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Zones frontalières tampons : L’étau se resserre autour de la contrebande et des menaces transfrontalières

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  • 30 janvier 17:45
  • 6 min de lecture
Zones frontalières tampons :  L’étau se resserre autour de la contrebande et des menaces transfrontalières

Le ministère de la Défense nationale vient de publier un communiqué alertant sur la recrudescence des passages clandestins et des activités de contrebande dans les zones frontalières désertiques.

Cette mise en garde intervient dans un contexte sécuritaire sensible, marqué par un bilan record des saisies douanières en 2025 et par la persistance des risques liés à la criminalité organisée et au terrorisme.

La Presse — Le ministère de la Défense nationale a récemment attiré l’attention sur l’augmentation des tentatives de franchissement clandestin et des opérations de contrebande dans les zones frontalières désertiques classées zones militaires tampons.

Selon le communiqué, plusieurs personnes se sont introduites sans autorisation dans ces espaces sensibles, empruntant des pistes non surveillées et ignorant les signaux et injonctions des patrouilles militaires, en violation du décret présidentiel n° 230 de 2013.

Les autorités rappellent que toute présence illégale ou tentative de franchissement clandestin constitue un crime passible de poursuites pénales.

Les forces armées disposent, dans ce cadre, de l’ensemble des moyens légaux pour contraindre les contrevenants à s’arrêter ou à se soumettre aux contrôles, afin de préserver l’intégrité du territoire national et la sécurité des personnes.

Une ligne de défense durable et stratégique

Instaurées en août 2013 le long des frontières avec la Libye et l’Algérie, les zones tampons sont nées d’un contexte sécuritaire critique. À l’époque, la Tunisie faisait face à la montée de groupes armés au mont Chaambi et à l’instabilité persistante en Libye, qui avait transformé le sud désertique en couloir privilégié pour le trafic d’armes et les déplacements clandestins.

Treize ans après leur mise en place, ces zones demeurent une ligne rouge sécuritaire, où la vigilance militaire et le respect strict des règles restent indispensables.

Le communiqué du ministère de la Défense souligne la multiplication des tentatives de franchissement par des pistes non surveillées et précise que le refus d’obtempérer ou le passage forcé est désormais perçu comme une menace directe pour la sécurité nationale.

Les autorités s’inquiètent des liens entre la contrebande, la criminalité transfrontalière organisée et les risques terroristes.

La porosité des frontières et l’immensité du désert offrent aux réseaux criminels une marge de manœuvre qu’ils exploitent pour contourner les dispositifs de contrôle, ce qui justifie un renforcement des patrouilles et une fermeté assumée.

Ce constat est corroboré par le bilan exceptionnel enregistré par la Garde douanière en 2025. Les saisies de marchandises, devises et moyens de transport ont dépassé 580 millions de dinars, à l’issue de plus de 33 600 patrouilles menées sur l’ensemble du territoire et ayant donné lieu à 16 000 affaires de contrebande.

Parmi les prises les plus sensibles figurent 18 kilogrammes d’or, plus de 64 000 comprimés de médicaments stupéfiants, 94 kilogrammes de drogues, près de 4 millions de paquets de cigarettes et de tabac à chicha, plus de 800 tonnes de denrées alimentaires, ainsi que des téléphones portables et des pièces détachées.

Aux postes frontaliers, les douanes ont également intercepté 49 kilogrammes d’or, 4,7 millions d’euros, 2,6 millions de dollars et près de 16 000 boîtes de médicaments destinées à l’exportation illégale.

Une riposte coordonnée contre le terrorisme et la contrebande

De leur côté, les forces de sécurité ont mené, au cours du mois de janvier, plusieurs opérations antiterroristes ayant permis de neutraliser des cellules extrémistes actives dans différentes régions du pays. Dans une zone proche de la délégation de Majel Bel Abbès, une cellule composée de quatre individus a été démantelée après plusieurs jours de filature et de surveillance.

Auparavant, une autre opération sécuritaire préventive menée aux abords du marché hebdomadaire de Fériana, dans le gouvernorat de Kasserine, a conduit à l’élimination de l’élément terroriste dangereux Saddik Al-Abidi et à l’arrestation de son complice.

Durant ce même mois de janvier, les unités militaires déployées dans le secteur de Remada ont déjoué une tentative de contrebande à l’intérieur de la zone militaire tampon, dans la région de Tiaret.

Un véhicule ayant pénétré illégalement sur le territoire national a été intercepté après avoir refusé d’obtempérer aux signaux d’arrêt et aux tirs de sommation.

La fouille a permis la saisie de marchandises de contrebande et l’interpellation de trois ressortissants tunisiens, dont l’un est décédé sur place après avoir été blessé par balle. Le parquet militaire s’est saisi de l’affaire.

Notons qu’en septembre 2022, les services de sécurité avaient saisi à Ben Guerdane une importante quantité d’armes et de munitions militaires destinées à des organisations terroristes.

L’opération avait permis la confiscation de 11 fusils d’assaut Kalachnikov, 14 chargeurs et 4 400 cartouches, mettant en lumière les risques persistants liés aux réseaux armés opérant près des frontières.

Au-delà de ces chiffres et ces opérations, les autorités insistent sur la dimension préventive et citoyenne de la sécurité frontalière.

Le respect des instructions des patrouilles et l’éloignement des activités suspectes sont présentés comme des éléments primordiaux pour éviter des drames humains et préserver la stabilité du pays.

La zone tampon et le dispositif douanier et sécuritaire apparaissent ainsi comme des instruments durables de la politique de défense nationale.

Ils visent à réduire la liberté de mouvement des groupes terroristes et criminels et à anticiper les menaces avant qu’elles n’atteignent les zones habitées.

Dans un environnement régional toujours instable, il faut dire que la sécurisation de nos frontières s’impose moins comme une option que comme une nécessité vitale, engageant à la fois l’État et les citoyens dans une responsabilité collective.

Et à ce niveau, il est bien utile de rappeler que les frontières sont la première ligne de défense d’une nation.

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Auteur

Samir DRIDI

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