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L’assurance vie, complément indispensable face à la fragilité du système de retraite tunisien

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  • 29 janvier 22:18
  • 8 min de lecture
L’assurance vie, complément indispensable face à la fragilité du système de retraite tunisien

Face à des pensions de retraite largement insuffisantes et un système de sécurité sociale à bout de souffle, l’assurance vie s’impose comme un mécanisme complémentaire incontournable pour les travailleurs tunisiens.

Lors d’un panel organisé dans le cadre du 40ᵉ anniversaire de Hayett Assurances le 29 janvier 2026 à Tunis, experts et responsables ont souligné l’urgence de démocratiser cet outil de protection sociale, tout en appelant à une réforme structurelle des régimes de retraite.

Le panel intitulé « L’assurance vie : levier de protection et de cohésion sociale » a réuni Jamil Rihane, directeur général adjoint de Hayett Assurances, Hafedh Lâamouri, ancien ministre des affaires sociales, Hedi Dahmen, expert auprès des tribunaux en sécurité sociale, et Jouda Khemiri, présidente du Comité général des assurances.

Le directeur général de HayettAssurances, Lotfi Ben Haj Kacem, a ouvert l’événement en soulignant que l’assurance vie remplit une fonction déterminante qui transcende les seuls indicateurs financiers.

D’un point de vue économique, elle alimente le circuit de financement national et canalise l’épargne sur la durée. D’un point de vue sociétal, elle offre une couverture aux foyers, garantit l’avenir de la progéniture et resserre les liens de solidarité intergénérationnelle.

Un mécanisme d’épargne aux multiples dimensions sociales

La présidente du Comité général des assurances a rappelé que l’assurance vie dépasse largement son seul rôle de régime complémentaire par rapport à la sécurité sociale.

Il s’agit avant tout d’un mécanisme d’épargne permettant au petit épargnant d’accumuler de petites sommes dans le cadre d’un plan d’investissement. L’assurance collective constitue un dispositif particulièrement adapté aux tranches sociales salariées, offrant un service immédiat et automatique dès la déclaration de décès.

Jouda Khemiri a aussi insisté sur la dimension sociale du produit, notamment la possibilité pour le client de désigner librement les bénéficiaires avec une répartition du capital indépendante des règles d’héritage, ce qui permet de régler certains problèmes successoraux.

Elle a en outre souligné que le secteur bénéficie d’un cadre juridique clair et exhaustif, notamment grâce au règlement numéro 1 de 2016 qui détaille avec précision les garanties d’assurance vie.

Concernant les avantages fiscaux, elle a évoqué les prestations liées aux contrats collectifs souscrits par les employeurs, mentionnant des plafonds de 100.000 et 150.000 dinars.

Elle a toutefois regretté que la conjoncture actuelle ne permette pas d’envisager rapidement de nouveaux avantages fiscaux pour encourager davantage les contrats collectifs.

La présidente du CGA a insisté sur l’importance d’avoir des produits d’assurance bien assimilés, inclusifs et adaptés, soulignant que l’assurance vie étant un engagement à long terme, elle nécessite un dispositif de protection des assurés efficace ainsi qu’une autorité de contrôle jouant pleinement son rôle.

Elle a conclu en évoquant l’importance de l’éducation en matière d’assurance, qui doit toucher aussi bien les assurés que les sociétés d’assurance elles-mêmes.

L’assurance complémentaire, une obligation face à des pensions dérisoires

L’ancien ministre des affaires sociales a présenté un constat alarmant sur l’état des pensions de retraite en Tunisie. S’exprimant en tant que docteur d’État en droit du travail et de la sécurité sociale et ancien PDG de la CNSS entre 2011 et 2024, il a affirmé que le complément de retraite est devenu une obligation dans le contexte de la réforme de la sécurité sociale.

Les chiffres qu’il a présentés sont éloquents : 56% des pensionnés du secteur privé perçoivent une pension annuelle de 5.000 dinars ou moins. Le ministère des finances lui a communiqué un chiffre encore plus révélateur : 75% des retraités de la CNSS sont exonérés de la première tranche de l’impôt sur le revenu, ce qui signifie qu’ils ne dépassent pas 5.000 dinars annuels, soit un maximum de 480 dinars mensuels.

Hafedh Lâamouri a expliqué que la seule retraite complémentaire proposée par la CNSS repose sur l’adhésion de l’entreprise avec une cotisation supplémentaire de 9%, dont 6% à la charge de l’employeur et 3% pour l’employé.

Cependant, ce système est bloqué depuis des années, avec un prix du point de retraite figé à 341 millimes. Face à cette situation décourageante, de nombreuses entreprises se tournent vers les compagnies d’assurance privées pour proposer des retraites complémentaires à leurs employés.

