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Culture

Balades culinaires du Nord au Sud : Malek Laâbidi est un Ovni

  • 31 janvier 18:15
  • 4 min de lecture
Balades culinaires du Nord au Sud : Malek Laâbidi est un Ovni

« Je veux montrer ce que j’ai vu, senti, découvert, le diffuser, le vulgariser, le rendre accessible et l’offrir au maximum de gens possibles ».

La Presse — Belle, intelligente, créative, curieuse de tout, empathique, douée autant pour l’écriture que pour la cuisine, elle coche toutes les cases et bien d’autres encore. Son parcours est éclectique, atypique et valeureux. On sait que son père exigea qu’elle suive une formation « sérieuse » avant de la laisser sacrifier à sa passion pour l’art culinaire.

Elle enleva rapidement un diplôme d’HEC qu’elle lui offrit avant de courir suivre les cours de l’école Paul Bocuse. Elle en revint pour ouvrir — et fermer un restaurant, ce n’était pas pour elle —, enchaîner pour des émissions télé en Tunisie et en Algérie.

Puis ces derniers temps, se lancer dans une aventure éditoriale qui sidère le monde de l’édition.

Son projet ayant séduit la Fondation Biat — et elle a eu bien eu raison —, Malek Laâbidi a entamé une série de livres qu’il est difficile de classer et qui constituent, au vu de leur succès, un véritable phénomène d’édition.

La Table du Nord, celle du Sahel, et celle du Sud constituent une magnifique aventure consacrée à la mémoire culinaire tunisienne : les plats, bien sûr, mais aussi les gens qui les font, les ingrédients qui les composent, les traditions et les cérémonials qui les accompagnent.

C’est à un patrimoine vivant, mouvant, qu’elle a affaire. Et cette démarche qui l’habite et la motive, Malek Laâbidi la conçoit comme un sacerdoce, une mission sacrée.

« Ce projet est comme un puzzle pour moi. Et chaque région est un morceau du puzzle. Je me dois de valoriser ces cultures qui m’ont remplie de choses que je ne croyais pas nécessaires, mais qui le sont.

Et je veux montrer ce que j’ai vu, senti, découvert, le diffuser, le vulgariser, le rendre accessible et l’offrir au maximum de gens possibles »

La collection—« La table du Nord », « La table du Sahel », et le dernier paru, « La table du Sud » — a pour objectif de répertorier le patrimoine culturel : histoire, géographie, produits, techniques, en un mot tout ce qui influe sur ce que l’on retrouve dans nos assiettes. De ce dernier ouvrage, Malek Laâbidi avoue :

« Je ne suis pas objective. C’est mon préféré. J’ai une affection particulière pour le Sud. Ce livre est un livre qui dépayse et reconnecte à l’essentiel.

Dans le sud qui nous a reçus mon équipe et moi, tout est essentiel : la parole, la nourriture… C’est une terre de résilience, mais aussi d’une chaleur d’âme unique en Tunisie. C’est un livre qui m’a bouleversée, qui m’a poussée à penser le monde de manière plus sobre, plus juste, plus généreuse».

Alors si elle devait résumer en trois mots chacune de ses balades culinaires, elle dirait « Joie, douceur de vivre et vents du large » pour celui consacré au Sahel, « Résistance, découverte et humanité » pour le Nord, et « Humilité, générosité et sobriété» pour le Sud.

« Ce qui m’a le plus frappée pour ces trois livres, ce sont les merveilleuses rencontres que j’ai faites. J’entrais chez les gens par la porte de la cuisine, et tous m’invitaient à leur table, m’offraient des cadeaux, refusaient d’être payés alors que nous avions un budget pour ces repas chez l’habitant.

Partout, j’ai retrouvé cette générosité, cette extrême gentillesse, ce plaisir de recevoir quelqu’un qu’ils ne connaissaient pas».

Minutieuse et perfectionniste, Malek Laâbidi a veillé au moindre détail dans l’élaboration de ces livres qu’elle porte à bout de bras et dont elle dit qu’ils sont le projet de sa vie.

Les couvertures ont été confiées à des artistes. En fait deux artistes pour le dernier : Mohamed Amin Hamouda qui a préparé le papier, un papier composé de déchets oasiens macérés dans un moule en bois, mis à sécher plusieurs jours et coloré aux écorces de grenade et au sirop de date.

Sur ce papier, El Seed a écrit des vers. Le prochain livre s’attaquera au Centre, couvrant la région allant de Sfax à Gafsa.

Et Malek déprime déjà à l’idée que le projet s’achève.

Auteur

Alya HAMZA

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