La nutrition est-elle un vecteur de rétablissement pour les malades du cancer ? Une dénutrition ou une mauvaise nutrition risque–t-elle de nuire au cursus curatif chez les personnes souffrant de maladies cancéreuses ? Comment, finalement, pourrait-on intervenir afin de mettre la nutrition au service de la lutte contre le cancer ?
La Presse —Voilà, en gros, les angles autour desquels se sont articulées les interventions des spécialistes, durant la séance plénière de la 12e journée scientifique de l’Atsn qui a été organisée samedi 24 janvier 2026 à la Cité des sciences de Tunis. Cet évènement, précisons-le, s’inscrit dans une tradition annuelle que perpétue l’Association tunisienne des sciences de la nutrition. Chaque année, elle tient, via la journée scientifique, à mettre l’accent sur un thème bien précis en soulignant les corrélations notables et significatives avec le domaine de la nutrition.
Cette année, la journée scientifique de l’Atsn met le zoom sur deux thèmes d’actualité, à savoir la nutrition et l’oncologie, d’abord, puis sur le diabète et Ramadan. Le premier anticipe sur l’éminente célébration de la journée mondiale de lutte contre le cancer ; le deuxième, sur l’approche de Ramadan et de la problématique du jeûne chez les diabétiques.
Pour une oncologie nutritionnelle de précision
En effet, l’impact de la nutrition — et de la dénutrition — sur la santé et sur le cursus thérapeutique anticancer est indéniable. En Tunisie, les habitudes et les comportements alimentaires ne riment pas toujours avec nutrition saine et équilibrée. Or ce que l’on consomme pourrait décider, dans bien des situations, de notre santé, voire de notre vie.
Pr Amel Benammar Elgaïed, immunologiste et présidente de la Société tunisienne d’immunologie, a axé son intervention sur la nutrigénétique et les cancers. Elle a fait le tour de l’impact des nutriments et des gènes sur le parcours thérapeutiques anticancer. «Les variations individuelles liées à la nutrigénétique modulent le risque de cancer et l’efficacité des régimes thérapeutiques ; d’où l’impératif d’aller vers une oncologie nutritionnelle de précision», a-t-elle souligné. Et d’ajouter que de larges études ont été menées sur la population tunisienne, ayant permis d’accumuler des données alimentaires et comportementales, ce qui pourrait aider les spécialistes à cerner le comportement nutritionnel à tenir pour les malades mais aussi — voire surtout — pour les personnes saines afin de prévenir les maladies cancéreuses. «Nous sommes dans une tendance de nutrigénétique mais pas encore dans la précision. Nous aurons besoin de l’IA et de beaucoup d’algorithmes pour réussir cette approche», a-t-elle ajouté.
Parmi les cancers dus en grande partie aux mauvais comportements nutritionnels figure celui colorectal. Dr Kamilia Ounaissa, professeure agrégée en nutrition et maladies nutritionnelles, a évoqué la question en mettant l’accent sur les facteurs nutritionnels favorisants et autres protecteurs. Rappelant que le cancer colorectal constitue le troisième cancer à l’échelle mondiale avec notamment une prévalence de 10% de l’ensemble des nouveaux cas de cancer en 2022, l’oratrice a souligné, en outre, qu’il présente une recrudescence pour les sujets âgés de moins de cinquante ans, ce qui le place en haut de la liste des problèmes de santé publique. Elle a rappelé, néanmoins, que la plupart des facteurs favorisants sont évitables et que la nutrition y joue un rôle considérable. «Les facteurs environnementaux et métaboliques influent sur l’augmentation ou la baisse des risques. Pour le cancer colorectal, les facteurs préventifs sont la nutrition et l’activité physique», a-t-elle indiqué.
Oui au lait et dérivés !
L’activité physique peut se suffire à une demi-heure de marche quotidienne. Mais pour la nutrition, mieux vaut être avisé sur les facteurs favorisants le cancer colorectal et ceux protecteurs contre cette maladie. L’oratrice a commencé par citer et expliquer l’effet de certains aliments protecteurs. Ce qu’il faut retenir, en gros, c’est qu’une consommation riche en fibres alimentaires réduit de 10% le risque. Une importante consommation d’ail et un bon apport en vitamine D et en calcium inhibent la croissance tumorale. Le calcium réduit de 22% le risque tumoral, et le lait, de 15%. Autres nutriments protecteurs : le sélénium qui joue un rôle antioxydant et anti-inflammatoire ; les féculents et l’acide folique…
Gare aux viandes rouges et celles transformées !
En revanche, les facteurs favorisant le cancer colorectal se résument en l’obésité, la consommation des viandes rouges et celles transformées ainsi que l’alcool. Pour les viandes rouges, le risque augmente de 43% par portion et de 50% par cent gramme/jour. S’agissant des viandes transformées, le risque augmente de 21% par portion de cinquante grammes/jour. Pis encore : l’adiposité hisse le risque de 15% par cinq kilos par mètre carré de l’IMC.
La spécialiste en sciences de la nutrition attire l’attention sur l’implication de la taille d’adulte et du poids à la naissance dans le développement du cancer colorectal ; deux indicateurs qui en disent long sur les problèmes de croissance et sur les éventuelles carences. Quant à l’alcool, il augmente le risque de 9%.
«Il est recommandé, poursuit Pr Ounaissa, d’avoir -et de préserver- un IMC normal, d’être actif en optant pour une demi-heure de marche quotidienne et de suivre un régime nutritionnel riche en nutriments protecteurs. Il convient d’opter pour un régime alimentaire riche en fibres et en céréales complètes. Il faudrait aussi limiter la consommation des viandes rouges et ne pas dépasser les 500g par semaine. La consommation des viandes transformées dont la charcuterie, devrait être nulle. Il convient aussi d’éviter l’alcool et les compléments alimentaires préventifs des cancers».