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Tunisie : double déficit, double pression sur votre porte-monnaie

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  • 27 janvier 11:56
  • 4 min de lecture
Tunisie : double déficit, double pression sur votre porte-monnaie

La Tunisie traverse une crise économique qui risque de toucher directement le portefeuille des citoyens. Avec un déficit commercial de 13 % du PIB, soit 21,8 milliards de dinars, et un déficit budgétaire de 6 %, le pays se retrouve dans une situation de “double déficit” alarmante, explique l’économiste Larbi Benbouhali. Pour les familles, cela se traduit par un pouvoir d’achat en baisse, des prix qui grimpent et des emplois menacés.

Subventions gaspillées …

En effet, une grande partie des dépenses publiques va dans les subventions sur l’énergie et l’essence, qui, selon Benbouhali, sont très mal ciblées. “65 % des Tunisiens ne possèdent pas de voiture et n’ont donc pas besoin de subventions sur l’essence”, précise-t-il. Pourtant, ces aides profitent surtout aux secteurs touristiques et aux consommateurs étrangers, créant une illusion de prix bas tout en aggravant le déficit commercial.

L’économiste a ajouté qu’en 2026, le gouvernement prévoit de dépenser 10 milliards de dinars en subventions, dont la moitié serait considérée comme du gaspillage. “Ces fonds pourraient au contraire financer la construction d’hôpitaux, écoles et infrastructures de transport, améliorant directement la vie des citoyens”, a-t-il indiqué.

Sur un autre plan, il a précisé que la dépendance aux emprunts étrangers et les dépenses excessives ont des effets immédiats sur le quotidien des Tunisiens. “Le dinar s’affaiblit, l’inflation s’alimente, et les taux d’intérêt restent élevés. Résultat : votre argent perd de sa valeur, vos achats deviennent plus chers, et le coût de la vie continue d’augmenter”, a encore précisé Benbouhali.

Pour leur part, les réserves de change de la Banque centrale de Tunisie (BCT), actuellement équivalentes à 105 jours de dépenses, sont jugées insuffisantes par Benbouhali, qui estime qu’il faudrait au moins 150 jours pour garantir la stabilité économique. Les recettes provenant du tourisme et des transferts des Tunisiens expatriés sont déjà entièrement absorbées par le paiement de la dette et le déficit commercial.

Importations massives et dépendance énergétique

La situation internationale complique encore les choses. Les droits de douane élevés imposés par Donald Trump ont conduit à une augmentation des importations tunisiennes depuis la Chine (+20,2 %) et la Turquie (+14,8 %). Les produits bon marché venus de ces pays ont alimenté la consommation tunisienne, aggravant le déficit commercial.

En parallèle, les investissements européens en Tunisie ont crû de 27 % en 2025, mais principalement pour exploiter la main-d’œuvre locale à moindre coût. Cela a entraîné une augmentation des importations de matières premières et de produits semi-finis, renforçant la dépendance du pays aux importations et fragilisant encore l’économie.

Sur un autre plan, le déficit commercial chronique est également lié à des causes internes structurelles. La production de pétrole brut a diminué de 9 %, les exportations d’huile d’olive ont chuté de 30 %, et celles de phosphate ont baissé. Les exportations tunisiennes couvrent désormais 74,5 % des importations, contre 78,4 % en 2023.

Par ailleurs, 35 % de l’économie tunisienne est informelle, avec de la contrebande et des prix doubles pour certains produits importés, ce qui réduit encore les recettes fiscales. Pour les Tunisiens, cela se traduit par une économie moins stable, des emplois menacés, et un pouvoir d’achat qui stagne ou baisse malgré la croissance nominale annoncée.

Comment la Tunisie peut-elle inverser la tendance ?

Malgré ce tableau sombre, Benbouhali propose des solutions concrètes pour protéger le pouvoir d’achat et stabiliser l’économie. Il suggère notamment d’attirer 1 million de touristes chinois par an, de vendre et rénover des hôtels fermés avec des investisseurs chinois, et de mettre en place des swaps de devises avec la Chine et l’Algérie pour réduire le risque de change.

Sur le plan énergétique, il recommande des partenariats avec l’Algérie pour exploiter pétrole et gaz, et des contrats d’approvisionnement à long terme (off-take agreements) pour le phosphate avec la Chine, l’Indonésie et l’Inde, afin d’assurer un flux stable de devises et renforcer les réserves de change.

Pour Benbouhali, l’urgence est claire : sans réformes structurelles audacieuses et gestion efficace des subventions, la Tunisie risque de voir sa dépendance extérieure s’aggraver, avec des conséquences durables pour les citoyens et pour l’économie nationale.

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Auteur

La Presse

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