A quelques jours du mois sacré de Ramadan, l’exécutif a engagé une mobilisation globale et anticipée afin d’assurer la disponibilité des produits alimentaires de large consommation, de préserver la stabilité du marché et de protéger le pouvoir d’achat des citoyens.
Cette stratégie repose sur une combinaison de mesures préventives, de mécanismes de régulation, d’un suivi renforcé des circuits d’approvisionnement et de distribution, ainsi que d’une évaluation continue des prix et des dispositifs de contrôle. Elle met également l’accent sur la lutte contre la spéculation et l’ensemble des pratiques illicites portant atteinte aux droits des consommateurs, à leur santé ou à leur sécurité.
La Presse — L’approvisionnement des marchés en produits de consommation est, à ce stade, qualifié de normal. Selon les données du ministère du Commerce, la disponibilité des produits agricoles essentiels, tant en quantité qu’en diversité, est d’ores et déjà assurée.
Les niveaux de stocks existants, la production attendue et l’offre prévue dans les semaines à venir permettent de répondre aux besoins des consommateurs.
L’objectif affiché demeure inchangé : couvrir les besoins des marchés et prévenir toute pénurie, en particulier pour les produits dont la demande s’intensifie traditionnellement à l’approche et durant le mois de Ramadan.
Toutefois, malgré des indicateurs jugés rassurants, la situation impose une vigilance constante. La mobilisation de l’ensemble des acteurs économiques, des institutions concernées et des organismes de contrôle est appelée à être renforcée.
Les services de contrôle doivent, de leur côté, intensifier leurs interventions et veiller au strict respect des dispositions légales relatives aux prix, à la concurrence et à la protection du consommateur.
Maîtriser la hausse des prix
Dans un contexte marqué par des pics saisonniers de consommation durant le mois de Ramadan, le ministère du Commerce a récemment procédé à la fixation des marges bénéficiaires de certains produits alimentaires.
Trois arrêtés ont ainsi été adressés aux professionnels, conformément à la loi n°36-2015 du 15 septembre 2015 relative à l’organisation de la concurrence et des prix.
Daté du 21 janvier 2026, le premier arrêté fixe les marges bénéficiaires brutes de la vente au détail des fruits et légumes. Celles-ci ont été établies à 15 % pour les grandes surfaces et à 25 % pour les autres commerçants.
A noter qu’au cours de l’année 2025, les prix des fruits ont augmenté de 16 %, tandis que ceux des légumes ont progressé de 14 %.
Le deuxième arrêté concerne les produits de la filière avicole. Les marges bénéficiaires brutes au détail du poulet prêt à la consommation (PAC) ont été fixées à 15 %, alors que celles de l’escalope de dinde ont été plafonnées à 20 %.
En 2025, les produits de volaille ont enregistré une hausse moyenne de 5 %.
Le troisième arrêté porte sur les produits de la pêche, pour lesquels les marges bénéficiaires brutes au niveau de la vente au détail ont été fixées à 25 %. Cet arrêté entrera en vigueur à compter du 5 février 2026.
L’ensemble de ces mesures devrait contribuer à contenir la hausse des prix des produits alimentaires durant la période du Ramadan.
Approvisionnement du marché
Les préparatifs s’intensifient actuellement afin d’assurer un approvisionnement suffisant et régulier en produits de consommation courante. Les directeurs régionaux du Commerce et du Développement des exportations confirment que l’ensemble des produits de base — légumes, fruits, viandes blanches et rouges, œufs, lait et dérivés — seront disponibles durant le mois de Ramadan 2026.
La constitution des stocks se poursuit, avec la possibilité de recourir, si nécessaire, à l’importation de viandes rouges afin de réguler le marché, à des prix tenant compte du pouvoir d’achat des consommateurs.
Le président de la Chambre nationale des commerçants de volailles, Brahim Nefzaoui, précise que le stock actuel d’œufs est estimé à 18 millions d’unités, avec un objectif porté à 25 millions d’œufs pour la période de Ramadan.
