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Mobilisation hydrique : Dernières précipitations, quels apports ?

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  • 24 janvier 17:15
  • 4 min de lecture
Mobilisation hydrique : Dernières précipitations, quels apports ?

Qui aurait pu croire que les énormes quantités de pluie tombées, ces derniers jours, sur la Tunisie, ne satisferaient guère nos besoins en réserves hydriques supplémentaires, censées alimenter la nappe phréatique et améliorer le taux de remplissage de nos barrages ?

La Presse — Nos experts en la matière y croient fort. «Malgré l’importance des récentes précipitations enregistrées dans plusieurs régions du pays, celles-ci ne devraient pas avoir un impact significatif sur la situation des barrages», déclare à la TAP Houcine Rhili, fin connaisseur des questions du développement et de gestion des ressources.

Selon lui, associer automatiquement les épisodes pluvieux au remplissage des barrages, n’est pas une équation systématique. Leur répartition géographique fait la différence, de par la capacité de rétention et le potentiel de stockage dont dispose chaque région.

Agir plutôt sur la demande en eau

Et bien que des cumuls exceptionnels aient été enregistrés dans certaines zones côtières, avec un total moyen de 200 mm environ, on ne peut pas dire que ces importantes quantités de pluie vont faire le plein d’eau.

Car il a plu là où il n’y a pas de dispositifs de rétention ! C’est que les régions à forte concentration de barrages telles que celles du nord-ouest n’ont connu que des précipitations faibles à moyennes, comme l’a estimé H. Rhili.

Et partant, juge-t-il encore, le taux global de remplissage constaté devrait se situer entre 30 et 32%. Soit «un niveau jugé insuffisant pour alléger durablement la pression sur les ressources hydriques», déduit-il.

Cela dit, déplore l’expert, une telle manne céleste finirait par se déverser dans la mer ou les sebkhas, faute de dispositifs adéquats de mobilisation.

Que fait-il le ministère de l’Agriculture s’il ne prend pas en charge pareils dossiers? Etant parmi les plus anciens départements d’Etat créés au lendemain de l’indépendance, ce ministère n’a pas beaucoup investi dans ce secteur.

Il a, certes, construit de grands ouvrages hydrauliques, sans avoir adopté, en parallèle, une politique hydrique judicieuse et efficace, ni mis en place des systèmes de gestion de trop-plein pour économie d’eau.

En l’absence d’une telle stratégie mobilisatrice, il n’y a plus une vraie politique de gestion de l’eau. L’une dépend de l’autre. A l’aune du stress hydrique que nous fait subir, aujourd’hui, l’impact des changements climatiques, on aurait dû plutôt gérer la demande en eau que son offre.

Jouer sur les deux tableaux, ce serait encore mieux ! On n’arrive pas à comprendre pourquoi un pays comme la Tunisie, dont le nord-ouest constitue son château d’eau, n’arrive pas à venir à bout de ce problème ?! Faute de réserve stratégique nationale, plusieurs régions, notamment les plus défavorisées, n’ont plus facilement accès à l’eau potable.

Opter pour d’autres alternatives !

Autant dire, la Tunisie aura-t-elle soif ? Probablement, si rien n’est fait, ici et maintenant. Tant il est vrai que notre potentiel hydrique passe au rouge, augurant des années sèches, sur fond de déficit pluviométrique aggravé par une faible rétention d’eau dans nos barrages.

En 1969-1970 — saison des grandes inondations — ce fut, alors, le pic jamais atteint en Tunisie, depuis maintenant plus de 50 ans, avec 90 milliards de m3 à l’époque. Alors que seulement 4,8 milliards m3 ont été jusqu’ici mobilisés, soit tout ce qu’on puisse retenir d’une manne céleste déjà modeste, et encore moins de la moyenne pluviométrique habituelle estimée à 36 milliards m3 par an.

Et tous nos experts n’ont pas manqué de s’alerter sur la véracité d’une telle pauvreté hydrique. Avec seulement 450 m3 d’eau par habitant et par an, soit deux fois moins la moyenne mondiale, située aujourd’hui à 1.000 m3 par personne, le spectre de la soif se profile à l’horizon.

Et là, il n’y a pas d’autres choix que de procéder à la révision des politiques de gestion de l’eau, rationaliser l’offre disponible et chercher à mobiliser de nouvelles ressources hydriques non conventionnelles, tout en exploitant, à bon escient, notre gisement d’énergies renouvelables.

«Et comme la carte pluviométrique a changé sous l’effet des changements climatiques, il est aussi judicieux de changer de stratégie, afin de mieux capter les précipitations, réduire la pression sur les infrastructures routières et limiter les risques d’inondations», résume notre expert.

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Auteur

Kamel FERCHICHI

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