Outre la dimension socioéconomique d’un tourisme de proximité à «visage humain» et connecté à sa sa terre, sans occulter la sensibilisation à l’environnement, la santé figure au programme de cette douzième édition à travers un point dédié au dépistage du diabète (une prise de sang mesurant la glycémie) en présence de médecins et de nutritionnistes, distillant des conseils d’ordre diététique pour prévenir et se prémunir contre ce problème de santé publique.
La Presse — Loin des pâles clichés d’une station balnéaire méditerranéenne où le tourisme de masse souffle le chaud et le froid tant par ses impacts socioculturels qu’environnementaux, la cité d’Hammamet s’apprête à célébrer les 7 et 8 février la 12e édition de son festival des agrumes au pied de son «Borj» (le célèbre Fort d’Hammamet, Ndlr), sous le pilotage de la section locale de l’Association d’éducation relative à l’environnement (Aere-Hammamet).
«Hammamet n’est pas qu’une longue corniche de sable ponctuée de pizzerias et de bazars où l’on vend d’affreux petits chameaux en peau de lapin. Non, Hammamet c’est aussi une ville, des habitants, des métiers, des jardins, une culture, une identité, des savoir-faire et des traditions ancestrales», souligne Dr Salem Sahli, président de l’Aere-Hammamet.
Or plusieurs ignorent que le patrimoine agrumicole à Hammamet fait partie de l’ADN socioculturel local.
Le verger hammametois au centre du débat
«Depuis des siècles, des conditions naturelles favorables rencontrèrent une communauté paysanne active, entreprenante et rompue de vieille date aux techniques de l’arboriculture irriguée et principalement celle des citronniers et des orangers. Cette rencontre permit à un terroir de se constituer et de se développer dans le temps avec comme élément de base, le verger.
Les Ottomans et les Andalous installés à Hammamet au XVIe siècle contribuèrent aussi à la construction de ce patrimoine en apportant leur savoir-faire agricole», rappelle Dr Sahli. «Toutefois, les vergers agrumicoles encore en exploitation sont bien présents sur le territoire de Hammamet. Ils sont encore perçus par les habitants et les autorités locales et nationales comme une des composantes essentielles de l’identité hammamétoise qu’il convient de sauvegarder et de valoriser. Et l’on constate que des jeunes sont prêts à prendre la relève».
Initié en 2015 grâce au projet Remee (Redécouvrons ensemble les mémoires de l’eau en Méditerranée), financé par le programme Euromed, le festival s’inscrit dans le prolongement des initiatives de l’Association d’éducation relative à l’environnement d’Hammamet (Aere) pour la mise en valeur du patrimoine agrumicole de la ville.
«Nos différentes actions ont donné d’excellents résultats en termes de sensibilisation, de mobilisation et de réalisations concrètes sur le terrain : réalisation de plusieurs études sur le patrimoine de l’eau, organisation de chantiers de jeunes, conception et diffusion d’outils pédagogiques, aménagement de l’écomusée de l’orangeraie au sein du Centre culturel international d’Hammamet, etc.», ajoute le président de l’Aere-Hammamet.
«Il ne s’agit nullement de figer ou de sanctuariser un patrimoine, mais au contraire de le faire revivre sans passéisme, sans nostalgie et de l’arracher de la «pénombre de l’insignifiance» qui risque de le jeter définitivement dans l’oubli. Faire vivre le patrimoine agrumicole d’Hammamet, vivre de ce patrimoine et lui redonner ses lettres de noblesse, tel est en définitive le défi que l’Aere, et ses partenaires se proposent de relever».
21 tentes dédiées aux exposants et artisans
Côté logistique, grâce au soutien de ses différents sponsors et partenaires — la municipalité d’Hammamet, l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (Utap), la Direction régionale des affaires culturelles de Nabeul, le Centre culturel international d’Hammamet (Ccih), la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH), etc. — l’Aere-Hammamet met à la disposition des exposants et des artisans 21 tentes (5m X 5m) pour exhiber leurs produits de terroir entre saveurs et senteurs, sans oublier un grand chapiteau (9m X 12m) pour mettre en exergue la biodiversité agrumicole de la région ainsi que des ateliers de préparation de confitures et un concours du meilleur «cake» à l’orange.
«Notre festival contribue à la sensibilisation du large public, des jeunes et des visiteurs aux enjeux de la protection et de la valorisation du patrimoine agrumicole d’une ville de plus de 90.000 habitants dont le tissu économique traditionnel tourné vers la culture des agrumes est en voie de disparition», renchérit le président de l’Aere-Hammamet.
Ce rendez-vous annuel permet de toucher des milliers de personnes et offre aux agriculteurs, artisans et femmes rurales l’opportunité d’exposer et de vendre leurs produits, d’améliorer le revenu familial et de relancer les activités de production et de transformation agricole ainsi que des métiers artisanaux».
Des « show cookings » et des ateliers de dégustation
Par ailleurs, le volet culinaire sera au rendez-vous à travers des «show cookings» et des ateliers de dégustation animés par des professionnels des métiers de bouche.
La culture sera aussi au rendez-vous à travers plusieurs animations (ateliers de poterie et de dessin pour enfants), spectacles musicaux : un groupe de «soulamiya» (chant liturgique), le ballet d’Hammamet, la troupe musicale du chanteur Rayen Youssef, la troupe «Ashab el-Baroud» et un spectacle de folklore tunisien.
Outre la dimension socioéconomique d’un tourisme de proximité à «visage humain» et connecté à sa sa terre, sans occulter la sensibilisation à l’environnement, la santé figure au programme de cette douzième édition à travers un point dédié au dépistage du diabète (une prise de sang mesurant la glycémie) en présence de médecins et de nutritionnistes, distillant des conseils d’ordre diététique pour prévenir et se prémunir contre ce problème de santé publique.
Une offre « complémentaire » au tourisme balnéaire
«L’impact le plus important de ce festival est sans conteste la promotion d’un autre produit touristique local complémentaire du tourisme balnéaire. Tourisme culturel, agricole, rural, écotourisme. Les appellations pullulent, mais toutes renvoient à un concept de tourisme alternatif (porté vers d’autres solutions possibles) qui s’oppose au concept de tourisme industriel, un concept qui renoue avec le sens des limites», précise Dr Salem Sahli.
«Un tourisme «doux» plus proche de l’environnement, un tourisme à visage humain, plus curieux et respectueux des traditions locales et qui tient compte des populations, de leurs modes de vie et des répercussions des projets sur leur territoire. Le défi peut paraître grand, mais plus il est grand, plus la victoire est belle», conclut-il
Voici donc un festival qui, par ses multiples impacts (sociaux, culturels, économiques et environnementaux) adhère parfaitement à une démarche de développement local durable et de sauvegarde d’un patrimoine agrumicole menacé par un urbanisme galopant et une activité anthropique au service d’un tourisme de masse agonisant.