».

Voici donc une idée sur les équipements, toujours selon M. Hkima, le directeur de l’établissement. L’imprimante, qui coûte à elle seule 23 mille dinars, est liée à un ordinateur et transcrit tout document Word ou PDF en format braille sur du papier à relief. Le scanner, acheté pour 27 mille dinars, transforme instantanément les documents en format audio qui peut être écouté avec un casque.

Les tablettes traduisent en temps réel le contenu affiché en langage braille à mesure que l’on fait défiler l’écran. Avec les autres outils informatiques, le coût total s’élève actuellement à 140 mille dinars. « À partir de l’année dernière, des étudiants d’autres instituts supérieurs de musique ont demandé des mutations et nous avons accueilli, la dernière rentrée, 6 nouveaux en première année », poursuit M. Hkima.

Quel est l’impact direct de la nouvelle unité sur l’apprentissage ? Mme Refka Sassi, enseignante à l’ISM de Sousse et coordinatrice pédagogique et scientifique du Centre national de Braille musical, nous a indiqué qu’elle a fait une autoformation, avec sa collègue Dr Rym Mansour, pour apprendre le langage braille musical universel.

Un noyau de transcripteurs bénévoles a été créé au sein de l’ISM de Sousse. Aujourd’hui, grâce au nouveau matériel et aux efforts collectifs, les étudiants non et malvoyants reçoivent les cours et les partitions imprimés selon les normes internationales et peuvent ainsi travailler au même rythme que leurs camarades.

« C’est un travail colossal. Le personnel administratif, les enseignants et les étudiants collaborent ensemble. Des milliers de pages de cours, d’exercices et d’examens ont été préparés, de la première année licence au master, dans toutes les spécialités. Nous continuons toujours cette tâche, et c’est une ancienne étudiante malvoyante qui gère l’embossage ».

L’établissement vise en effet la création progressive d’une bibliothèque avec les documents d’études qui serviront pour les futures promotions. L’année dernière, un mémoire de fin d’études sur la transcription d’une nouba en braille a été soutenu par deux étudiantes sans déficience visuelle. Des étudiants ont même été formés à l’écriture musicale numérique avec des logiciels avancés pour qu’ils puissent assister leurs camarades.

« Je peux vous assurer que, grâce au centre, nos étudiants qui ont une limitation visuelle disposent désormais des mêmes chances pour suivre les cours et passer les examens dans des conditions normales tout en conservant leur anonymat. Nous travaillons actuellement à généraliser notre expérience, au-delà de l’enseignement musical.

Nous sommes en train d’échanger avec d’autres facultés et chaque établissement pourra tirer parti de cette démarche et l’adapter en fonction des besoins spécifiques de ses étudiants et de la nature de son enseignement », poursuit Mme Refka Ben Sassi.

Or, si le Centre national de Braille musical apporte un soutien important aux étudiants de l’ISM de Sousse, son impact dépasse largement cette région. « Nous collaborons avec les autres instituts supérieurs de musique à Tunis et à Sfax », dixit M. Hkima. « Nous avons également contacté les directeurs des 24 conservatoires régionaux de musique et nous les avons informés que nous mettons à leur disposition notre matériel et les partitions que nous avons transcrites.

Grâce à un partenariat que nous avons établi avec le Conservatoire régional de Sousse, ils ont créé une classe destinée aux apprenants ayant une déficience visuelle et c’est une étudiante de l’ISM, elle-même malvoyante, qui la gère.

Et afin que le Centre national de Braille musical soit à jour par rapport aux avancées technologiques et aux nouveautés pédagogiques, Dr Rym Ben Mansour est responsable du volet des relations internationales. Elle suit les actualités et maintient un contact avec d’autres unités similaires à l’étranger. L’ISM de Sousse semble bien avancer dans ce domaine.

Il a reçu de nouvelles certifications et accréditations internationales suite à la création de ce centre qui abolit le handicap par le numérique. Les experts ont salué, selon le directeur, la responsabilité sociale de l’établissement. M. Fakher Hkima tient à souligner que l’objectif essentiel est l’insertion professionnelle des étudiants à besoins spécifiques.

D’ailleurs, de grands musiciens à l’échelle internationale avaient des déficiences visuelles et ont pourtant mené des carrières exemplaires. Cependant, il rejette l’idée d’une troupe exclusivement composée de personnes mal voyantes, qui sont souvent les premières de leurs classes et ont un talent incontestable. Il préfère que tous les étudiants soient intégrés dans les divers projets musicaux inclusifs sur un niveau d’égalité.

Notons que l’ISM est le coordinateur de la saison musicale de Sousse. Une association est en effet créée au sein de l’établissement. Des rendez-vous périodiques sont organisés avec la Rachidia de Sousse, l’Orchestre symphonique de Sousse et d’autres partenaires. « Il y a un spectacle musical chaque premier vendredi du mois au Théâtre municipal de Sousse », rappelle M. Hkima.

« Les étudiants et les enseignants de l’Institut y jouent à côté d’artistes invités. Lors du dernier concert, nous avons accueilli Dorsaf Hamdani, et le 6 mars prochain ce sera Lotfi Bouchnak. C’est une activité pratique extrêmement importante pour leur apprentissage, ce que j’appelle un prétexte pour un contexte de formation ».

Le Centre national de Braille musical a ainsi permis aux étudiants de l’ISM de Sousse et autres établissements d’enseignement musical ainsi qu’aux apprenants des conservatoires régionaux de musique d’améliorer les conditions et la qualité de l’apprentissage, afin de les préparer à une carrière professionnelle adaptée. Cette expérience peut servir d’exemple, démontrant que les personnes à besoins spécifiques peuvent réussir pleinement lorsqu’elles disposent des outils et du soutien appropriés.

Avatar photo
Auteur

Amal BOU OUNI

You cannot copy content of this page