180e anniversaire de l’abolition de l’esclavage : Stambeli au palais
C’était au sein du magnifique palais de Kassar Saïd dont on se demande pourquoi il n’est pas davantage exploité. On célébrait, au rythme du Stambeli, le 180e anniversaire de l’abolition de l’esclavage.
La Presse — Organisée par l’Association de la culture du Stambeli Sidi Ali Lasmar, et son dynamique directeur, Ryadh Zaouche, qui a su magnifiquement faire revivre cet art tunisien souvent occulté, la fête fut magnifique.
Au milieu des lambris séculaires, sous les somptueux plafonds peints à l’italienne, le son du gombri et des crotales convoquait l’Afrique profonde. Des pays du baobab et des palétuviers, le son lancinant du stambeli avait franchi les sables du désert, rythmant la marche des esclaves venus du Niger, du Tchad ou du Mali.
Quand fut proclamée l’abolition de l’esclavage— le décret original fut rapidement et exclusivement exposé lors de l’exposition «L’Eveil d’une nation»—, les anciens esclaves ne repartirent pas vers leurs pays d’origine, mais firent souche en Tunisie. Protégés par le bey, ils se regroupèrent en «diars», et l’on en comptait jusqu’à une quinzaine à l’époque.
Sidi Ali Lasmar, rue du Persan à Bab Jedid, est l’une d’entre elles, et une des dernières. Ryadh Zaouche a le mérite d’avoir structuré en association culturelle ce qui n’était qu’une confrérie, et d’avoir déposé un dossier de classement du Stambeli et de Sidi Ali Lasmar.
Régulièrement, il orchestre des événements très suivis : mouldia, kharja, châabania. Il invite pour cela les autres troupes de Stambeli, de Sfax, Tozeur ou Nefta. Et tous se retrouvent lors du pèlerinage de Sidi Ali El Mekki.
Pour cette célébration de l’abolition de l’esclavage, on avait vu grand, lui offrant le thème de «Danse de libération». La cérémonie commença par la projection d’un superbe documentaire intelligent, coloré, rythmé. Puis vinrent les différentes noubas et interprétations d’un orchestre bien rodé, et de danses de libération d’hommes et de femmes selon un rituel séculaire et immuable.
Ce qui était émouvant, c’est la fusion de jeunes et d’anciens, parfaitement en symbiose. Dans la salle, que l’on regrette de ne pas avoir vue plus remplie, les spectateurs accompagnaient les rythmes, n’hésitant pas, pour certains, de monter sur la scène.
Ceci laisse augurer de la pérennité de cet art.
Ceux qui ne sont pas venus ont dû le regretter.