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Vient de paraitre – Tunis Arcana de Sofiane Ben M’rad : Là où l’Histoire devient fiction

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  • 29 janvier 19:15
  • 7 min de lecture
Vient de paraitre – Tunis Arcana de Sofiane Ben M’rad : Là où l’Histoire devient fiction

L’auteur, aux multiples talents, a été journaliste, publicitaire et réalisateur de documentaires. Il a écrit ce livre sur environ trois ans, lors de son séjour au Mali.

La Presse — Tunis Arcana, paru aux éditions Sikelli, est le premier roman de Sofiane Ben M’rad. C’est un thriller historique plein de rebondissements qui gardent le lecteur en haleine. L’auteur, aux multiples talents, a été journaliste, publicitaire et réalisateur de documentaires. Il a écrit ce livre sur environ trois ans, lors de son séjour au Mali.

Avant même le début du premier chapitre, la toute première scène de  Tunis Arcana nous décrit le comte de Saint-Germain qui subit une séance de psychométrie au château de Dramstadt. Il se livre à ce rituel, au risque de sa vie, afin de localiser un objet d’une grande valeur et la réponse est « Tunis ». L’auteur ne dévoile pas plus de détails, ce qui installe le suspense dès la toute première page.

De l’Allemagne au passé, il nous ramène à la Libye au présent, puis au passé de nouveau, plus particulièrement la Tunisie à l’ère des Beys Husseinites. Ce sont eux, en fait, les gardiens du grand secret.  « Peut-être que Tunis est le début de tout », écrit Ben M’rad plus tard dans le roman. Le premier chapitre commence avec Slim Ben Raïs qui raconte à ses compagnons de route un long récit dont le début se situe à l’aube du XIXe siècle. 

Peu à peu, toute l’intrigue prend la forme d’une chasse au trésor afin de récupérer « cet objet que des rois, des sultans, des chevaliers et des sociétés secrètes menaient des guerres et des complots diaboliques pour s’en emparer », écrit Sofiane Ben M’rad.  Afin de s’approprier ce trésor dont la nature ne sera précisée qu’au bout d’une centaine de pages, plusieurs organismes hermétiques s’affrontent : les Hesses, chefs de l’ordre des Illuminati de toutes les nations, les francs-maçons, les confréries soufies, la compagnie de Jésus et même les moines du Tibet.

Tout en étant ancré dans l’histoire de la Tunisie, l’univers de Sofiane Ben M’rad  rappelle subtilement les écrits de Dan Brown. Un labyrinthe d’énigmes cryptographiques, de codes et de symboles se déploie au fil des 400 pages. Des horreurs, des intrigues et des complots se tissent de la mosquée de la Zitouna au palais de la Rose à La Manouba, en passant par le marché des esclaves, les zaouias, Dar Jouad, la Hafsia, el Marr et d’autres coins mythiques de la capitale et allant jusqu’à Testour, Marseille, Paris, Rome et plus loin encore.

Des alliances se nouent et d’autres se défont. Tous les chapitres apportaient donc leurs lots de mystères et de découvertes. Chaque parole et chaque geste pouvaient avoir des effets dramatiques. Il y a, en effet, des événements «  dont les conséquences dépassent toute prévision » et  « il suffit d’un souffle, d’un infime faux pas pour que l’équilibre se rompe ».

La note de l’auteur souligne que « la plupart des personnages sont imaginaires », ce qui nous laisse déduire que d’autres sont bien vrais. En effet, le contexte historique est déterminant vu la chronologie des événements qui accompagnent l’avancement du récit. Trois protagonistes tunisiens sont en plein cœur de l’action : Le Bach-hamba Ben Ammar, El Fellaini et le prince Jalel Raouf.

Des personnages, que rien en apparence ne prédestinait à se croiser, se sont aussi rencontrés à Tunis : Vittek, franc-maçon de haut grade et de longue date, le Sorrentin Mariano Stinka, Armand l’espion français, Uzzün la Circacienne… L’écrivain  a également intégré des figures historiques, « des noms qu’il ramenait à la vie, les sortant comme un enchanteur d’un chapeau magique tout au long de son récit ». On retrouve alors Hammouda Pacha et son confident Youssef Saheb Ettabaâ, Slimane Kahia, Othmane Bey et ses fils, Sidi Brahim er-Riahi et bien d’autres.

Ces personnages ne sont pas à classifier en anges et en démons. Même ceux qui ont pris goût au crime, étant exposés à la potence  en cas d’échec de leur mission, gardent une fragilité humaine insoupçonnée. L’amour, « cet intrus insaisissable », a rapproché les cœurs du bourreau impitoyable et la jeune juive, l’espion redoutable et sa femme de ménage.

L’auteur devinait l’impatience du lecteur. Tahar qui écoute le récit de Ben Raïs ne peut s’empêcher de l’interrompre à chaque fois, et la réponse était toujours « chaque chose en son temps ». Il donnait tout de même des indices à son compagnon, et, à travers lui, au lecteur pour captiver son attention. « Parfois la lecture des événements laisse supposer qu’il n’existe aucun lien entre eux », dit-il.  Il fallait aussi saisir « qu’aucun personnage n’était superflu ».

L’intrigue essentielle qui sert de fil conducteur est celle de la quête du « trésor », avec la rivalité des loges secrètes qui se poursuit et ne se dénoue qu’à la fin. L’auteur a également fait bifurquer des axes secondaires, dont certains sont ouverts et aussitôt clos au sein d’un seul et même chapitre, ce qui détend la pression dramatique temporairement. La description vivante et détaillée des personnages, des lieux, des scènes de combat et des autres confrontations permet à chaque lecteur d’imaginer sa propre mise en scène du récit. Le livre reconstruit, en effet, Tunis au début du XIXe siècle avec ses coutumes, ses monuments et ses paysages. On y retrouve la fabrication de la chéchia, le brouhaha des souks, les sefsaris, les braséros. Certaines appellations et expressions sont maintenues en dialecte tunisien, comme Tijani Laaouar dit le Borgne ou encore « Bel kelma », le kandil, la takrita.

Les légendes occidentales des templiers, les loges de francs-maçons, l’ordre isotérique des Baktaschis et d’autres sociétés secrètes se sont donc greffés sur des faits véridiques vérifiables et semblent même les manœuvrer en coulisses. Un travail de recherche minutieux est perceptible avec des dates exactes. Les frontières entre la réalité et la fiction sont tellement brouillées que le lecteur s’y perd.

Au final, « l’histoire prend des libertés malgré elle et appartient à celui qui l’écrit », comme souligne Ben Raïs le conteur. Certains mystères ont été élucidés à la fin, d’autres persistent. Certains nécessiteraient peut-être plus d’éclaircissement de la part de l’auteur. Une séance de présentation de Tunis Arcana se tiendra samedi 31 janvier au palais Ahmed Bey à La Marsa. Le choix du lieu s’accorde parfaitement avec le contenu du livre. Ce sera l’occasion d’échanger avec l’auteur et de mieux comprendre les secrets de l’histoire encore non déchiffrés.

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Auteur

Amal BOU OUNI

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