Catastrophes naturelles: la Tunisie peine à appliquer sa stratégie nationale
La Tunisie continue de gérer les catastrophes naturelles de manière principalement réactive, en dépit de l’adoption, en 2021, d’une Stratégie nationale de réduction des risques de catastrophe à l’horizon 2030. Un premier bilan réalisé en 2022-2023 révèle en effet une progression limitée dans sa mise en œuvre, selon l’expert en adaptation climatique Khaled Tounsi, qui relève « un écart important entre ce qui a été planifié et ce qui a été réellement accompli ».
Élaborée avec le soutien du PNUD et dotée d’un budget global de 548,7 millions de dinars (environ 200,5 millions de dollars), cette stratégie visait pourtant à rompre avec l’improvisation en renforçant la résilience des infrastructures et en protégeant les populations vulnérables.
Identifiée par la Banque mondiale comme l’un des pays les plus vulnérables au changement climatique, la Tunisie a subi, au cours des trois dernières décennies, des pertes économiques dépassant 2,16 milliards de dinars, principalement à cause des inondations. La stratégie prévoyait notamment 410,4 millions de dinars pour sécuriser les services essentiels (eau et énergie) et 149,5 millions pour la protection des populations et du patrimoine. Un système national d’alerte précoce, budgété à 6,03 millions de dollars, devait assurer une couverture complète dès 2025, mais les récentes intempéries ont encore causé la mort de cinq personnes.
Ces retards s’expliquent par une conjonction d’obstacles. Khaled Tounsi évoque des difficultés techniques et financières majeures, précisant que le renforcement effectif de la résilience nécessite des investissements colossaux, largement dépendants de financements internationaux devenus plus rares. Il estime que la Tunisie « n’a pas suffisamment investi dans le développement d’une diplomatie climatique efficace », ce qui a nui à l’attraction de ces fonds. Sur le plan national, les lois de finances 2025 et 2026 n’allouent qu’entre 5 % et 7 % du budget à l’investissement pour les ministères concernés, une part jugée insuffisante par les économistes.
Des problèmes de gouvernance entravent également le processus. Les évaluations ont mis en lumière des chevauchements de responsabilités, une faible coordination interministérielle et un engagement limité du secteur privé. Des obstacles techniques persistent, comme l’accès internet non fiable dans certaines zones vulnérables, ce qui compromet la diffusion des alertes.
Actuellement, le seul programme majeur en cours est un projet du ministère des Finances, soutenu à hauteur de 100 millions de dollars par la Banque mondiale et l’Agence française de développement, qui se poursuivra jusqu’en 2027.
En l’absence d’avancées significatives, plusieurs stratégies et plans élaborés pour 2030 ou 2050 restent quasiment à l’arrêt, laissant le pays exposé à l’aggravation prévisible des risques climatiques.