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Facturation électronique : Pour une transition progressive et inclusive

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  • 30 janvier 19:00
  • 6 min de lecture
Facturation électronique : Pour une transition progressive et inclusive

La généralisation de la facturation électronique en Tunisie suscite le débat, entre volonté de moderniser le système fiscal et inquiétudes des entreprises face aux contraintes techniques, aux délais de mise en œuvre et aux coûts d’adaptation. Présentée comme un levier de transparence, de productivité et de lutte contre l’économie informelle, cette réforme soulève toutefois des interrogations légitimes quant à sa capacité à être déployée de manière progressive, inclusive et équitable.

La Presse — La généralisation de la facturation électronique peut constituer un levier majeur d’amélioration de la productivité des entreprises tunisiennes.

Comme l’a souligné Faten Baatout, expert-comptable, vice-présidente de la Compagnie des Comptables de Tunisie et membre du comité exécutif de l’Union Tunisienne de la Profession (UTP), cette transition s’inscrit dans une dynamique de modernisation des pratiques de gestion.

Un levier de productivité et de modernisation

Elle permet, avant tout, de substituer les factures papier par des formats numériques normalisés, ce qui contribue à réduire de manière significative les coûts opérationnels liés à l’impression, à l’envoi postal, au stockage physique et à l’archivage des documents.

Par ailleurs, la dématérialisation des factures favorise une plus grande fluidité des échanges entre les entreprises et leurs partenaires, tout en raccourcissant les cycles de facturation et de paiement.

Cette évolution a, de ce fait, un impact direct et positif sur l’amélioration des flux de trésorerie, renforçant ainsi la performance financière et la capacité d’anticipation des entreprises.

Sur le plan comptable, l’automatisation des processus financiers rendue possible par la facturation électronique permet de limiter considérablement les saisies manuelles et, par conséquent, de réduire les risques d’erreurs, de doublons ou de fraudes internes.

Comme l’a déclaré Faten Baatout, « la dématérialisation sécurise les opérations comptables et fiabilise l’information financière dès son émission ».

Elle a ajouté que cette évolution facilite l’intégration des flux de facturation avec les systèmes de gestion existants, notamment les ERP et les logiciels comptables, offrant ainsi un suivi en temps réel des transactions.

Cette meilleure visibilité permet une planification financière plus rigoureuse et une prise de décision plus rapide et plus fiable.

Par ailleurs, le gain de temps administratif généré par l’automatisation libère des ressources humaines qui peuvent se consacrer davantage à des missions à plus forte valeur ajoutée, telles que l’analyse financière, la gestion stratégique ou encore le développement commercial.

Sur le plan fiscal, la facturation électronique renforce de manière notable la transparence et la traçabilité des transactions économiques. La transmission électronique des données à l’administration fiscale améliore le contrôle des opérations, réduit les possibilités de dissimulation de revenus et contribue efficacement à la lutte contre l’économie informelle et l’évasion fiscale.

Faten Baatout a souligné que « la qualité et la fiabilité des données fiscales constituent un prérequis essentiel à toute réforme fiscale crédible ». Elle a également signalé que la centralisation des informations facilite les contrôles, les croisements de données et l’élaboration de politiques fiscales plus efficientes.

À ce titre, elle estime que cette transparence accrue favorise, à terme, l’élargissement de l’assiette fiscale sans alourdir la pression sur les entreprises conformes, tout en renforçant la confiance entre l’État et les contribuables et en contribuant à instaurer un environnement économique plus équitable, plus prévisible et plus attractif pour l’investissement.

Principaux obstacles financiers

Cependant, les principaux obstacles à l’adoption de la facturation électronique résident, en premier lieu, dans le coût initial des solutions numériques.

L’acquisition de logiciels adaptés, la mise à niveau des systèmes d’information et, dans certains cas, l’achat d’équipements informatiques supplémentaires constituent une contrainte significative, en particulier pour les PME dont les ressources financières restent limitées.

À cela s’ajoutent le manque d’infrastructures informatiques adéquates dans certaines régions ainsi que l’insuffisance des compétences digitales et comptables nécessaires pour exploiter pleinement ces outils.

Selon Faten Baatout, « la fracture numérique demeure une réalité qu’il faut intégrer dans toute stratégie de généralisation ».

Par ailleurs, des facteurs organisationnels et culturels freinent également cette transition. La résistance au changement, la crainte d’une complexité accrue des procédures ou d’un contrôle fiscal plus strict, ainsi que la méconnaissance des bénéfices concrets de la dématérialisation constituent autant de barrières, notamment pour les petites structures et les entreprises opérant partiellement dans l’informel.

Elle a toutefois ajouté que ces freins ne sont pas insurmontables et peuvent être levés grâce à des mesures d’accompagnement ciblées et coordonnées.

Dans ce cadre, des incitations financières, telles que des subventions, des crédits d’impôt ou des tarifs préférentiels à destination des PME, permettraient d’alléger le coût d’entrée.

Le développement de solutions technologiques simples, standardisées et à coût réduit, ainsi que la mise en place de plateformes publiques ou mutualisées, faciliterait l’accès à la facturation électronique pour l’ensemble du tissu économique.

L’impératif d’un cadre réglementaire clair

En parallèle, des programmes de formation et de sensibilisation destinés aux dirigeants, aux comptables et aux employés sont indispensables afin de renforcer les compétences numériques et de favoriser l’appropriation effective des nouveaux outils.

Enfin, l’instauration d’un cadre réglementaire clair, progressif et bien communiqué, assorti d’un calendrier de mise en œuvre réaliste, contribue à instaurer un climat de confiance et à encourager une adoption durable.

La facturation électronique peut ainsi jouer un rôle stratégique majeur dans la modernisation de l’économie tunisienne.

Elle s’inscrit pleinement dans une dynamique globale de transformation digitale, modernise les pratiques commerciales, comptables et fiscales et contribue à la formalisation de l’économie ainsi qu’à la réduction de l’informel, un enjeu central pour la Tunisie.

Pour Faten Baatout, « la généralisation de la facturation électronique renforce l’attractivité du pays et aligne la Tunisie sur les standards internationaux de gouvernance financière ».

Elle a également estimé que cette évolution offre un environnement des affaires plus transparent, plus fiable et mieux adapté aux exigences des investisseurs étrangers.

Par ailleurs, cette transformation contribue à améliorer la compétitivité des entreprises tunisiennes à l’international, en réduisant les coûts administratifs, en accélérant les échanges commerciaux et en améliorant la qualité de l’information financière.

Elle facilite les opérations transfrontalières, renforce la confiance des partenaires étrangers et permet aux entreprises tunisiennes de mieux répondre aux exigences des marchés internationaux.

A long terme, la facturation électronique apparaît ainsi comme un outil structurant pour accompagner la transition vers une économie numérique plus transparente, plus performante et mieux intégrée à l’économie mondiale.

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Auteur

Sabrine AHMED

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