L’enseignement des adultes à l’épreuve des données statistiques fiables : Apprendre autrement !
On avait déjà initié la lutte contre l’analphabétisme dès les années post-indépendance, avant même de l’inscrire dans un programme national d’éducation des adultes, lancé il y a maintenant un quart de siècle. Et pourtant, le bilan semble encore peu reluisant.
La Presse — Aujourd’hui, on reparle de la même question, avec autant de pragmatisme et clairvoyance, dans l’objectif de constituer une base de données chiffrées, servant d’outil de travail et d’indicateur d’évaluation. Il est temps de faire son autocritique et remettre le système d’alphabétisation sur le tapis, et ce, en prélude au 6e rapport de l’Unesco sur l’éducation des adultes, dont la publication aura lieu l’année prochaine.
La réalité en dit long !
La tenue, hier à Tunis, d’un atelier régional, intitulé « de meilleures données pour améliorer la gouvernance et les politiques en matière d’apprentissage et d’éducation des adultes dans les pays arabes », conjointement par DVV international (confédération allemande œuvrant dans le domaine) et l’Institut de l’Unesco pour l’apprentissage tout au long de la vie (UIL), intervient au moment où l’éducation pour adultes dans le monde arabe manque de stratégie de gestion, de vision et encore de décision. Et la réalité en dit long sur un état des lieux qui laisse à désirer.
Les participants à cet atelier, représentant 12 pays arabes dont la Tunisie, étaient, alors, en conclave, sous nos cieux, depuis mercredi, se penchant ainsi sur le devenir du secteur et la nécessité d’y penser autrement.
Cala dit, l’aborder dans une logique cartésienne, sous un angle quantitatif et qualitatif, faisant de l’éducation des adultes un enjeu du savoir et du changement sociétal.
Soit remettre les pendules à l’heure, d’autant que la donne a changé et que le niveau d’enseignement a de plus en plus régressé. A défaut de statistiques, on ne peut guère faire le point de la situation.
Par où commencer? Comment peut-on améliorer notre système d’éducation, sans se référer à des informations fiables et des données chiffrées? Quels axes de réforme doit-on engager en priorité ? Ainsi s’interroge Esther Hirsch, directrice par intérim du DVV International.
« Sans le nombre d’apprenants, ni celui d’enseignants, en l’absence des rapports nationaux sur l’état d’avancement du processus d’éducation, on n’aura pas la capacité de mobiliser les moyens d’investissement nécessaires à son évolution », souligne-t-elle.
Et d’ajouter que ce secteur a besoin d’un nouveau cadre organisationnel qui soit basé sur des données fiables, servant de document de référence pour élaborer les stratégies et les politiques de promotion et du développement propres à chaque pays.
Cela pourrait aider à concevoir une vision lucide, censée tracer les contours de l’avenir du secteur. « On voudrait tous collaborer, au cours de cet atelier, pour renforcer nos capacités de gestion des données et la réflexion sur des opportunités d’investissement, à même d’améliorer nos savoir-faire et nos politiques de gouvernance en la matière.
Ce sont là autant de défis auxquels font face, aujourd’hui, les différents pays arabes participants », révèle Isabell Kempf, directrice de l’UIL.
Le défi numérique
Pour en savoir plus, elle a jugé nécessaire d’exposer les expériences arabes dans ce domaine, afin d’en tirer les enseignements requis.
Qualifiée, à l’époque, de pionnière à l’échelle arabe et africaine, notre expérience a du mal à arriver à bon port. Elle n’a pas, encore, réussi à gagner l’enjeu du savoir.
A l’ère du numérique, ce système d’éducation spécifique est appelé à se réinventer pour mieux résister, dans une approche d’apprentissage tout au long de la vie. « Avec un taux général d’analphabétisme dans les pays arabes estimé à 25%, la prise de décision sur des données statistiques plus fiables et transparentes serait la clé de voûte du développement de l’éducation des adultes », estime Samah Chelbi, représentante de l’Institut de l’Unicef (UIL).
Evoquant l’expérience tunisienne, Abdelbasset Belhassan, président de l’IADH (Institut arabe des droits de l’homme), avait déclaré que notre pays connait un taux national d’analphabétisme toujours en hausse, situé actuellement à 17%.
« Cet état des lieux stagnant exige l’adoption du système d’apprentissage tout au long de la vie, basé sur une législation appropriée et des politiques publiques dans le cadre d’un contrat social favorisant la promotion du capital humain et l’aidant à développer ses capacités dans plusieurs domaines ».
Du reste, il convient de capitaliser sur les expériences acquises, tout en mettant à profit les données et les informations disponibles, dans le but d’identifier les nouveaux besoins des apprenants, à l’aune des mutations démographiques et socioéconomiques accélérées que connaît chaque pays concerné. Car l’analphabétisme revêt, de nos jours, d’autres dimensions plus complexes liées essentiellement à de nouveaux défis numériques.