S’agissant des viandes blanches, les réserves disponibles s’élèvent à 1.064 tonnes de poulet prêt à la consommation et à près de 904 tonnes de viande de dinde.
Revenant sur la récente hausse des prix du poulet, le président de la Chambre indique que « l’augmentation de 200 millimes observée récemment est principalement liée à un retard dans le cycle de croissance des volailles ».
Il ajoute qu’il s’agit d’« une situation conjoncturelle dont certains fournisseurs ont profité pour revoir leurs tarifs à la hausse ».
Afin de contenir les prix et de prévenir toute dérive spéculative, il annonce que des séances de concertation entre les différents intervenants du secteur ont été organisées, dans l’objectif d’exercer une pression à la baisse sur les prix et de protéger le pouvoir d’achat des consommateurs, notamment durant le mois de Ramadan.
Flambées spectaculaires
En décembre 2025, le marché de gros de Bir El Kassaâ a enregistré une flambée spectaculaire des prix des fruits, avec des hausses dépassant parfois les 100 %. Cette évolution a mis en évidence de fortes tensions entre l’offre et la demande.
Les données de l’Observatoire national de l’agriculture (Onagri) révèlent une situation préoccupante tant pour les consommateurs que pour les acteurs de la filière.
Cette dynamique résulte d’un enchevêtrement de facteurs à la fois structurels et conjoncturels. D’une part, la baisse de l’offre locale a été déterminante pour plusieurs variétés, notamment les clémentines et les citrons, dont les volumes ont reculé, accentuant ainsi la pression sur les prix.
A l’inverse, certains fruits, tels que les pommes et les poires, ont enregistré une hausse significative des quantités mises sur le marché, ce qui a contribué à une baisse de leurs prix, et ce malgré une demande soutenue.
Les conditions climatiques de l’année 2025 ont également joué un rôle majeur. Les épisodes de sécheresse et les variations de température ont perturbé les rendements agricoles, affectant particulièrement les agrumes, dont les prix ont fortement augmenté.
En revanche, l’abondance relative de certaines récoltes, notamment les pommes, a entraîné une correction à la baisse de leurs prix.
Par ailleurs, la hausse des coûts de transport, de stockage et de distribution a été partiellement répercutée sur les prix de vente, accentuant la hausse pour certaines variétés.
Toutefois, cette pression sur les coûts n’a pas suffi à compenser l’effet de l’excédent d’offre, qui a continué de tirer à la baisse les prix de plusieurs fruits.
La hausse marquée des prix des agrumes — clémentines, oranges et citrons — a ainsi fragilisé le pouvoir d’achat des ménages, rendant certains fruits moins accessibles.
A l’inverse, la baisse des prix des pommes, des poires et des dattes, liée à une offre plus abondante, a permis d’atténuer partiellement la pression sur les consommateurs, sans toutefois compenser la flambée des produits les plus demandés.
Au niveau macroéconomique, « l’évolution des prix des fruits contribue à un risque d’inflation alimentaire sélective. Les hausses observées sur les agrumes, produits de consommation courante, influencent directement l’indice des prix à la consommation et alimentent un effet domino sur le panier alimentaire », soulignent les professionnels du secteur.
Même si certains fruits ont vu leurs prix reculer, la perception dominante demeure celle d’une flambée généralisée, renforçant ainsi les tensions inflationnistes et le mécontentement des consommateurs.
Enfin, la perception d’une hausse jugée injuste ou incontrôlée des prix, même lorsqu’elle est partiellement compensée par des baisses sur certains produits, est susceptible de générer un climat de défiance à l’égard des institutions et des acteurs économiques.
Cette évolution contrastée des prix apparaît ainsi comme un révélateur des fragilités structurelles du système agricole et commercial tunisien, appelant à une régulation plus efficace et à un soutien accru, à la fois aux producteurs et aux consommateurs.