L’ancien ministre a également évoqué la situation du secteur public, où les salaires et pensions sont écrasés, rendant obligatoire le recours à une assurance complémentaire.

Il a insisté sur le fait que l’assurance retraite complémentaire n’est pas optionnelle mais constitue une obligation absolue, car il est impossible de se contenter de la pension de la CNSS qui permet à peine de survivre.

Il a rappelé que les régimes de retraite visent théoriquement un taux de remplacement de 80 à 90%, objectif qui n’est plus atteignable aujourd’hui.

Il a conclu en affirmant qu’une augmentation unifiée et indexée des pensions pour tous constitue une nécessité dans le cadre de toute réforme.

Un complément nécessaire mais non substitut à une réforme structurelle

L’expert auprès des tribunaux en sécurité sociale a abordé la question sous l’angle des conventions collectives et du dialogue social, rappelant que l’assurance vie figure aux articles 55 et 87 des conventions sectorielles des assurances et du secteur bancaire.

Il s’est interrogé sur la nature de l’assurance vie : s’agit-il d’une nécessité, d’un complément, d’un substitut ou d’une alternative au système de sécurité sociale ? Hedi Dahmen a dressé un diagnostic sévère du système actuel, soulignant l’absence de politique salariale unifiée et l’existence de multiples systèmes de rémunération et de sécurité sociale contradictoires entre secteur privé et secteur public.

Il a rappelé que le système de retraite complémentaire de la CNSS n’a pas évolué depuis 2020, le conseil d’administration de la CNSS étant seul habilité à modifier la pension complémentaire.

L’expert a mis en lumière un clivage majeur entre les deux secteurs : la pension moyenne dans le secteur public gérée par la CNRPS s’élève à 1.546 dinars par mois, tandis que celle du secteur privé n’atteint que 640 dinars mensuels.

Cette différence résulte du système de péréquation jugé généreux dans le public contre un système d’indexation dans le privé qui dépend du bon vouloir des gouvernants.

Pour Hedi Dahmen, l’assurance vie ne constitue pas une alternative à la réforme du système de sécurité sociale mais un complément, bien qu’obligatoire en l’absence d’une politique salariale motivante et équitable.

Il a souligné qu’en l’absence d’augmentations salariales significatives, la Tunisie fait face à une réalité d’immigration et de fuite des compétences.

Il a qualifié de systèmes usés ces dispositifs créés dans les années 1960 et jamais réformés en profondeur.

L’expert a insisté sur l’impératif de reformer structurellement le système de sécurité sociale et de connecter d’autres systèmes facultatifs dans un cadre de concertation entre partenaires sociaux.

Démocratiser l’assurance vie par la proximité et l’innovation

Pour sa part , Jamil Rihane, directeur général adjoint de Hayett Assurances a rappelé que l’assurance vie constitue avant tout une protection des individus et des familles contre les aléas de la vie, la perte de revenus et la perte d’autonomie.

Il a souligné la spécificité de l’assurance vie en matière successorale : en cas de décès, le capital versé aux bénéficiaires désignés ne rentre pas dans le cadre de la succession, permettant ainsi de gérer les conflits d’héritage.

Jamil Rihane a identifié le principal défi du secteur : sortir l’assurance vie de son caractère de privilège réservé aux professions libérales et aux salariés à hauts revenus. Cette perception crée une décompensation sociale entre ceux qui peuvent épargner et les autres.

La mission de Hayett consiste donc à démocratiser l’assurance vie à travers trois leviers stratégiques. Le premier levier repose sur la création de solutions adaptées à toutes les situations, qu’il s’agisse de personnes indépendantes, salariées ou retraitées.

Le deuxième levier concerne la proximité et l’accessibilité, grâce à une implantation régionale du réseau de distribution. La bancassurance constitue un élément stratégique permettant de toucher une large palette de clients aux profils différents.

Hayett s’appuie également sur la microfinance, qui permet l’inclusion financière de populations marginalisées aux revenus instables, notamment les travailleurs indépendants.

Le troisième levier porte sur la simplicité et la compréhension des solutions proposées. Hayett investit massivement dans la formation de ses réseaux de distribution pour proposer des solutions simples et efficaces.

L’entreprise vise à toucher le maximum d’individus avec des solutions de protection offrant des contributions adaptées à la capacité financière des clients.

Elle mise particulièrement sur l’éducation avec des produits orientés vers les bourses d’études, consciente du coût croissant des études en Tunisie et du développement des études à l’étranger.

L’innovation occupe une place centrale dans la stratégie, tant sur le plan technologique que produits, pour rapprocher l’entreprise de sa clientèle et renforcer la confiance des Tunisiens envers leur assureur.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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