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Les entreprises tunisiennes entre résilience et frilosité : La prudence stratégique l’emporte sur l’innovation

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  • 29 janvier 18:15
  • 4 min de lecture
Les entreprises tunisiennes entre résilience et frilosité : La prudence stratégique l’emporte sur l’innovation

Malgré une résilience confirmée et des objectifs de rentabilité largement atteints, les entreprises tunisiennes privilégient encore la consolidation et la sécurité au détriment de l’innovation, freinées par des contraintes persistantes.

La Presse — Bien que conscientes de son importance et de son impact vertueux, les entreprises tunisiennes ne placent pas l’investissement dans l’innovation parmi leurs priorités, du moins à court et moyen termes. Elles privilégient davantage des investissements jugés plus sûrs.

Ce constat est corroboré par les résultats d’une enquête de perception managériale récemment publiée par l’Iace.Réalisée en 2025 auprès de 50 CEO tunisiens issus de secteurs diversifiés, cette étude poursuit un double objectif : disposer d’un diagnostic actualisé des perceptions managériales et établir une comparaison avec les comportements d’entreprises évoluant dans des économies émergentes confrontées à des contraintes similaires. 

L’enquête vise, en somme, à évaluer la viabilité des modèles économiques des entreprises — en termes de résilience et de durabilité—, à analyser l’arbitrage entre consolidation et transformation, et à identifier les contraintes institutionnelles et structurelles.

Une résilience confirmée 

Les résultats mettent en évidence un paradoxe : un certain optimisme quant à la capacité des entreprises à pérenniser leurs activités et à atteindre leurs objectifs, mais aussi de nombreuses interrogations sur les freins réels à leur engagement dans des transformations disruptives. En 2024, il ressort que 62 % des entreprises déclarent avoir atteint leurs objectifs de rentabilité.

Toutefois, leurs investissements restent majoritairement orientés vers le remplacement d’équipements amortis (46 %) et l’extension du périmètre existant (33 %), tandis que l’innovation et la diversification ne captent respectivement que 12 % et 9 % des budgets. «Cela témoigne d’une résilience notable face à un environnement institutionnel instable.

Toutefois, cette solidité s’accompagne d’une dynamique de croissance prudente, centrée sur la consolidation des actifs existants plutôt que sur l’expansion stratégique ou l’innovation disruptive.  Les investissements des entreprises tunisiennes restent fortement orientés vers la gestion des actifs et la continuité opérationnelle », souligne l’étude.

Selon le document, la variabilité du cadre réglementaire, les délais administratifs et la concurrence informelle, qui réduisent l’incitation à prendre des risques dans des projets innovants ou disruptifs, constituent les principaux freins à une croissance plus audacieuse. L’accès limité au financement représente, de son côté, un obstacle majeur pour 27 % des CEO interrogés.

Au-delà du cadre réglementaire, l’enquête met en lumière plusieurs vulnérabilités structurelles considérées comme des freins à l’expansion et à la transformation productive des entreprises tunisiennes. Les dirigeants pointent notamment une capacité d’innovation limitée (31 %), imputée, entre autres, à l’insuffisante articulation entre la recherche scientifique et le tissu industriel, ainsi qu’à l’absence de dispositifs d’incitation ciblés et cohérents; une concurrence informelle particulièrement élevée (44 %); et des contraintes récurrentes d’accès au financement (27 %), en particulier pour les projets innovants, émergents ou à profil de risque élevé.

«Ces défis s’inscrivent dans un environnement institutionnel marqué par des fragilités réglementaires persistantes, une faible prévisibilité des règles et des réformes partielles difficiles à anticiper, ce qui complique la planification stratégique à moyen et long termes », ajoute l’étude.

Une prudence qui peut coûter cher 

L’Institut souligne, à cet égard, que cette combinaison de facteurs explique pourquoi les entreprises privilégient naturellement la sécurisation des marges, la continuité opérationnelle et une gestion prudente de la trésorerie, au détriment de l’investissement dans l’innovation ou la diversification.

Il s’agit, selon l’étude, d’une stratégie de résilience rationnelle à court terme, mais qui a des effets macroéconomiques significatifs: elle tend à ralentir la montée en gamme technologique, limite la capacité à se positionner sur des segments à plus forte valeur ajoutée et retarde l’intégration dans des chaînes de valeur compétitives aux niveaux régional et international.

«La durabilité de la croissance future dépendra largement de la capacité des autorités publiques à sécuriser un cadre réglementaire stable, à réduire les frictions administratives, à développer des mécanismes de financement productif adaptés au risque et à instaurer un environnement favorable à l’innovation », souligne le document.

Par ailleurs, l’étude confirme que la trajectoire d’expansion et d’innovation demeure entravée par une incertitude réglementaire persistante, des frictions administratives et fiscales, ainsi que par des vulnérabilités structurelles. Elle insiste sur le fait que la transformation des entreprises tunisiennes reste étroitement conditionnée par la stabilité et la prévisibilité des règles institutionnelles.

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Auteur

Marwa Saidi

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