Investissements directs étrangers en Tunisie : Comment redevenir la success story de la rive sud ?
En 2026, la Tunisie ne se contente plus d’attirer des capitaux : elle cherche à redéfinir son positionnement économique. Transition énergétique, montée en gamme industrielle et réformes structurelles forment le socle d’une nouvelle stratégie d’attractivité, pensée pour convaincre des investisseurs plus exigeants et inscrire la croissance dans la durée.
La Presse — Alors que l’économie mondiale cherche ses nouveaux pôles de stabilité, la Tunisie affiche une ambition de doubler ses investissements directs étrangers (IDE) pour atteindre 4 milliards de dinars cette année.
Le pays ne doit plus se contenter de gérer l’existant. Entre transition énergétique, offensive numérique et refonte fiscale, l’on s’emploie à transformer le site Tunisie en hub incontournable de la Méditerranée.
Produire vert et intelligent
En 2026, le moteur de l’attractivité tunisienne n’est plus seulement le bas coût de la main-d’œuvre, mais sa capacité à produire vert et intelligent. Le secteur des énergies renouvelables capte désormais près de 28 % des intentions d’investissement, selon des chiffres officiels.
Le lancement imminent du projet d’interconnexion électrique «Elmed» avec l’Italie positionne le pays comme une pile électrique pour l’Europe.
L’objectif est clair : passer d’une sous-traitance basique à une intégration locale forte. Dans l’automobile, Tunis vise un taux d’intégration de 55 %, contre 40 % auparavant, attirant des géants de l’électronique et des composants pour véhicules électriques.
Trois leviers majeurs
L’investisseur de 2026 est volatil. Il exige de la clarté et de la rapidité. Le gouvernement semble l’avoir compris en activant trois leviers majeurs, à commencer par la digitalisation fiscale. La Loi de Finances 2026 impose la facturation électronique généralisée. Si la mesure vise à réduire l’informel, elle offre surtout aux entreprises étrangères un cadre de transparence conforme aux standards internationaux.
Dans la même optique, le lancement d’une marque économique nationale et d’une Carte Nationale de l’Investissement permet désormais de diriger les flux vers les régions intérieures, offrant des incitations sur-mesure pour le textile technique ou l’agroalimentaire.
Il y a aussi la réforme du Code de l’Investissement où la priorité est donnée à la réduction des délais d’octroi des autorisations, un point noir historique que la TIA (Tunisian Investment Authority) tente de gommer via sa plateforme unique.
Entre concurrence et stabilité
Malgré cet optimisme, le chemin reste semé d’embûches. La concurrence régionale est féroce, notamment avec le Maroc et l’Égypte qui chassent sur les mêmes terres. «Le défi de 2026 ne sera pas seulement de mobiliser les fonds, mais de s’assurer que chaque dinar investi génère la croissance et les emplois promis», s’accordent à dire divers économistes tunisiens et étrangers.
Le climat des affaires reste suspendu à la capacité de l’État à garantir une saine concurrence et à fluidifier un régime de change jugé encore trop rigide par les institutions internationales comme la Berd.
Pour de nombreux analystes, la Tunisie joue en 2026 sa crédibilité à long terme. Sa proximité géographique avec l’Europe, couplée à une main-d’œuvre hautement qualifiée dans les métiers de l’ingénierie et de la santé numérique, constitue un avantage comparatif indéniable. Si les réformes structurelles de 2025 (loi de finances, code minier) portent leurs fruits, la Tunisie pourrait bien redevenir la «success story» de la rive sud.